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Dans un rapport publié cette semaine, le Réseau canadien en obésité (RCO) fustige les différents ordres de gouvernement, mais également les médecins, qui ne prendraient pas au sérieux cette «maladie du XXIe siècle». Celle-ci serait, aux yeux des membres du réseau, sous-estimée. Une prise de conscience collective est espérée afin d’éviter une explosion de l’obésité au Québec et dans l’ensemble du pays au cours des prochaines années.

Une maladie génétique
Lutter contre les idées reçues, tel est l’objectif du RCO. La composante génétique de cette maladie serait méconnue. «On croit trop souvent que l’obésité est réservée aux gens qui mangent trop et que perdre du poids est simplement une question de volonté. Mais pas du tout», note le Dr Dominique Garrel, chercheur au sein du Département de nutrition de l’Université de Montréal. L’endocrinologue évoque une question de métabolisme. «Génétiquement, certains dépensent plus de calories au repos ou au cours d’activités spontanées, comme la marche. D’autres emmagasinent plus la graisse», reprend-il.

Un phénomène sous-estimé
«On vit actuellement une épidémie d’obésité, mais nos décideurs tardent à prendre les décisions nécessaires», explique Marie-France Langlois, professeure à l’Université de Sherbrooke, qui a participé à l’élaboration du rapport du RCO. Celui-ci reproche aux gouvernements fédéral et provincial de ne pas reconnaître l’obésité comme une maladie chronique – à l’instar du diabète ou de l’hypertension artérielle –, un pas qu’a pourtant franchi l’Association médicale canadienne à la fin de 2015. «Ce serait une première étape, car on diminuerait les réflexes de discrimination, souligne la médecin endocrinologue, avant d’évoquer la principale conséquence espérée. Une telle reconnaissance ouvrirait aussi la porte à d’éventuels remboursements du système de santé. C’est primordial.»

Dr Dominique Garrel

Des coûts importants
Si la chirurgie bariatrique – qui consiste notamment à vider l’estomac – est couverte par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), ce n’est pas le cas des différents programmes d’aide complémentaires ou des aliments de substitution pour lutter contre la prise de poids. Un programme d’une durée de six mois à un an, qui inclurait différents médicaments et des rendez-vous réguliers avec un nutritionniste et un psychologue, coûterait près de 3000$. «L’opération est la solution la plus efficace, souligne Dominique Garrel. Mais au bout de quatre à six ans, beaucoup de patients reprennent leur poids s’ils ne changent pas leurs habitudes. Suivre des thérapies comportementales est indispensable pour traiter l’obésité.» Selon le RCO, moins de 20% de la population canadienne disposant d’un régime d’assurance médicaments privé ont droit à la couverture de médicaments anti-obésité.

Un manque de moyens
L’accès à la chirurgie est possible lorsqu’un indice de masse corporel (IMC) supérieur à 40 est constaté. Les délais sont cependant très longs dans le service public. Les patients peuvent attendre plus de deux ans au Québec avant de rencontrer un spécialiste. Si ce rapport souligne une augmentation de 40% du nombre d’opérations de 2013 à 2016, une stagnation semble désormais au programme dans les prochaines années en raison «d’un manque de moyens». «Il n’y a pas assez de salles d’opération, d’infirmières et d’anesthésistes, souligne le Dr Garrel. Le système est complètement engorgé». Juste derrière l’Ontario, le Québec est cependant la province qui réalise le plus de chirurgies bariatriques au Canada.

Des médecins critiqués
Le RCO a dans sa ligne de mire le comportement de nombreux médecins généralistes. «Beaucoup manquent d’une formation adéquate», assure Marie-France Langlois. «Il y a des préjugés et une ignorance de la maladie, insiste pour sa part Dominique Garrel. Dire à un patient “il faut perdre du poids”, c’est comme dire à un asthmatique de mieux respirer. On ne peut pas soigner un obèse avec une telle déclaration. Il faut faire l’inventaire des problèmes de santé et réaliser un travail sur les habitudes alimentaires.»

L’obésité en chiffres

  • 1,5 million de Canadiens sont atteints d’obésité «sévère» de classe 2 et 3 (IMC ≥ 35)
  • 18,2% de la population québécoise est touchée (20,2% au Canada) en 2014, contre 8% en 1987
  • 299 500 Québécois sont en mesure d’être opérés
  • 3337 Québécois opérés en 2016 (8583 au Canada)

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