Bien qu’il soit arrivé à l’entrevue avec quelque 45 minutes de retard, Beck s’est montré aussi charmant et réfléchi qu’à l’habitude lorsque je l’ai rencontré au Théâtre St-Denis, quelques instants avant qu’il monte sur scène. Le chanteur de
38 ans s’est amené dans la métropole lundi avec un spectacle aussi dépouillé qu’énergique, qui contrastait avec la profondeur de ses réponses.
Affublé d’un étrange chapeau mou et d’un look «bohème haute couture» (je pense même qu’il portait un ensemble signé Diane von Furstenberg, mais je peux me tromper), Beck a expliqué durant 20 minutes son désarroi devant la culture de la superficialité dans laquelle nous baignons tous.
«Nous vivons dans un monde qui fait de la distraction une valeur suprême. Mais en tant qu’artiste, je dois me tenir loin de ce bruit de fond en espérant atteindre des choses plus essentielles», a-t-il dit lors de l’interview.
Car si Beck affirme qu’il est, plus que jamais, un adepte de la simplicité volontaire en musique, son plus récent disque, Modern Guilt, est riche de sens. Le chanteur, qu’on connaît surtout pour ses rimes absurdes inspirées du courant dada, nous livre maintenant des textes plus déchiffrables, dans lesquels on peut déceler une
certaine angoisse et une approche plus intimiste.
«Tous mes CD contiennent une bonne part de sentiments très personnels, mais je dois reconnaître que j’avais l’habitude de les cacher, alors qu’avec Modern Guilt, j’ai fait preuve d’une franchise inédite», nous a confié le chanteur.
Les chansons de Modern Guilt, fortement inspirées du rock psychédélique des années 1960, ont profité de la réalisation aérée d’un nouveau collaborateur dans l’entourage de Beck, le célèbre Danger Mouse (Gnarls Barkley, Gorillaz). Sur la scène du St-Denis, les plus récentes compos de Beck se sont intégrées sans heurts aux classiques comme Loser et Devil’s Haircut dans un concert à saveur très rock qui n’a laissé personne indifférent.
Décidément, Beck n’a plus rien d’un perdant.