Sur leur nouvel album, Dead Silence, les punk-rockeurs torontois de Billy Talent chantent haut et fort les vraies choses.
Le guitariste et compositeur Ian D’Sa se remet à peine de la récente tournée mondiale de Billy Talent lorsqu’on le joint chez lui à Toronto. «C’est fou de penser qu’il y a 12 ans, on jonglait encore avec plusieurs jobines. On n’aurait jamais osé penser qu’on se rendrait un jour ici, se souvient-il, ému. Ça nous épate encore chaque jour que se soit notre boulot!»
Les humbles membres de Billy Talent, que le grand public connaît surtout pour ses succès radio Try Honesty et Fallen Leaves, ne prennent aucunement pour acquis leur succès, eux qui ont fait leurs premières armes sur le circuit indie ontarien des années 1990 sous le nom de Pezz.
Étant devenus Billy Talent en 1999 afin d’éviter des ennuis juridiques, les amis de longue date ont alors connu une ascension fulgurante, voyant leurs trois disques être certifiés plusieurs fois platine au Canada. Dès qu’on aborde Billy Talent III, disque paru en 2009, D’Sa explique d’emblée qu’il n’a pas fait l’unanimité parmi leurs fans, quelque peu décontenancés par le changement de cap qu’on y trouvait.
«Beaucoup d’entre eux jugeaient que l’album n’avait rien à voir avec nos autres disques, résume D’Sa. C’est Brendan O’Brien qui l’a produit; il a sa propre sonorité et sa façon de faire les choses, qui ont bien fonctionné pour les chansons que nous voulions enregistrer. Mais là, nous voulions effectuer un retour aux sources.»
D’Sa, désigné producteur de Dead Silence par ses comparses, a voulu miser sur la puissance vocale du chanteur Ben Kowalewicz et l’intensité des arrangements musicaux, qu’il considère comme les «marques de commerce» du groupe. Il en résulte un album nourri d’une rage harmonieuse et de riffs retentissants, enregistré entre Vancouver et Toronto.
Composé alors que les membres du groupe se préoccupaient du climat politique et environnemental «assez catastrophique» dans lequel nous évoluons et devaient composer avec la chirurgie à cœur ouvert de leur batteur Aaron Solowoniuk, un ton plus grave se dégage de l’album.
«Nous et plusieurs amis proches avons perdu des êtres chers au cours des dernières années. Il y a également tellement de discussion autour de la fin du monde, que certains prédisent pour 2012. Nous voulions faire de cette anxiété l’un des fils conducteurs de l’album, afin de nous rappeler de ne jamais perdre de vue ce qui compte vraiment», conclut D’Sa.
Quant à la scène punk dans laquelle le guitariste baigne depuis sa tendre enfance, elle aussi a grandement évolué depuis les premiers balbutiements de Pezz à Mississauga. «Le punk a perdu un peu sa raison d’être et est devenu une mode, se désole-t-il. Il est important de se rappeler les racines du genre, des bands comme The Clash et ce qu’ils ont fait pour les émeutes raciales en Angleterre, et de groupes comme Bikini Kill et L7. Je crois qu’on doit se remettre dans cette direction.»
Il fait d’ailleurs l’éloge des protestataires moscovites de Pussy Riot, qui redonnent au punk sa raison d’être, selon lui, en s’élevant contre les injustices d’un régime. «C’est exactement ce qu’elles font, ces filles. Elles ont été condamnées à deux ans de prison pour avoir osé défendre leurs idéaux et leur liberté d’expression. Je ne peux pas penser à de nombreux groupes aujourd’hui qui feraient la même chose.»
Billy Talent
Dead Silence
Dans les bacs vendredi
