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Financement: Beauchamp ciblée par l’opposition

Alexandre Robillard - La Presse Canadienne

QUÉBEC – La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, a été la cible de l’opposition, mercredi, relativement à une activité de financement à laquelle elle a participé en compagnie d’un homme d’affaires lié à la mafia.

Mme Beauchamp a affirmé qu’elle ignorait tout des activités de Domenico Arcuri, lorsqu’elle s’est rendue dans un restaurant de Laval, il y a trois ans, pour un petit-déjeuner organisé au profit du Parti libéral du Québec (PLQ).

Lors d’un point de presse, la ministre a cependant indiqué qu’en disposant maintenant de ces informations sur les liens de M. Arcuri, elle ne le referait pas.

«Maintenant que les informations sont publiques, dévoilées, que les liens sont établis, je ne le referais pas», a-t-elle dit.

Mme Beauchamp a affirmé qu’elle ne connaissait pas M. Arcuri et serait incapable de le reconnaître.

Cette activité de financement, organisée en avril 2009 par Genivar, une firme de génie-conseil, a permis de verser 61 500 $ dans les coffres du PLQ, a rapporté mercredi le quotidien La Presse.

Selon le journal, M. Arcuri, qui se trouvait parmi les 15 à 20 personnes invitées à l’événement, a versé 2995 $ au PLQ cette année-là.

En Chambre, l’opposition péquiste a saisi ces nouvelles munitions pour faire feu sur Mme Beauchamp, au coeur de la crise étudiante depuis des semaines.

Consacrant presque toute la période des questions à ce sujet, les députés péquistes se sont relayés, s’étonnant notamment que Mme Beauchamp n’ait pas exercé une plus grande méfiance envers M. Arcuri, qui avait déjà fait les manchettes dans divers dossiers.

Le porte-parole en matière de sécurité publique, Bertrand St-Arnaud, a souligné que les liens de l’homme d’affaires avec la mafia étaient connus depuis 2005.

Selon M. St-Arnaud, Mme Beauchamp, qui était à l’époque ministre de l’Environnement, ne peut plaider l’ignorance, à plus forte raison qu’un de ses conseillers politiques à cette époque était un ancien policier.

«La ministre n’était pas au courant, ni ses organisateurs, ni son parti, ni son entourage? a-t-il demandé. Franchement, comment la ministre peut-elle croire un seul instant que la population va gober ça? La ministre ne peut se disculper aussi facilement.»

M. Arcuri a participé à l’événement à titre de représentant d’Énergie Carboneutre, une entreprise de décontamination des sols qui cherchait à obtenir un nouveau permis, obtenu un an après l’activité de financement.

Répondant aux allégations de l’opposition, Mme Beauchamp a nié tout lien entre l’émission de cette autorisation et la contribution politique de M. Arcuri.

«Au moment où le ministère de l’Environnement a émis un certificat d’autorisation à l’entreprise en question, l’individu dont on parle n’apparaissait pas comme propriétaire ou actionnaire de l’entreprise, a-t-elle dit. C’est le propre de ce type d’organisation illégale de travailler dans l’ombre.»

M. St-Arnaud a profité du reportage sur M. Arcuri pour rappeler que la prédécesseure de Mme Beauchamp, Nathalie Normandeau, avait elle aussi participé à des activités de financement organisées par des firmes de génie-conseil.

«Tout ça pour remplir la commande qu’impose le premier ministre à ses ministres: aller chercher 100 000 $ pour la caisse électorale du Parti libéral», a-t-il dit.

Le ministre délégué aux Finances, Alain Paquet, a déclaré qu’il ne faut pas automatiquement déduire que des activités illicites se déroulent du simple fait de la présence de représentants du secteur du génie-conseil.

«Que des gens qui contribuent, peu importe dans quelle sphère de la société ils sont actifs, c’est une chose, a-t-il dit. On ne peut faire de liens automatiquement avec des choses qui sont contraires à la loi ou contraires à ce qui est donné.»

M. Paquet a par ailleurs souligné que Domenico Arcuri a fait des contributions au Parti québécois en 2004 et 2005, en trois versements qui totalisent 1000 $.

La leader parlementaire de la Coalition avenir Québec, Sylvie Roy, a rappelé que M. Arcuri, fils d’un «caïd de la mafia sicilienne», avait été cité à de nombreuses reprises dans une enquête de la Gendarmerie royale du Canada sur le crime organisé.

«C’est la deuxième fois qu’une vice-première ministre est mêlée à des activités de financement douteux», a-t-elle dit.

S’indignant des questions de l’opposition, le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, a accusé ses adversaires d’essayer «de beurrer le plus large possible».

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