Montréal

Ali, le sauveteur de la rue

Les jeunes de la rue, les voyous et les «irrécupérables», Ali Nestor Charles ne les laisse pas tomber. Dans son école de boxe et d’arts mar­­tiaux, il les aide à canali­­ser leur colère et à gagner de l’estime de soi.

«Grâce à la boxe et aux arts martiaux, ils se défoulent, explique le propriétai­re de l’Académie Ness Mar­tial et le fondateur de l’orga­nis­­me Ali et les princes de la rue. Par la suite, c’est beau­­coup plus facile pour les jeu­nes de s’exprimer et d’ex­­pliquer leur parcours.»

Ces jeunes sont référés par les centres jeunesse ou ils dé­bar­quent à l’école d’Ali Nes­­tor Charles grâce au bouche-à-oreille.

«Quand les jeunes viennent ici, soit qu’ils sont tannés d’être victime, soit qu’ils sont tannés de faire des victi­­­­­mes, rapporte le maître d’art martiaux. S’ils veulent se tirailler ou se battre, ils peuvent le faire ici, avec un encadrement.»

Des écoles secondaires et des travailleurs sociaux re­com­­­­mandent des jeunes à Ali Nestor Charles pour qu’ils puissent évacuer leur trop-plein de rage. «Les écoles voient un changement, mais ça ne se fait pas du jour au lendemain.»

Ali, un modèle

Métro a rencontré Ali Nes­tor Char­les dans son école de la rue Jarry. Une dizaine d’en­­fants inscrits au camp de jour de l’école d’arts martiaux ri­­golaient, non loin d’une poi­­gnée d’abonnés qui s’entraî­­naient sur un pun­­ching bag ou dans le ring. Dans ce gym­­­­nase ta­pis­­­sé d’articles de journaux et d’af­­­fiches de boxe, tout le monde con­naît Ali. Un lui de­­man­­­de un con­­seil, l’au­­­­tre lui sert la pince, et un ga­­min lui of­­fre des bonbons.

Ali est un modèle pour eux. Pour les uns, il est le tri­ple champion de boxe chi­noi­­se – un dérivé du kung fu – qui livre toujours des com­bats dans le ring pour le plai­sir. Pour d’autres, il est ce­lui qui a fondé une école d’entraînement phy­sique aty­pique après s’être sorti des griffes des gangs de rue.

«Avant, j’évitais toujours de raconter mon passé. Quand j’ai ouvert l’école, des jeu­­­nes et des parents qui s’entraînaient ici  ne con­naissaient pas mon pas­sé.»

La vérité au grand jour

Il a fait son coming out à ce sujet dans le documentaire que le chan­teur Dan Bigras a réalisé en 2002, Le ring intérieur. Dès sa sortie, Ali Nes­tor a eu peur que ses élèves dé­­sertent son école.

«Cer­tai­nes personnes sont par­ties, relate-t-il C’est sûr que les pa­rents vont toujours penser à pro­téger leur enfant avant tout, mais il y en a qui avaient des pré­jugés.» D’au­tres lui on po­sé des questions sur son pas­sage dans un gang de rue et lui ont de­mandé s’il était toujours en­gagé dans le monde interlo­pe. Ali Nes­tor Charles, aujour­d’hui âgé de 34 ans, est sor­ti du mon­de criminel à l’âge de 18 ans et a eu la chance de ne pas y retourner.

«Quand tu décides de quitter un gang, tu es seul, ra­con­­­te-t-il. La société ne veut pas de toi parce que tu a été mem­­­bre des gangs de rue. Tu as quitté ton grou­pe, alors il va tenter de te fai­re du mal. Les groupes ri­vaux sa­vent que tu n’as plus de protec­­tion, alors ils vont eux aussi cher­cher à te faire du mal. La po­li­ce va essayer d’aller te cher­­cher pour que tu de­vien­­nes dé­lateur. Donc, tu te re­trou­ve seul. Il y a beaucoup de gens qui sont re­tour­nés dans les gangs à cause ça.»

La renaissance

Ayant toujours été fasciné par Bruce Lee, Jackie Chang et Chris Norris, Ali Nestor Char­les s’est réfugié dans les arts martiaux pour ne pas cé­der à la tentation. Dans cette pas­sion, il a découvert le plai­sir de transmettre son sa­voir aux néophytes. Et au­jour­d’hui, c’est ce qui l’ani­me par-dessus tout. «Aider quelqu’un, c’est extrêmement gratifiant», dit-il. Il aide ainsi des jeunes de la rue, des voyous et des «irrécupérables» à ne pas se retrouver en fauteuil roulant, dans une cellule de prison ou six pieds sous terre comme certains de ses anciens amis.

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