OTTAWA – Menacé d’une élection printanière, le ministre des Finances,
Jim Flaherty, a déposé mardi un budget prudent, mais qui reprend
quelques-unes des mesures proposées par ses opposants, ce qui semble
indiquer un ultime effort pour sauver son gouvernement.
Les points saillants du budget Flaherty
Alors que les rumeurs d’élections sont à leur comble sur la colline
parlementaire à Ottawa, il appartient maintenant aux partis d’opposition
de décider si la perche tendue par le gouvernement minoritaire de
Stephen Harper leur suffira pour l’appuyer encore quelque temps.
Le ministre Flaherty avait à peine commencé à lire son discours du
budget que le chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, et celui du Bloc
québécois, Gilles Duceppe, confirmaient qu’ils voteraient contre le
budget.
Reste à voir ce que décidera de faire le chef du Nouveau Parti
démocratique, Jack Layton, qui a la survie du gouvernement entre les
mains.
Dans son budget déposé mardi, le gouvernement conservateur saupoudre une
foule de petites mesures bien ciblées: le populaire programme de
rénovation domiciliaire est renouvelé, un crédit d’impôt aux aidants
naturels est proposé, et le ministre des Finances s’attaque, tel que
promis, au sort des aînés les moins bien nantis en bonifiant leurs
retraites.
Jim Flaherty a d’ailleurs plaidé lui-même, dans son discours aux
Communes, que ses troupes espéraient non seulement bénéficier d’un
retour à la stabilité économique, mais surtout d’une stabilité politique
dans les mois à venir.
« Pour assurer notre reprise à la suite de la récession mondiale, le
Canada a besoin d’un gouvernement stable qui s’appuie sur des principes.
L’heure n’est pas à l’instabilité. Un climat instable (…) mettrait en
péril les progrès que nous avons accomplis », a-t-il argué.
En vertu de ses efforts pour renouer avec l’équilibre budgétaire à moyen
terme, le gouvernement n’entreprend pas de nouvelles dépenses
importantes à l’échelle nationale, mais procède plutôt à un amalgame de
petites mesures, comme des crédits d’impôts pour certains groupes de
citoyens, a noté Bruce Flexman, de l’Institut canadien des comptables
agréés.
Signe que les temps économiques difficiles semblent chose du passé, le
ministre Flaherty prévoit toujours un retour à l’équilibre budgétaire
d’ici cinq ans, et prévient qu’il pourrait même être atteint un an plus
tôt que prévu, puisqu’en 2014-2015 le déficit n’atteindra que 0,3
milliard $.
Le déficit pour l’année financière 2011-2012 devrait atteindre 29,6
milliards $, ce qui portera la dette totale à 586 milliards $.
Les dépenses en nouveaux programmes se chiffrent à 2,3 milliards $, mais
sont épongées par les coupes prévues avec la fin du Plan d’action
économique de 2009, établi pour répondre à la récession.
S’il reprend quelques demandes de l’opposition, et surtout du Nouveau
Parti démocratique (NPD), le ministre Flaherty s’est défendu de ne pas
en faire assez pour ses opposants.
« On ne veut pas d’élections. (…) Mais le boulot du gouvernement, ce
n’est pas d’apaiser les partis d’opposition », a-t-il rétorqué en point
de presse, en estimant avoir présenté un compromis des demandes reçues
par la sphère politique et par les Canadiens.
« Faire preuve de leadership, c’est trouver une façon de concilier les besoins », a-t-il par la suite affirmé aux Communes.
Ainsi, les conservateurs offrent une bonification de 300 millions $ au
Supplément de revenu garanti pouvant atteindre 600 $ pour les aînés
célibataires et 840 $ pour les couples les plus pauvres – une aide
réclamée tant par les bloquistes que les néo-démocrates.
Le fédéral offre également un crédit d’impôt de 15 pour cent aux aidants
naturels familiaux, qui pour une première fois s’adresse aux époux
comme aux conjoints de faits, ainsi qu’une même mesure pour les
activités artistiques ou culturelles des enfants canadiens. Le document
prévoit en outre un léger crédit d’impôt pour les frais médicaux
déboursés par les aidants naturels.
Le gouvernement souhaite proposer au Parlement d’abolir l’âge de la
retraite obligatoire pour les personnes travaillant pour un employeur
assujetti à la réglementation fédérale et promet de discuter avec les
provinces et territoires afin de mettre en place un régime de pension
agréé collectif.
Le budget prévoit également éponger la composante fédérale des prêts
étudiants à des médecins de famille, à hauteur de 40 000 $, ou de
personnel infirmier, jusqu’à concurrence de 20 000 $, qui retournent
vers les régions rurales éloignées.
En ciblant également les études postsecondaires, la recherche et
l’innovation ainsi que les soins de santé, le budget du ministre
Flaherty répond en outre à quelques idées du programme libéral.
Ottawa promet par ailleurs le renouvellement pour un an du populaire
programme de rénovation domiciliaire Éco Énergie – la mesure la plus
importante du budget, qui représente une enveloppe de 400 millions $.
L’investissement annuel de 2 milliards $ destiné au Fonds de la taxe sur
l’essence devient enfin permanent, conformément à une demande exprimée
par les municipalités qui souhaitent un financement plus stable.
S’il promet toujours de renouer avec l’équilibre budgétaire d’ici cinq
ans, le ministre des Finances détaille peu comment il y arrivera.
Le budget précise que l’examen stratégique des dépenses des ministères –
un exercice qui vise à réduire les dépenses de cinq pour cent et qui se
poursuivra – permettra d’économiser 195 millions $ en 2011-2012, mais
ne détaille pas ce qui sera coupé par les fonctionnaires.