Métro, en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde, poursuit sa rubrique «Le Québec en questions». Chaque lundi, on vous invite à participer à une discussion autour d’un thème précis. Dans le journal, trois personnalités et des jeunes ont entamé le débat. Sur le web, il se prolonge avec leurs réponses complètes et vos réactions.
On parle souvent de travail équitable à l’international, mais qu’en est-il ici?
Dans la dernière décennie, le commerce équitable a vu sa popularité
grandir un peu partout sur la planète. Avec ce mouvement, des valeurs
de justice et d’équité se sont répandues dans certains secteurs où
l’exploitation de la main-d’Å“uvre est monnaie courante, notamment chez
les paysans producteurs de café, de cacao ou de riz dans les pays
émergents.
Parallèlement, ici, nos agriculteurs peinent trop souvent à se sortir la tête de l’eau, noyés par des dettes faramineuses.
Dans d’autres secteurs, bien que 40 % des travailleurs soient encore
syndiqués, le taux de syndicalisation subit une lente chute depuis les
années 1990, laissant quelquefois le champ libre aux abus.
La Loi sur l’équité salariale adoptée en 1996 tarde quant à elle à être
respectée, alors que seulement 50 % des entreprises québécoises ont,
jusqu’à maintenant, fait une vérification de l’équité salariale, tel
que le prévoit la loi, pour que des réajustements soient faits.
Société de droits
D’un autre côté, les travailleurs québécois ont des droits bien
définis, et il existe toutes sortes d’institutions et de chartes en
place pour les faire respecter. Alors que penser? Les travailleurs d’ici sont-ils traités équitablement ou reste-t-il encore du chemin à faire pour y arriver?
Trois personnalités se prononcent
Yves-Thomas Dorval
Président du Conseil du patronat du Québec
«La meilleure garantie d’équité est celle qui vient d’un marché du travail flexible, dynamique et qui crée beaucoup d’emplois. La compétition entre employeurs est alors plus forte, et ces derniers sont plus enclins à offrir de bons salaires et des conditions de travail optimales pour attirer et garder des employés. Les travailleurs ont donc beaucoup de choix. Ils peuvent magasiner pour trouver l’emploi qui présente les meilleurs avantages pour eux et quitter plus facilement un travail qui ne fait pas leur affaire.
L’environnement économique dont nous jouissons chez nous n’existe pas dans plusieurs pays en développement. Les individus y ont alors moins de débouchés sur le marché du travail et moins de recours contre les abus. Bref, tout n’est bien sûr pas parfait chez nous, mais, heureusement, les principaux problèmes de justice et d’équité fondamentales ont été réglés.»
Alexandre Boulerice
Conseiller syndical au Syndicat canadien de la fonction publique
«Non, pas tous et surtout pas toutes. Vous savez ce qui se produit chaque 2 janvier vers 9h30? À ce moment précis, les PDG des plus grandes compagnies canadiennes viennent de toucher ce que vont gagner en une année les travailleurs de notre pays. Est-ce une simple statistique? Non. C’est le reflet concret du fait que certains profitent de façon grossière du travail des autres. Le fossé qui sépare les dominants et les dominés demeure flagrant, abyssal.
L’écart de revenus entre les classes ne cesse de s’accroître. Les employés ont beau augmenter leur productivité, ils n’en tirent aucun avantage. Tout est accaparé par ceux qui sont déjà au sommet de la pyramide. Le maximum du pouvoir d’achat pour les salariés a été atteint vers 1979, depuis c’est une lente descente (- 5,5% au Québec), ou au mieux, une stagnation. Ce n’est donc pas juste.
Quant aux différences entre les hommes et les femmes, ces dernières ne touchent toujours que 70% du salaire des hommes pour un travail équivalent. Est-ce juste et équitable? Bien sûr que non.
La nécessité de créer une économie au service des gens et non des possédants est toujours à l’ordre du jour.»
Frédéric Paré
Avocat et professeur en relations du travail au Département d’organisation et ressources humaines de l’ESG-UQAM
«Oui, je crois que nous pouvons affirmer que les travailleurs d’ici bénéficient généralement de conditions de travail équitables. Cela est dû à deux choses : une législation du travail et des droits de la personne progressiste, qui confère aux travailleurs de nombreux droits, ainsi que des recours efficaces et un mouvement syndical actif.
Ainsi, la Charte québécoise reconnaît à toute personne qui travaille le droit à des conditions de travail justes et raisonnables qui respectent sa santé, sa sécurité et son intégrité physique. Elle interdit la discrimination en emploi sur la base de certains motifs et reconnait le principe de l’équité salariale. Le Code civil du Québec et la Loi sur la santé et la sécurité du travail reconnaissent aux travailleurs le droit à la protection de leur santé, de leur sécurité et de leur dignité. Enfin, la Loi sur les normes du travail prévoit des règles en matière de salaire minimum, de durée du travail, de travail des enfants et de harcèlement psychologique, et donne droit à de nombreux repos, congés et absences protégées. Les syndicats, de leur côté, par le biais de la négociation collective, des conflits de travail et des différents recours qui sont à leur disposition, cherchent continuellement à faire bénéficier les travailleurs qu’ils représentent de conditions de travail plus avantageuses que ce qui est prévu par les lois du travail et de l’emploi.»
L’avis des jeunes
- Marc-André L. Thibault, 27 ans
Agent de promotion pour l’organisme Ex aequo
«On ne se gêne plus pour dire que maintenant chez nous il y a les riche d’un bord et les pauvre de l’autre. En 2008, le taux de chômage des jeunes était de 9,7 % dans le cas des jeunes de 15 à 29 ans nés au Canada, comparativement à 17,3 % pour les jeunes issus de l’immigration et à 18,4 % pour ceux des minorités visibles. Pourquoi cette situation? Est-ce une question de compétence, d’origine, d’instruction ou de préjugés? Un mélange de tout ça? Une chose est certaine, si nous souhaitons un jour du travail équitable à l’international, il faudra d’abord montrer l’exemple chez nous.»
- Sylvain Perron, 24 ans
étudiant à l’UQAM
«Je crois que la plupart des Canadiens ont des conditions de travail équitable, sauf peut-être quelques écarts de certaines compagnies concernant la syndicalisation de leurs employés.
Cependant, la syndicalisation n’a pas que des avantages. En effet, au Québec, on force les employés à s’associer au syndicat de l’entreprise, augmentant peut-être la force du syndicat, mais obligeant surtout les employés à payer des cotisations à un syndicat avec qui ils ne veulent peut-être pas s’associer. Pensons simplement au syndicat de la FTQ construction qui oblige ses employés à fournir une cotisation servant souvent à… payer de riches soupers à ses dirigeants. Est-ce équitable pour les employés qui sacrifient une partie de leur paie pour se faire représenter? Non je ne crois pas.»