MONTRÉAL – Québec s’est engagé, mardi, à prendre toutes les mesures
nécessaires pour aider les travailleurs mis à pied d’Aveos et à
s’assurer que l’entreprise restera ouverte.
Le ministre du Développement économique Sam Hamad en a pris l’engagement
ferme à l’Assemblée nationale, indiquant qu’il était prêt à mettre 5
millions $ la table pour sauver l’entreprise.
Pressé de questions par la chef de l’opposition, Pauline Marois, le
ministre a reconnu que la situation des employés était « difficile à
vivre » et il a admis songer à des recours juridiques.
Mardi, le syndicat a confirmé que ce sont 1175 emplois, dont 500 à
Montréal, qui seront perdus. Les employés d’Aveos refusent de fléchir et
ont annoncé qu’ils se rendront à Québec mercredi pour exprimer leur
mécontentement aux parlementaires.
Le ministre Hamad semble prêt à faire face à la musique. Déjà, il
confirme avoir discuté avec le ministre fédéral Christian Paradis pour
l’informer de la situation et lui demander, à son tour, d’agir pour
maintenir l’entreprise ouverte.
Il anticipe ainsi ce que lui reclameront mercredi les travailleurs
d’Aveos, qui espèrent voir Québec poursuivre Air Canada pour non-respect
de ses ententes envers les travailleurs du Québec.
De concert avec le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, Sam Hamad
a dit se pencher sur les options disponibles contre Air Canada.
« Nous sommes en train de regarder les recours contre Air Canada, dans le
but d’imposer à Air Canada de sous-traiter avec cette entreprise-là et
ramener les travailleurs », a soutenu le ministre Sam Hamad à
l’Assemblée.
Aveos blâme Air Canada (TSX:AC.B) pour les difficultés financières qui
l’ont forcée à se placer sous la protection de la Loi sur les
arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) et à fermer ses
ateliers dans plusieurs villes du Canada.
Plus tôt mardi, plusieurs centaines de travailleurs d’Aveos ont été
piqués et frustrés par une autre décision d’Air Canada. En guise de
protestation, ils ont bloqué le boulevard Côte-Vertu et forcé l’escouade
anti-émeute à intervenir.
Les employés souhaitaient aller récupérer leurs coffres d’outils, après
avoir obtenu l’autorisation d’Aveos.
Or, selon un porte-parole syndical, la direction d’Air Canada, principal
client d’Aveos et dont l’édifice jouxte celui des travailleurs en arrêt
de travail, les a empêchés de pénétrer dans l’atelier d’Aveos du
boulevard Côte-Vertu, situé à proximité de ses bureaux.
Il n’en fallait pas plus pour soulever la colère et la frustration des
employés, qui n’ont pas hésité à prendre la rue d’assaut, empêchant du
coup les employés d’Air Canada de se rendre au boulot.
« Ces gens-là ont besoin de se trouver un autre emploi et ils ont besoin
de leurs outils. Leurs outils sont à l’intérieur et Air Canada bloque
l’entrée sous prétexte qu’ils pourraient tout briser. Ce ne sont pas des
sauvages, ce sont des travailleurs », a dénoncé en entrevue téléphonique
Marcel St-Jean, président de la section locale 1751 de l’Association
internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale
(AIMTA).
Plusieurs policiers ont été mobilisés pour disperser des travailleurs,
après l’obtention d’une injonction par Air Canada.
Les policiers du Service de police de Montréal (SPVM) ont tenté de
contenir la foule. Après leur avoir demandé de quitter les lieux,
plusieurs personnes ont plutôt décidé de s’asseoir sur la chaussée.
L’agent Daniel Lacoursière, du SPVM, a mentionné que les policiers ont
dû procéder à une arrestation. L’homme, qui refusait d’obéir, a
toutefois été remis en liberté.
« On aura beau nous imposer toutes les lois, nous empêcher de sortir,
mais une foule mécontente, ça reste une foule mécontente. Ça n’apportera
rien de bon », estime M. St-Jean.
Lundi, les employés d’Aveos se sont butés à des portes closes en se
rendant au travail.Sur le site Internet d’Aveos, la note aux employés
est on ne peut plus laconique: « veuillez ne pas vous présenter au
travail jusqu’à nouvel ordre ».
Le choc demeure néanmoins très grand pour les employés de l’entreprise,
qui a annoncé lundi la fermeture de plusieurs usines en raisons de
pertes de 16 millions $ en moins de deux mois.
Ces pertes sont
attribuables, selon Aveos, à une réduction des commandes et mandats de
la part d’Air Canada.
Air Canada a déjà confié certains mandats à des sous-traitants aux
États-Unis et en Chine. Le travailleur a aussi déjà émis un appel
d’offres pour effectuer l’entretien de ses appareils une fois son
contrat exclusif terminé avec Aveos en juin 2013.
« Tout le monde ressent une trahison terrible et ce que les gens se
demandent c’est ‘mais pour quelle sorte de travailleur ai-je travaillé
toutes ces années? »‘, a rapporté M. St-Jean.