Montréal

Couche-Tard: Une périlleuse syndicalisation

Les employés du Couche-Tard de la rue Antoine-Faucon, dans l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro ont décidé de ne pas se laisser intimider. Malgré la fermeture prématurée de deux établissements montréalais en voie de syndicalisation, ils ont déposé, jeudi soir, leur requête en accréditation. Métro s’est entretenu avec le vice-président et responsable de la syndicalisation de la CNS, Jean Lacharité, pour faire le point sur la difficile route vers la syndicalisation que doivent suivre les employés de Couche-Tard.


Comment les employés du Couche-Tard de la rue Antoine-Faucon en sont-ils venus à vouloir se syndiquer?

Ce sont les employés qui nous ont approché. Ils vivent les mêmes problématiques que les employés des autres Couche-Tard que nous [la CSN] avons syndiqués. Les employés se plaignent d’être toujours payés au salaire minimum peu importe le nombre d’années de service. Il existe aussi des lacunes au niveau des normes de santé et de sécurité. Souvent, les normes minimales du travail ne sont pas respectées. L’octroi des horaires de travail est, par exemple, souvent arbitraire. Enfin, les dépanneurs sont des types de commerces où il existe des risques d’agressions et de vols et pourtant, la plupart des Couche-Tard ne possèdent pas de mécanisme pour y faire face.


Qu’entendez-vous réclamer à Couche-Tard lors de la négociation de la convention collective?

On demande l’installation de boutons panique et l’aménagement de parois qui empêchent des contacts trop directs entre les employés et les clients. On demande aussi qu’un suivi psychologique soit offert lorsqu’une agression survient. En terme de salaires, à Saint-Liboire, où on est en train de négocier une convention collective avec Couche-Tard, on demande 12,50 $ de l’heure après quatre ans de service. Nos demandes ne sont pas exagérées.

Couche-Tard a déjà fermé deux des quatre établissements qui avaient entrepris leur syndicalisation. Les employés de la rue Antoine-Faucon craignent-ils que le scénario se répète avec eux?
C’est très connu que deux dépanneurs Couche-Tard ont été fermés après avoir tenté de se syndiquer. C’est donc d’autant plus courageux de la part de ces salariés d’aller de l’avant. Ils ont décidé de se faire respecter. Ça envoie un message fort à l’ensemble des employés des Couche-Tard au Québec à savoir que pour faire respecter leurs droits, ils peuvent se tourner vers la syndicalisation. Les gens de Pierrefonds-Roxboro sont très déterminés et n’ont pas peur. Je suis très heureux qu’ils soient sortis de leur coquille parce que, même si la syndicalisation est un droit fondamental, il faut souvent l’exercer en cachette parce que les employeurs intimident leurs employés. C’est d’ailleurs le cas de Couche-Tard.

La CSN a intenté deux recours contre Couche-Tard à la suite de la fermeture de deux établissements à Montréal. Où en sont ces recours?
On a déposé des plaintes devant la Commission des relations du travail pour congédiements illégaux pour cause d’activités syndicales. On veut démontrer que les fermetures n’étaient pas liées à une réalité économique, mais à la syndicalisation. Les auditions ont déjà débutées et se poursuivront au début de l’année 2012. Ce qu’on demande, c’est que des dommages moraux et financiers soient payés aux salariés qui ont perdus leur emploi. On réclame 1 M$ par établissement fermé. Pour le moment, Couche-Tard continue de prétendre que les établissements ont été fermés pour des motifs économiques. Il n’y a pas de collaboration de leur côté.

Où en sont les négociations pour les établissements de Saint-Liboire et de Saint-Hubert qui ont aussi déposé des requêtes en accréditation?
Dans le cas de Saint-Liboire, on est devant un conciliateur du ministère du Travail. On a déblayé pas mal toutes les clauses normatives. On devrait bientôt entrer dans le monétaire. C’est à ce moment qu’on va voir si Couche-Tard est prêt à collaborer. Ce qu’il faut savoir, c’est que le Couche-Tard de Saint-Liboire est le plus gros de la province. Couche-Tard aurait donc beaucoup de difficulté à le fermer en invoquant des motifs économiques. À Saint-Hubert, les négociations en vue de la signature d’une première convention collective sont moins avancées.

Qu’elles sont les étapes à venir pour les employés de Pierrefonds-Roxboro?

On réunira les salariés en assemblée générale, sans doute au cours de la prochaine semaine. On pourra alors voir quels sont les principaux problèmes qui touchent leur établissement. Par la suite, on va rédiger un projet de convention collective qui sera présentée à Couche-Tard. Ce projet de convention ne devrait pas beaucoup différer de ce qui a été présenté dans les autres établissements qui ont entamé leur syndicalisation.

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