Montréal

Faire rimer aide alimentaire et développement durable

Ariel St-Louis Lamoureux - Métro

Les programmes de soutien alimentaire montréalais sont aujourd’hui élaborés dans une perspective de développement durable. Sensibiliser les résidants à l’agriculture urbaine et apprendre à ceux qui ont de faibles revenus à cultiver leurs propres aliments: c’est ce que propose, entre autres, l’organisme Action Communiterre, basé dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce (NDG).

«À long terme, on voit un changement des mentalités et une amélioration de l’alimentation chez 67% des jardiniers», déclare Walid Touabti, coordonnateur au développement financier de l’organisme.

Action Communiterre tente également de lier économie et environnement. L’organisme offre par exemple des ateliers de conservation d’aliments et de semences qui visent à aider les participants à épargner.

La sensibilisation occupe une place de choix dans la mission de l’organisme, qui développe des programmes d’embellissement urbain auprès des enfants. «Le décollage du recyclage a eu lieu grâce à des ateliers dans les écoles; c’est ce qui fonctionne à long terme», fait valoir M. Touabti.

«Aujourd’hui, le dépannage alimentaire a encore sa place, mais [on fait] d’importants efforts [pour augmenter] l’implication des bénéficiaires [et aller] plus loin que la charité», commente Dario Enriquez, étudiant au doctorat en études urbaines à l’UQAM. Les programmes de soutien alimentaire «tablent sur la réinsertion sociale et communautaire des citoyens [qui ont des] besoins alimentaires, poursuit M. Enriquez. Ce n’est pas seulement lié à l’approche « durable », mais surtout à une approche intégrale» de l’aide.

Ainsi, les sphères économique, sociale et environnementale sont toutes considérées quand vient le temps d’apporter une aide alimentaire. Les préoccupations des organismes d’aide s’étendent maintenant jusqu’à l’accès aux aliments sains dans un quartier donné, à l’aménagement de celui-ci, de même qu’au soutien à ses producteurs et à son économie locale.

Les tables de quartier
Pour coordonner les stratégies d’aide, 29 tables de développement social ont été mises sur pied afin de couvrir le territoire de la ville de Montréal. Elles ont pour objectif d’améliorer les conditions locales de chacun des secteurs.

«Les tables permettent une concertation qu’il est difficile de financer, car [elle ne représente] pas un projet concret, constate Walid Touabti. Pourtant, [son importance] est considérable.»

Membre de la table de quartier de NDG, Action Communiterre y voit un moyen d’élargir son plan d’action. «Les tables permettent de générer des idées, de communiquer et de rencontrer des gens d’autres organismes ayant différentes missions. Elles offrent aussi aux agents gouvernementaux des renseignements concrets sur la situation», énumère M. Touabti.

Les tables de quartier sont soutenues par la Direction de la santé publique de Montréal (DSP) depuis 1997. «Ce n’est pas réellement une nouveauté, précise Lise Bertrand, chef d’équipe au développement social à la DSP. En 2002, nous avions la même intention, mais notre cadre était beaucoup moins élabo­ré. L’application n’était donc pas [faite]. En 2008, nous avons renforcé et éclairci notre position.»

Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec a aussi apporté son appui. Les trois quarts du budget régional de soutien à la sécurité alimentaire 2007-2012 sont attribués à l’autonomie alimentaire.

La faim à Montréal: un problème majeur
La faim demeure un problème majeur à Montréal. Depuis 2008, une augmentation de 32% de l’insécurité alimentaire a été constatée. Ce sont 7763 nouvelles personnes qui sont touchées, selon les chiffres de Moisson Montréal, un centre de récupération et de redistribution de denrées. Le directeur général de l’organisme, Dany Michaud, voit dans ces chiffres «un lien direct avec la crise économique qui vient de sévir», mais aussi avec la hausse du coût de la vie.

Articles récents du même sujet

Exit mobile version