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Les groupes communautaires se sentent bernés

Caroline Plante, La Presse canadienne

QUÉBEC — Amère déception pour les quelque 3000 groupes communautaires du Québec: eux qui croyaient recevoir 80 M$ additionnels sur cinq ans du gouvernement Couillard n’auront finalement que 25 M$ de plus pour financer leurs missions.

Pourtant, le nombre 80 apparaît noir sur blanc dans le budget. Il a aussi été maintes fois répété par la ministre déléguée à la Santé publique Lucie Charlebois au cours des dernières semaines.

En entrevue avec La Presse canadienne lundi, le porte-parole de la Coalition des tables régionales d’organismes communautaires (CTROC) a parlé de «comptabilité créative», tout en accusant le gouvernement d’entretenir le flou depuis mars afin de «bien paraître».

«On le sait: ce gouvernement-là fonctionne avec l’opinion publique, (…) il doit démontrer qu’il agit, a soutenu Hugo Valiquette, porte-parole du CTROC. Donc 80 M$, c’est quand même un beau chiffre à dire, et c’est vrai que ça a l’air d’un gros chiffre et d’un gros investissement, mais c’est vraiment utiliser des chiffres pour bien paraître.»

En réalité, le Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) passera de 577 M$ à 602 M$ d’ici 2021-22, une augmentation de 25 M$ sur cinq ans.

Le taux d’indexation annuelle s’élèverait à environ 0,7 pour cent.

«C’est très peu», a déclaré M. Valiquette, ulcéré. Les groupes réclament, dès cette année, l’ajout de 355 M$ et une rencontre d’urgence avec la ministre Charlebois.

«Les listes d’attente, on en voit. Avant, on avait cinq jours d’ouverture. Ben là, on commence à voir des quatre jours d’ouverture parce qu’on n’est plus en mesure de se maintenir (…) Ça fait des gens qui sont épuisés; on voit un roulement de personnel de plus en plus», a-t-il ajouté.

De son côté, Mme Charlebois s’est défendue lundi d’avoir entretenu le flou en jouant sur les chiffres, et a rejeté la demande de financement additionnel du CTROC, la qualifiant «d’excessive».

«Il y a des ententes de service que ces organismes communautaires ont avec le réseau de la santé. (…) Ça, on n’en parle jamais. Il y a aussi des montants qui viennent de mon budget discrétionnaire, pas moins de 1 million $ que je donne, entièrement versé aux organismes communautaires. Tous les députés ont un budget de soutien à l’action bénévole. Savez-vous où ça va? Aux organismes communautaires. Personne ne parle jamais de ça, mais va falloir en parler un jour», a-t-elle dit.

Le porte-parole du Parti québécois en matière de services sociaux, Dave Turcotte, a quant à lui déploré l’attitude de la ministre.

«Dans un budget, (…) faire de la politique à ce niveau-là, j’ai rarement vu ça. De créer des attentes à des gens qui sont déjà découragés et démoralisés, (…) c’est quelque chose», a-t-il déclaré.

Les groupes communautaires souffrent d’un sous-financement «criant», a insisté M. Turcotte, depuis qu’on leur demande de «tenir le filet social» abîmé par les mesures d’austérité des dernières années.

 

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