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Environnement

Quatre ans après sa mise en application: que reste-t-il de Kyoto?

Le 16 février 2005, le protocole de Kyoto entrait officiellement en vigueur. Le Canada, qui faisait à l’époque figure de leader, se retrouve aujourd’hui isolé. Seul pays industrialisé à avoir signifié son intention de ne pas respecter ses engagements, le Canada s’éloigne dangereusement des cibles à atteindre d’ici décembre 2012.

Ratifié en décembre 2002 par le gouvernement de Jean Chrétien, le protocole de Kyoto devait forcer le Canada à réduire de 6 % ses émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 2008 et 2012, par rapport à leur niveau de 1990. L’arrivée au pouvoir du Parti conser­vateur de Stephen Harper en janvier 2006 a cependant changé la donne.Après avoir promis, en campagne électorale, de ne pas donner suite aux engagements pris par le Canada dans le cadre du protocole de Kyoto, le premier ministre Harper est passé à l’action sitôt arrivé au pouvoir.

Plusieurs programmes mis en place par les libé­raux, dont le Défi une tonne et le Plan sur les changements climatiques, qui prévoyait des investissements de quelque 10 G$ afin de réduire les émissions de GES de 270 mégatonnes d’ici 2012, ont été abolis sans, bien souvent, être remplacés. «Il n’y a aucune politique  en place maintenant qui ne l’était pas lorsque les libéraux étaient au pouvoir, a affirmé en entrevue à Métro Dale Marshall, analyste de politiques en matière de changement climatique pour la Fondation David Suzuki. Depuis la ratification du protocole de Kyoto, le Canada ne s’est pas approché de son objectif parce qu’aucune politique nécessaire pour le faire n’a été implantée.» À l’heure actuelle, les émissions de GES du Canada sont de 22 % plus élevées qu’elles ne l’étaient en 1990.

Kyoto aux oubliettes
Les conservateurs ont rapidement pris leurs distances avec le protocole de Kyoto. Le premier budget, présenté près de cinq mois après la victoire du parti, n’a pas fait spécifiquement mention de l’entente.

Moins de six mois plus tard, le gouvernement Harper a annoncé son intention de mettre en place un plan «fait au Canada» qui inclurait des mesures pour réduire la pollution atmos­phérique. Cette fois encore, aucune mention du protocole de Kyoto n’a été relevée.

«Les conservateurs agissent comme si le protocole de Kyoto n’existait pas, a noté Steven Guilbeault, cofondateur et coordonnateur général adjoint d’Équiterre. L’ancien ministre de l’En­vironnement, John Baird, a dit l’année dernière que le Canada respecterait ses engagements envers Kyoto, sauf ses objectifs. C’est comme de dire que le soleil se lèvera la nuit. C’est un non-sens total.»

Cibles atteignables
Jugeant irréalistes les objectifs de Kyoto, le gouvernement Harper s’est engagé, dans le Discours du trône du 19 novembre, à réduire de 20 % d’ici 2020 les émissions de GES au pays. L’année de référence est cependant passée de 1990 à 2006.

Concrètement, le plan des conservateurs ferait passer les émissions de GES de près de 730 mégatonnes à 598 mégatonnes par année en 2020. Selon les cibles de Kyoto toutefois, ces émissions auraient dû atteindre 563 mégatonnes par année dès 2012. «Les objectifs de Kyoto étaient atteignables si on avait agi, a souligné Dale Marshall. Toutes les analyses réalisées à la fin des années 1990 ont démontré qu’il était possible d’atteindre nos objectifs entre 2000 et 2010.»

Selon ces mêmes analyses, l’économie canadienne n’aurait pas souffert de l’implantation de politiques vertes. La croissance économique était évaluée à 29 % entre 2000 et 2010 si le virage vers Kyoto était entrepris et à 30 % si rien n’était fait. Un rapport commandé par les conservateurs et publié en avril 2007 concluait plutôt que l’application du protocole de Kyoto entraînerait inévitablement une récession.
 
Conséquences
Puisque le Canada est toujours légalement lié à Kyoto, la décision des conser­vateurs de ne pas en respecter les objectifs pourrait avoir de graves répercussions sur le pays. «Les conséquences financières pour le Canada risquent d’être catastrophiques, a résumé André Belisle, président de l’Association québécoise de la lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) et porte-parole de la coalition QuébecKyoto. Certaines évaluations laissent croire que le Canada pourrait devoir payer une facture de 35 G$ à 70 G$ s’il présentait, en 2012, le même bilan qu’aujourd’hui.»

Le Canada pourrait également être pénalisé par rapport à son objectif de réduction d’émissions de GES. Ainsi, les pays qui n’auront pas respecté leurs engagements d’ici 2012 devront s’y plier au cours de la deuxième phase de Kyoto. Ils devront, en plus, y ajouter une pénalité correspondant à 30 % de l’objectif de départ et respecter les nouvelles cibles. Enfin, les pays fautifs pourraient être exclus du système international d’échange de droits d’émission de carbone mis en place par l’ONU.

Malheureusement, le temps qui file semble rapprocher le Canada de cette éventualité. «J’ai toujours refusé de dire qu’on n’y arriverait pas, a déclaré Thomas Mulcair, député du NPD dans Outremont et ancien ministre provincial de l’Environ­nement. Mais aujourd’hui, avec ce qui a été fait et surtout ce qui n’a pas été fait, je ne crois pas qu’on pourra atteindre la cible prévue pour 2012. Il n’y a pas de façon de se rattraper.»

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