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Entrevue avec Françoise David: Un espoir de changement

Québec solidaire en sera, le 8 décembre, à sa deuxième élection générale. Mieux connu qu’à ses débuts, mais encore en marge des trois grands joueurs, le parti espère faire de 2008 l’année de tous les changements. Métro a rencontré la porte-parole nationale de Québec solidaire, Françoise David.

Québec solidaire s’est beaucoup fait connaître au cours de la campagne de 2006. Maintenant que la glace est brisée, quels sont les principaux défis du parti?
Notre premier défi est le même que tous les autres partis. Il faut dire aux gens que, même s’ils n’avaient pas envie d’aller en élection, que même si c’est vrai que Jean Charest a été opportuniste en déclenchant des élections, maintenant que c’est fait, il faut s’intéresser à la politique et il faut aller voter. C’est un défi important parce qu’on ne peut pas dire d’emblée que l’intérêt y est. Le deuxième défi pour Québec solidaire, c’est de continuer de nous faire connaître. Il ne faut pas s’imaginer que tout le monde nous connaît. On veut dire aux gens de regarder ce qui s’est passé aux États-Unis, de regarder ce qui se passe quand une grande partie de la population décide de se mobiliser autour d’idées plus progressistes. On veut leur dire qu’ils ne sont pas toujours obligés de voter pour les mêmes partis. Qu’ils peuvent en essayer un autre. Qu’ils peuvent nous essayer.

De quoi le Québec a-t-il besoin? Qu’est-ce que le prochain gouvernement devrait tenter de changer?
Il faut collectivement décider de mettre fin au cynisme et de se prendre en main. Il faut décider qu’on est capable de porter des projets collectifs. Il faut que la politique retrouve son sens. Il faut que le Québec redevienne une grande maison où il y a de la place pour tout le monde. Il nous faut des projets collectifs qui vont dans le sens de la solidarité, du respect de l’environnement. Il faut une économie prospère, mais pour tout le monde, dans toutes les régions. Il faut faire participer les gens à la vie politique. Il faut développer davantage nos ressources locales, régionales et nationales. Il s’agit d’encourager la vie communautaire et de mettre de côté la pensée du «tout à l’État».

En temps de crise économique, comment un parti de gauche peut-il se positionner?
Cette crise économique est extrêmement malheureuse et dramatique pour les petits épargnants, les retraités, les travailleurs autonomes et les salariés qui perdent leurs emplois. Il faut se rappeler que les plus touchés seront les gens ordinaires. Mais cette crise n’est pas tombée du ciel, elle est la preuve irréfutable que c’est ce qui arrive quand on gouverne à droite, qu’on laisse faire le marché. La situation économique vient dire aux gens qu’il est temps de penser à autre chose. Québec solidaire a fait une proposition en quatre volets pour nous sortir de la crise. Selon nous, il faut protéger les fonds de retraite publics, créer 40 000 emplois en cinq ans, protéger le pouvoir d’achat des consommateurs en exemptant de taxes certains produits essentiels et développer une économie locale et verte.

Advenant votre élection le 8 décembre, que pourriez-vous faire à l’Assemblée nationale?
Sincèrement, on est deux à avoir des chances d’être élus. Il y a Amir Khadir, dans Mercier, qui a de très bonnes chances, et moi [dans Gouin]. Ce que je souhaite, c’est qu’on soit élu tous les deux, qu’on aille à l’Assemblée nationale et qu’on intervienne à plusieurs niveaux. On pourra de temps en temps poser une question lors de la période de questions. On aura des équipes de recherche qui nous permettront de travailler nos dossiers. On pourra proposer des projets de loi. On aura un accès accru aux médias, ce qui nous permettra de porter davantage notre message dans l’espace public et qui donnera peut-être confiance aux gens qui se diront : «si on en a élu deux, pourquoi pas plus».

En avril dernier, vous aviez évoqué une possible collaboration avec le Parti vert. Avez-vous toujours l’intention d’explorer cette avenue?

Depuis plusieurs mois, nos relations avec le Parti vert se sont grandement améliorées. On a établi des rapports cordiaux avec son nouveau chef [Guy Rainville] et pour moi, c’est déjà important. On a travaillé ensemble sur deux dossiers : le scrutin proportionnel et notre participation conjointe au débat des chefs. On verra pour la suite des choses.

Comment décririez-vous la présente campagne?
Ce qu’on voit, ce sont des chicanes, des enfantillages, des attaques de part et d’autre, parfois assez sournoises et vicieuses. Ce n’est rien pour donner aux gens le goût de la politique. À quoi ça sert de répéter que l’autre n’est pas capable, que l’autre n’est pas bon? Est-ce qu’on ne pourrait pas apporter nos idées et laisser la population décider et choisir? Qu’à l’occasion on critique les propositions des autres, je veux bien. Mais le débat serait beaucoup plus intéressant si chaque parti politique se disait : «je vais d’abord apporter mes idées, je vais dire ce que je veux faire» pour ensuite dire que c’est différent d’un autre parti. En ce moment, c’est le contraire qui arrive. On commence par critiquer, par démoniser l’adversaire, pour ensuite dire ce qu’on va faire. Ce n’est pas intéressant et je pense que la population va très vite se lasser de ce genre de campagne électorale. C’est dommage pour la démocratie. Ça devrait être un moment d’intenses débats politiques une campagne électorale.

Est-ce plus difficile pour les femmes de faire campagne? Le jugement est-il plus cruel?
Oui. Avant de faire de la politique, je ne me serais peut-être pas rendue compte de la difficulté, mais depuis deux ans, il m’est arrivé à plusieurs reprises de dire à mon collègue Amir Khadir : «toi, il n’y a jamais personne qui se souvient de ce que tu portais, jamais personne ne te parle de ta coiffure». Mais moi, dès que je vais à la télé, la première chose dont on me parle le lendemain, c’est de mon habillement, de mon maquillage ou de mes cheveux. C’est hallucinant, du côté des femmes, à quel point l’apparence compte. Je ne peux quand même pas trop me plaindre puisque les gens écoutent ce que j’ai à dire, mais il faut d’abord régler cette question de l’image.

Selon vous, à quoi ressemblera le gouvernement le 9 décembre?
C’est vraiment difficile à dire. Tout est possible. La seule chose que je peux dire, c’est que je ne crois pas à  une remontée de Mario Dumont, et je ne la souhaite pas. Je crois par contre que Québec solidaire pourrait améliorer son résultat général cette année et j’espère qu’Amir Khadir et moi serons élus. C’est mon plus grand espoir.

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