TORONTO — Un rapport selon lequel le littoral du lac Huron s’avère le meilleur emplacement pour un projet d’enfouissement de déchets nucléaires a prêté le flanc à la critique des autorités fédérales en matière d’environnement.
Dans un document et une lettre détaillée à l’intention de l’Ontario Power Generation (OPG), l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE) a signalé qu’elle juge le rapport de la société d’État inadéquat — ce dont se réjouissent les opposants du projet.
L’OPG avait réalisé cette analyse à la demande de la ministre de l’Environnement. En février 2016, Catherine McKenna avait réclamé une évaluation de la faisabilité du stockage de ces résidus à radioactivité faible ou modérée dans d’autres emplacements.
Le producteur d’électricité soutient que la centrale nucléaire de Kincardine, en Ontario, à 1,2 kilomètre du lac Huron, est la plus à propos pour le projet de dépôt en formations géologiques profondes.
Dans son rapport déposé en décembre, l’OPG a indiqué qu’il serait onéreux et plus dangereux de transporter les déchets nucléaires par camion ailleurs.
Des opposants ont rapidement signalé que l’étude était simpliste, accusant l’OPG de ne pas s’être adéquatement penché sur d’autres sites d’enfouissement potentiels. L’ACEE semble voir les choses du même oeil.
Dans une demande d’information de 15 pages, l’agence fédérale a qualifié le rapport de vague et superficiel. La société de la Couronne aurait dû se pencher sur les problèmes que posent d’autres emplacements «de manière objective et rigoureuse», et ce, de la construction du dépôt à sa fermeture, est-il précisé.
«Ces emplacements alternatifs devraient être raisonnables, concevables et réalistes dans le contexte du développement d’un dépôt en formations géologiques profondes», est-il exposé.
On reproche notamment à l’OPG le manque de cohérence dans sa terminologie, de même que sa manière d’appréhender les risques éventuels pour l’environnement. Son rapport ne mentionne aucun danger associé aux autres emplacements outre le risque de collision lors du transport des résidus.
L’ACEE demande notamment à l’OPG de se pencher sur le transport des résidus radioactifs par train et d’approfondir son examen de l’impact sur les Grands Lacs et l’approvisionnement en eau — un enjeu au coeur des préoccupations des opposants.
Le porte-parole d’OPG, Kevin Powers, soutient que cette demande était une étape «attendue» du processus en ce qui a trait à la «clarification et l’élaboration» de certains aspects du projet.
La décision de la ministre McKenna, qui devait être rendue vers la fin de l’année ou le début de l’année suivante, s’en verra sans doute repoussée.
L’organisme SOS Grands Lacs félicite Ottawa d’avoir remis l’OPG à la tâche. Du côté du Michigan, le représentant Dan Kildee dit espérer que le Canada n’aille pas de l’avant.
Le coût estimé du projet, qui prévoit l’enfouissement de 200 000 mètres cubes jusqu’à 680 pieds sous terre, s’élève à 2,4 milliards $.