Montréal

Bloquer des ponts: une stratégie à double tranchant

Les étudiants qui ont bloqué le pont Champlain mardi risquent de s’aliéner la population. Mais à moyen terme, la tactique pourrait être payante.

«Les mouvements de protestation, même si parfois ils peuvent être radicaux, ont un effet sur la psyché collective», explique Daniel Salée, professeur de sciences politique à l’Université Concordia.

Les coups d’éclat peuvent à moyen et long terme faire réfléchir les gens. «Ils peuvent faire comprendre que si des personnes sont prêtes à aller jusque-là, c’est qu’ils sont désespérés et qu’ils n’ont plus tellement le choix», ajoute M. Salée.

Et dans le cas de la hausse des droits de scolarité, le gouvernement a clairement fait savoir qu’il n’avait pas l’intention de négocier. Comme l’indique Pierre Hamel, professeur au département de sociologie de l’Université de Montréal, un mouvement social a besoin d’utiliser des moyens qui relèvent parfois de l’action directe pour être reconnu.

«Comme ces acteurs ne sont pas reconnus, il faut qu’ils dérangent pour l’être. S’ils l’étaient, ils n’auraient pas besoin d’aller dans la rue», indique ce spécialiste des mouvements sociaux.

Cependant, cette stratégie n’est pas sans danger. «Quand on fait trop «suer» la population, on prend une chance de se la mettre à dos», souligne M. Salée qui croit que les étudiants doivent arriver à lire les conjonctures et à sentir le vent tourner.

Avec la manifestation familiale de dimanche, les étudiants ont peut-être senti que le moment était propice pour cette prise de risque.

Les associations semblent conscientes du caractère ambivalent de leurs actions. Elles ont toutes précisé mardi ne pas avoir organisé le blocage du pont Champlain, tout en s’abstenant de condamner les faits. La Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) s’est toutefois dite solidaire des 200 étudiants qui y ont participé.

Un étudiant témoigne

Richard-Alexandre Laniel a occupé le pont Champlain pendant 30 à 45 minutes, mardi. «Il n’y a eu aucune confrontation entre les politiciens et les étudiants. Les étudiants sont sortis de l’autoroute quand ils ont vu que les policiers s’apprêtaient à intervenir.

Plusieurs personnes ont réagi positivement. D’autres ont surement été frustrées, mais j’espère que ces personnes comprendront nos frustrations.

André Pratte nous a invités à poser des actes de perturbations plus intenses. Dans un éditorial il disait que le gouvernement n’avait pas l’obligation de négocier avec le mouvement étudiant parce qu’il ne perturbait pas. [En blaguant].

Ce n’est pas une attaque aux automobilistes ou à l’individu. Nous nous en prenons à un système. C’est une action de perturbation économique,  les gens qui devaient aller travailler ont probablement été retardés, ce qui a des conséquences sur l’ensemble de l’économie québécoise et cela exacerbe la pression sur le gouvernement Charest.

Ça pourrait nuire à notre image mais ce n’est pas le seul élément du mouvement étudiant. Et encore une fois, c’est surprenant de voir à quel point de nombreuses personnes nous appuient dans nos actions qui sont plus radicales. Je crois que la population québécoise en a ras-le-bol du gouvernement.»

Étudiant au bac de droit à l’UQAM, membre de la CLASSE mais pas de l’exécutif. Il a précisé que ce n’est pas une action organisée par aucune association étudiante.


Quelle stratégie pour le gouvernement?

Du côté du gouvernement, la stratégie est moins claire. « Je ne sais pas si le gouvernement a une stratégie, dit M. Hamel. Je parlerais plutôt d’un manque de leadership politique.» Le gouvernement se contente de dire qu’il ne reviendra pas sur sa décision. «J’aurais aimé un discours plus articulé sur les services publiques.  On voudrait comprendre pourquoi à ce moment-ci, on doit faire payer davantage les étudiants. Si ce choix est légitime, qu’on nous l’explique correctement», ajout-t-il.

Les commentaires sont désormais fermés pour cet article.

Articles récents du même sujet

Exit mobile version