Sans surprise, les échanges les plus serrés et vigoureux du débat des chefs présenté ce soir ont été ceux opposant le chef libéral à ses rivaux. De façon générale, Jean Charest a été moins dominant que dans les débats précédents, lui qui a été fortement attaqué sur son bilan.
Pauline Marois et Mario Dumont n’ont pas manqué d’écorcher le gouvernement libéral sur la situation en santé, en ajoutant qu’un déficit réel, caché, s’était développé dans les dernières années. Et si les deux chefs de l’opposition ont évoqué la possibilité de rouvrir la Constitution pour rapatrier des pouvoirs au Québec, M. Charest a répliqué en soulignant de nouveau sa volonté de faire de la création d’emplois sa priorité. «[Mme Marois] veut ajouter à la crise financière une crise constitutionnelle», a répondu le premier ministre.
M. Charest a également dû défendre sa position sur les opérations de la Caisse de dépôt et de placement du Québec. Tour à tour, ses rivaux l’ont accusé de chercher à cacher les chiffres aux Québécois. «C’est notre bas de laine, vous avez la responsabilité de dire la vérité aux Québécois, de s’assurer que la vérité soit connue», a martelé Mme Marois, après Mario Dumont. «Il y a peut-être juste [M. Dumont et Mme Marois] en ce moment qui proposent que la Caisse de dépôt rende publics ses rendements», s’est défendu le chef libéral, avant de réitérer son engagement de garder la Caisse à l’écart de la sphère politique.
M. Dumont s’est posé en alternative aux vieux partis, notamment en santé, domaine où il a rappelé être le seul à proposer une solution différente, soit de laisser une plus grande place au privé. «Vous avez le même système, pas de solutions nouvelles», a-t-il lancé à ses opposants. Les échanges Marois-Charest ont pour leur part tourné autour des bilans respectifs des partis. «Ça prend dix minutes mettre à la retraite un médecin spécialiste, ça prend dix ans pour en former un», a indiqué à deux reprises M. Charest, accusant le Parti québécois d’avoir abandonné le système de santé lors de son dernier mandat. «On a sauvé le système de santé», a rétorqué Mme Marois, soulignant avoir travaillé dans un contexte de déficit, et que le système était en difficulté après six ans au pouvoir.
Côté éducation, Mme Marois et M. Charest ont fait valoir leur désir de diminuer le ratio élèves-professeur par classe. Le chef adéquiste a profité de ce segment pour appuyer sa différence en rappelant son projet d’éliminer les commissions scolaires et de ramener les «valeurs fondamentales de rigueur et de discipline […] enlevées par la réforme de Mme Marois». Cette dernière a pour sa part défendu la réforme, jetant le blâme sur le gouvernement Charest.
Mme Marois a ainsi déploré à de nombreuses reprises que M. Charest se refuse à défendre son bilan et à prendre la responsabilité des différents problèmes. Réfutant ses allégations, le chef libéral s’est aussi appliqué à mettre en doute le cadre financier proposé par l’ADQ.
Relégué en fin de débat, le thème du Québec de demain a permis à la chef péquiste de noter que la Loi 101 était régulièrement bafouée, en plus de réaffirmer l’importance de la souveraineté comme solution pour son parti.