C’est avec un certain vague à l’âme que Francis Veber répond à notre coup de téléphone.
– Bonjour M. Veber. Vous allez bien?
– … Euh… Oui, pas mal.
– Pourquoi cette hésitation?
– Eh bien, comme mon film a été un flop en France, c’est douloureux pour moi d’en parler. C’est comme mettre du sel sur une blessure.
Francis Veber n’est pas habitué à l’échec. Auteur et réalisateur de plusieurs des longs métrages les plus populaires de l’histoire de l’Hexagone, dont Le dîner de cons et Le placard, le comique de 71 ans affichait un parcours professionnel sans tache… jusqu’à la sortie européenne, en décembre dernier, de L’emmerdeur.
Démoli par la presse, le remake de la comédie du même nom réalisée par Édouard Molinaro en 1973 et mettant en vedette Jacques Brel et Lino Ventura a coulé à pic au box-office.
«J’ai eu l’impression – par rapport à la France – d’avoir commis une profanation de sépulture. Comme si j’étais allé déterrer Ventura et Brel pour leur cracher au visage», indique-t-il avec tristesse.
«C’est tellement dur de se retrouver K.O. avec un coup de poing dans la figure, ajoute-t-il. Il faut que je cicatrise.»
Le retour de Pignon
Tiré du Contrat, une pièce de théâtre écrite par Francis Veber il y a plus de 35 ans, L’emmerdeur marque le retour de François Pignon (Patrick Timsit), le héros drôle et naïf qui avait donné tant de fil à retordre au personnage incarné par Thierry Lhermite dans Le dîner de cons.
L’histoire de L’emmerdeur se déroule dans deux petites chambres contiguës d’un chic hôtel. Dans l’une, Ralph Milan (Richard Berry), un tueur à gages, guette à la fenêtre l’arrivée d’un homme qu’il doit abattre. Dans l’autre, Pignon est dépressif et suicidaire à la suite d’une peine d’amour. Comme on peut s’en douter, Milan sera littéralement englouti par le tourbillon incessant des lamentations et de la gentillesse ô combien exaspérante de son voisin.
C’est en 2007, deux ans après avoir actualisé son vieux scénario pour une adaptation théâtrale, que Francis Veber a décidé de le porter au grand écran.
«Je voyais les gens rire soir après soir dans la salle. J’ai pensé : « Pourquoi pas? » Je me suis dit : « Le premier film doit être oublié. Deux générations sont passées depuis », raconte-t-il. J’avais tort. J’ai pris une baffe. Je me suis vraiment retrouvé sur les fesses.»
Le piètre accueil réservé au film l’a tellement attristé qu’encore aujourd’hui, il a du mal à envisager un retour derrière la caméra.
«Ma femme me répète toujours : « Si tu trouves un bon sujet, tu ne pourras pas t’empêcher d’y revenir », révèle-t-il. J’espère que c’est ce qui va m’arriver.»
En attendant la piqûre, Francis Veber se consacre à l’écriture de ses mémoires. Un boulot à temps plein qui lui permet de replonger dans ses souvenirs, mais qui entre souvent en conflit avec sa personnalité, de nature plutôt modeste.
«Je connais peu de gens qui s’aiment beaucoup. Voilà pourquoi je trouve que c’est un travail difficile à faire, explique-t-il. Je n’ai pas une énorme sympathie pour moi-même.»
Le fiasco de L’emmerdeur n’a toutefois pas fait perdre à son auteur son sens de l’humour. La preuve? Les deux premières lignes de ses mémoires, qu’il compte publier l’an prochain et dont il nous a lu un extrait :
«Je suis né d’un père juif et d’une mère arménienne. Deux murs des Lamentations, deux génocides dans le sang. Tout pour faire un comique!»
L’emmerdeur
En salle dès le 24 avril