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Entrevue avec Pauline Marois: La néophyte expérimentée

Marie-Luce Pelletier-Legros, Métro

Pauline Marois est claire : «J’y vais pour gagner et j’y travaille! Je veux rien savoir d’un gouvernement Charest minoritaire, y’a rien fait. Ce que ça nous prend c’est un gouvernement du Parti québécois majoritaire.» Celle qui est passée par tous les ministères importants – finances, santé, éducation – au cours de ses presque 30 ans de carrière politique en est toutefois à sa première élection en tant que chef de parti.

La campagne électorale suscite beaucoup de cynisme de la part des électeurs, certains la qualifient carrément d’inintéressante, terne et plate. Comment la trouvez-vous?
De l’intérieur, je ne le vis pas ainsi, car je suis en contact avec les citoyens et les candidats occupés à présenter ce que l’on a à présenter. De mon point de vue je ne la trouve pas terne. Mais je comprends que les gens soient déçus et qu’ils la trouvent plate. D’abord, parce que Jean Charest a décidé d’aller en campagne, malgré le désaccord des citoyens, et donc l’intérêt n’est pas là. Et c’est triste pour la démocratie, c’est triste pour le Québec.

J’aurais préféré qu’on reste à l’Assemblée nationale pour qu’on trouve des solutions concrètes à ce qui s’en vient avec la crise économique. J’espère que les gens vont s’y intéresser avant la fin de la campagne. Parce qu’il y a des moments difficiles qui s’en viennent, on n’y échappera pas. J’espère que les gens vont s’y mettre, vont écouter ce que l’on a à présenter, parce que je crois que ça va beaucoup avec les besoins réels des Québécois.

Et selon vous, quels sont ces besoins?
Je crois que les familles veulent avoir du temps. Avec leur enfant, avec les aînés, ils sont toujours au bout de leur souffle. Nous avons aussi besoin d’un réseau de transport en commun plus efficace, pour que les gens aient le goût de le prendre et rendre plus fluide la circulation. C’est catastrophique actuellement pour Montréal!

Pour la première fois, il y a deux femmes chefs de parti qui s’affrontent dans cette campagne. Est-ce que cela a un impact sur les enjeux de cette élection?
Je crois que l’enjeu principal, c’est de voir qu’une femme peut être capable de compassion et être capable, par son expérience, de s’occuper de l’économie, par exemple, et d’aider les gens à passer à travers les difficultés qu’on rencontre. Notre façon de faire nous amène à écouter les gens, à les rassembler et, ensemble, de trouver des solutions qui répondent aux besoins du monde. Je crois, ma présence dans cette campagne, elle apporte cette vision, cette façon de faire un peu différente, mais qui s’appuie sur une assez bonne expérience de la chose publique et aussi une expérience en temps de crise.

En 2001, à l’époque du 11 septembre, j’étais ministre des Finances. On craignait un ralentissement économique et il y en a eu un. Alors, j’ai mis en place deux ou trois mesures majeures, qui ont fait que, non seulement le Québec n’a pas connu de ralentissement, mais a créé le plus grand nombre d’emplois jamais créés… Et c’est une femme qui était aux Finances à ce moment-là.

Est-ce que l’héritage que vous avez en quelque sorte légué au Québec est lourd
à porter?

Oui, c’est lourd à porter, parce que M. Charest essaie de me faire payer ce qu’il n’a pas réussi à faire pendant qu’il était au gouvernement. C’est un peu facile de s’essuyer les pieds sur moi et de dire Mme Marois a fait ci, Mme Marois a fait ça… Qu’est-ce qu’il a fait, lui, pour régler les problèmes? Je suis fière de ce que j’ai fait. Il y a des choses que j’aurais aimé faire autrement si j’avais été capable de le faire.
Ma plus belle réussite, c’est le congé parental. C’est un gouvernement péquiste qui a adopté la loi sur les congés parentaux et qui a commencé la négociation avec Ottawa pour les transferts. C’est un gouvernement du Parti libéral qu’il l’a terminé; ça, je l’admets. Mais je ne crois pas que, s’ils n’avaient pas eu une loi déjà entre les mains, les libéraux l’auraient fait adopter.

Plusieurs affirment que la souveraineté est un vieux débat. Pourtant, il y a trois partis indépendantistes dans cette campagne…
Je pense que, non seulement ce n’est pas un vieux débat, mais c’est un projet tout aussi moderne en 2008 que lors­que René Lévesque a fondé le Mouve­ment Souveraineté- Associa­tion il y a 40 ans. Pourquoi on accepterait qu’une autre nation décide à notre place de ce qui est bon pour nous, de ce que l’on doit faire comme choix au niveau culturel, entre autres? Si on avait tous les moyens, on n’aurait pas coupé les 40 M$ dans la culture comme l’a fait Harper.

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