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Le marché immobilier se réajuste dans le Grand Montréal et au Québec

Maison à vendre chère

Le vent a tourné. Le marché immobilier du Grand Montréal, qui avait affiché une vigueur remarquable en début d’année, traverse depuis l’été une période d’ajustement marquée par une hausse soutenue de l’inventaire, un allongement des délais de vente et des acheteurs qui ont retrouvé un pouvoir de négociation qu’ils n’avaient pas exercé depuis plusieurs années. C’est le portrait que dresse Royal LePage dans son étude sur le prix des maisons publiée mercredi pour le troisième trimestre de 2026.

Dans le Grand Montréal, le prix de l’agrégat d’une propriété a progressé de 2,9% sur un an pour atteindre 653 700$. C’est positif sur le papier, mais c’est aussi la hausse annuelle la plus faible enregistrée dans la région depuis plusieurs trimestres. À titre de comparaison, la progression était de 4,9% au deuxième trimestre et de 3,3% au premier. La décélération est nette et constante.

Sur une base trimestrielle, le prix de l’agrégat a progressé de seulement 0,5%. Une quasi-stagnation qui tranche avec la dynamique des mois précédents. L’unifamiliale détachée a progressé de 2,6% sur un an pour atteindre 764 600$, tandis que la copropriété a enregistré une hausse de 2,2% pour s’établir à 498 800$.

Ces chiffres se comparent à ceux de l’ensemble du Québec, où le prix de l’agrégat a progressé de 2,3% sur un an pour atteindre 470 900$, avec un recul trimestriel de 2,8%. La province dans son ensemble recule donc plus fortement que la métropole sur une base trimestrielle, mais Montréal n’est pas immunisée contre le ralentissement généralisé.

L’inventaire grimpe, les acheteurs prennent leur temps

Sur le terrain, le changement se fait sentir concrètement. «Les ventes ont ralenti cet été dans tous les secteurs du Grand Montréal et pour tous les types de propriétés, alors que l’offre n’a cessé de croître, particulièrement sur la Rive-Sud et la Rive-Nord», observe Marc Lefrançois, courtier chez Royal LePage Tendance. Les maisons unifamiliales demeurent le segment le plus solide, mais leur avantage se réduit. Les ventes de ce type de propriété se situaient en août et septembre à un niveau inférieur à celui de la même période l’an dernier.

Le marché des copropriétés, lui, subit une pression bien plus intense. Dans Ville-Marie, les ventes ont chuté de façon marquée et ne suffisent plus à absorber l’inventaire disponible. «Avec des niveaux d’inventaire de copropriétés parmi les plus élevés jamais observés, le centre-ville et le Sud-Ouest voient leurs prix plafonner», note Lefrançois. Dans Montréal Centre, le prix médian d’un appartement en copropriété n’a progressé que de 0,5% sur un an pour s’établir à 590 900$. L’unifamiliale détachée dans ce même secteur a pour sa part progressé de 1,3% à 1 231 700$, et le prix de l’agrégat y atteint 815 000$.

Ce maintien des prix malgré l’offre accrue pourrait s’expliquer par le ralentissement de la construction observé cet été par la Société canadienne d’hypothèques et de logements (SCHL). Plutôt que de baisser les prix, les développeurs réduisent les mises en chantier.

Un contexte plus large qui pèse sur la confiance

La prudence des acheteurs montréalais s’explique aussi par des facteurs qui dépassent le simple équilibre offre-demande. L’élection du Parti Québécois, la possibilité d’une hausse du taux directeur de la Banque du Canada et l’incertitude persistante entourant les tarifs américains constituent autant de variables qui incitent les ménages à reporter leurs décisions d’achat. «Le changement de gouvernement au Québec et la possibilité d’une hausse du taux directeur pourraient inciter certains acheteurs à demeurer en retrait», confirme Lefrançois.

Ces incertitudes s’ajoutent à un problème structurel que l’enquête annuelle EY-SCHL sur l’aménagement de logements locatifs, publiée en septembre, avait mis en lumière : les promoteurs québécois font face à un fardeau réglementaire trop important. Pour la première fois, les contraintes réglementaires — retards d’approbation, droits et redevances d’aménagement, imprévisibilité du cadre normatif — ont dépassé les obstacles de financement au sommet du classement des freins à la construction. Quelque 72 % des promoteurs interrogés ont suspendu ou annulé des projets au cours des dernières années en raison de la détérioration de leur rentabilité. Résultat: moins de projets, moins d’offre à venir, et une pression latente sur les prix à moyen terme, même dans un contexte de ralentissement immédiat.

Les prévisions revues à la baisse

Face à cette conjoncture, Royal LePage a revu ses prévisions pour la région. La firme anticipe désormais une hausse de seulement 2,5% du prix de l’agrégat dans le Grand Montréal au quatrième trimestre de 2026 par rapport à la même période l’an dernier — une projection en forte baisse par rapport aux 5,0% anticipés en début d’année. Pour l’ensemble du Québec, la prévision est fixée à 2,0%, contre 7,0% projeté il y a six mois.

Dominic St-Pierre, vice-président exécutif de Royal LePage, résume l’état du marché. «L’augmentation de l’offre redonne aux acheteurs un pouvoir de négociation qu’ils n’avaient pas connu depuis plusieurs années.» Pour les vendeurs, le message est clair: fixer le bon prix dès la mise en marché est désormais une condition sine qua non pour conclure une transaction dans des délais raisonnables, selon M. St-Pierre. L’ère des surenchères automatiques et des ventes express appartient, au moins temporairement, au passé.

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