Le moment ne pouvait pas être mieux choisi pour la sortie du film d’Olivier Asselin Un capitalisme sentimental. La nouvelle Å“uvre du réalisateur québécois s’intéresse à l’évaluation économique que l’on fait d’absolument tout, même de l’art et des êtres humains.
En pleine crise économique, ce long métrage sur la spéculation semble tout à fait à propos.
Cependant, ici, tout est ludique et prend des allures de conte. Le film raconte l’histoire de Fernande Bouvier, une femme de province pas particulièrement jolie, sans talent particulier, qui rêve d’art et d’amour, et qui, en passant de Paris à New York, et de la bohème au milieu de la finance, va découvrir ce qui mène le monde et sera même la première femme à être cotée en Bourse.
L’action d’Un capitalisme sentimental prend place dans les années 1920, dans divers lieux, sur différents continents. Le film n’a rien de réaliste : il est en noir et blanc, et le tiers de ses scènes ont été tournées sur fond bleu.
Ce sont ensuite les artistes de Fly Studio qui ont fait l’intégration des nombreux effets visuels du projet. Grâce à cette façon de faire, la production artisanale a coûté 1,25 M$, au lieu d’en coûter 10.
«Quand on a scénarisé au début, on a rencontré du scepticisme de la part des collaborateurs, avoue Olivier Asselin, cinéaste, mais aussi professeur à l’Université de Montréal. Mais comme c’était un film ludique, on avait des hypothèses artistiques qui nous permettaient de faire du carton-pâte ou du bricolage en postproduction. C’est une esthétique qu’il fallait adopter parce qu’on revisitait les années 1920. À aucun moment de la scénarisation on ne s’est censurés pour des raisons financières, parce qu’on n’était pas dans la reconstitution historique.»
L’esthétique soignée du film se situe donc dans un croisement entre un vieux film américain en noir et blanc des années 1920, et un aspect fantaisiste à la Moulin Rouge!
Acteurs d’époque
Pour que l’atmosphère particulière du film soit efficace, le réalisateur a aussi choisi des acteurs à la physionomie singulière.
La coauteure du scénario et compagne d’Olivier Asselin, Lucille Fluet, prend les traits de Fernande Bouvier; Alex Bisping, Harry Standjofski et Frank Fontaine interprètent des hommes d’affaires; Anne Létourneau joue la femme d’un des businessmen; et Paul Ahmarani et Sylvie Moreau sont de joyeux artistes de l’avant-garde européenne.
«Comme le film ressemble à un conte, l’apparence des acteurs était importante, explique celui dont le film a été présenté en ouverture du Festival du nouveau cinéma. Il y a des visages très contemporains et d’autres qui le sont moins. Lucille a un visage qui peut appartenir à une autre époque, et Alex aussi. Paul et Sylvie ont des traits forts et intéressants. Ils ont du magnétisme.»
De son côté, Paul Ahmarani a été séduit par l’audace du projet, son aspect hors du commun, mais aussi par le personnage haut en couleur de Max Bauer, un pseudo-
artiste sans scrupules. De plus, il n’a pas été intimidé par le fait qu’il devait faire quelques scènes devant un écran bleu.
«Ce n’est pas un défi pour quelqu’un qui a fait du théâtre, affirme-t-il. Au théâtre, il faut qu’on se fasse notre réalité dans notre tête. Très souvent, le décor n’est pas réaliste du tout, et le simple fait d’être sur une scène, devant des gens, ne l’est pas non plus. Pour moi, c’est plutôt le contraire : quand j’ai fait du cinéma pour la première fois, j’ai trouvé ça plus facile, parce que je me retrouvais dans un vrai décor.»
Étant donné son un sujet assez particulier, intellectuel, et sa forme hors du commun, est-ce que le réalisateur Olivier Asselin pense trouver un public pour son film?
«Tous les gens qui ont envie d’être déstabilisés vont l’aimer!» indique-t-il.
Un capitalisme sentimental
En salle le 31 octobre