D’après l’Institut de la statistique, plus de 5 000 adolescents (7 %) auraient des problèmes de dépendance à l’alcool ou aux drogues. Même si 10 % de cette clientèle est suivie, dans la réalité, beaucoup ne demandent pas d’aide. Métro a visité Le Grand Chemin, un centre fermés offrant une cure de réadaptation gratuite de deux mois aux ados à la dérive.
Mathieu est content. Contrairement à ses 11 congénères, il passera les fêtes dehors. Sa cure est terminée. «Dix semaines sans ta famille, c’est long, même si la thérapie passe vite», raconte le jeune de 16 ans. Les intervenants sont ravis, eux qui ne lui donnaient pas beaucoup de chances de réussite au début. Une longue expérience du cannabis, débutée à sept ans et à laquelle se sont ajoutés des sniffs d’essence et deux tentatives de suicide, faisait de lui un cas difficile.
«Quand ils arrivent ici, ils ont souvent perdu toute discipline de vie; tout tourne autour de la façon de se procurer leur consommation», explique Mélanie Robichaud, intervenante au Grand Chemin. Si la cure se fait sur une base volontaire, les sorties sont étroitement surveillées, et l’emploi du temps, réglé comme du papier à musique. École le matin, ateliers thérapeutiques et activités sportives l’après-midi. L’approche bio- psychosociale est basée sur le modèle des 12 étapes des Alcooliques Anonymes, où l’abstinence est de mise.
Travail chirurgical
Assister à une réunion des intervenants, c’est être témoin du travail presque chirurgical que nécessite l’intervention auprès de jeunes aux nerfs fragiles. Graphiques à l’appui, ils évaluent l’évolution de chacun. «Je crois qu’il faudrait se coordonner pour casser la cuirasse d’Olivier et pour qu’il prenne conscience que ses comportements sont nuisibles pour lui. Il est condescendant et ne prend pas sa thérapie au sérieux», lance un intervenant. «Oui, mais c’est quelqu’un d’explosif, il faut faire ça de façon contrôlée pour ne pas que ça soit contre-productif», lance un autre qui suggère une stratégie.
Normalement, lors de la cinquième semaine de thérapie, une rencontre supervisée est prévue entre le jeune et sa famille pour que chacun se mette à jour et prépare le retour à la maison. Mais, en cette période de fêtes, les parents peuvent venir au centre pour quatre heures de festivités.
Enfin, tous les parents ne seront pas là. «La mère de Julie sera probablement absente le 25; elle a dit à ses proches que sa fille était en voyage d’école pendant deux mois», indique une intervenante. «Faudrait voir avec si elle ne peut pas se greffer à une autre famille, pour qu’elle ne soit pas toute seule», propose une autre. Joyeux Noël quand même.
Certains s’en sortent
Quel est le taux de succès de ce genre de thérapie? Ça dépend de chaque cas, répondent les intervenants. À 18 ans, David est sur la bonne voie. Après 10 semaines passées au Grand Chemin et 4 mois de post-cure à raison d’une rencontre par semaine, il a su rester sobre.
«Ce n’est pas un cas à part, mais il fait partie d’un club très select. Rester sobre pendant un an, pour un ado, c’est quelque chose!», convient Gaétan Brière, coordonnateur au Grand Chemin.
Le parcours de dépendant de David en rappelle bien d’autres. «Pendant deux ans, je me levais, me roulais un gros joint, prenait le chemin de l’arrêt d’autobus, le temps que ma mère parte au bureau, puis je retournais chez moi pour continuer à fumer [7 g par jour].»
Rester actif
Depuis qu’il est sorti de cure, David est arrivé à s’éloigner de ses «amis de conso». Il est désormais de retour à l’école et s’est aussi trouvé du travail. «La vraie thérapie est à l’extérieur, confie David. C’est important de rester actif. Ce qui fait la différence, c’est la volonté, la persévérance et le courage.»
Mais une bonne partie des jeunes se remet à consommer à la sortie. Doit-on alors considérer la cure comme un échec? Pas forcément, répond Nathalie Néron, coordonnatrice au centre Dollard-Cormier. «Terminer sa cure sans se faire virer ou passer de la consommation de crack à celle de cannabis peut, suivant la personne, être considéré comme un succès», explique-t-elle.