Dans son deuxième long métrage, Le bal des actrices, l’actrice et réalisatrice française Maïwenn campe une réalisatrice qui veut faire un documentaire sur les actrices. Elle nous fait découvrir l’envers du décor, fait tomber les masques, nous montres des femmes fragiles, mais aussi parfois manipulatrices.
Julie Depardieu, Charlotte Rampling, Jeane Balibar, Romane Bohringer, Mélanie Doutey, Marina Foïs, Estelle Lefébure, Linh-Dan Pham, Muriel, Karole Rocher et Karin Viard ont toutes accepté de jouer le jeu en interprétant des actrices à différents moments de leur carrière, mais qui sont, avant d’être interprètes, des femmes.
Métro s’est entretenu avec Maïwenn lors de son récent passage à Montréal.
Pourquoi vous êtes-vous intéressée aux actrices?
Je voulais faire ressortir toutes les étapes dans la carrière d’une actrice, en évitant tous les clichés qu’on avait pu voir au cinéma. Dès qu’il y a des films avec des actrices, c’est assez caricatural et pas très réaliste. C’était donc important pour moi de montrer toute la palette, tous les âges, toutes les personnalités. Je voulais montrer autant l’actrice débutante qui galère que l’actrice has been.
Est-ce que ç’a été difficile de convaincre toutes ces actrices de participer à votre projet?
Je n’ai pas eu de mal à obtenir leur accord. J’ai parlé avec sincérité de mon projet et je pense qu’elles ont senti que je faisais ce film pour les bonnes raisons, pas pour les mettre en danger. J’ai demandé à chacune ce qu’elles voulaient jouer et en fonction de ce qu’elles m’ont répondu, j’ai écrit pour elles. Mon film est
un hommage aux actrices, aussi bien les aimées que les rejetées.
Vous êtes-vous inspirée de vous ou des actrices avec qui vous avez travaillé pour construire l’histoire?
Un peu des deux, un peu de ce que j’ai vécu en tant qu’actrice et un peu de ce que j’ai vu autour de moi. Je pense que, de toute façon, dans une recette, il faut plein d’ingrédients, non pas une seule chose.
Vous ne semblez pas vous être censurée dans le film. Vous n’hésitez pas à parler du petit monde du cinéma français en donnant des noms. Est-ce que certaines personnes ont mal réagi à ces références?
Non, pas à ma connaissance. J’ai agi de la sorte parce que je voulais vraiment que ça soit comme dans la vie. Ma priorité, c’était de faire croire au spectateur que ce qu’il voit est vrai, que ce qu’il voit est comme une caméra cachée. Dans la vie, on balance des noms, on n’a pas la langue dans sa poche. En tout cas, on l’a moins que sur un plateau de cinéma, donc c’était important pour moi de ne pas faire semblant. Quand on parle d’une actrice, pourquoi ne pas dire son nom?
Le film a eu beaucoup de succès en France. Qu’est-ce qui a accroché le public, selon vous?
Je pensais avoir fait une comédie sympathique sur les actrices et j’ai été surprise de voir et de lire combien le film avait touché les femmes en général. J’ai beaucoup lu que c’était un film sur la condition de la femme. Je dois dire que ce n’est pas des choses que je visais en réalisant le film. Je ne me disais pas : «Je vais parler de la femme.» Non, je voulais vraiment parler de l’actrice, mais je pense que plus on est sincère dans ce qu’on fait, plus on peut toucher les gens.
Est-ce que vous avez toujours le goût d’être actrice après avoir écrit et réalisé deux films?
Oui, mais disons que je suis devenue plus exigeante. Si on me demandait de choisir, je choisirais le métier de réalisatrice. Je m’amuse plus. Il y a plus de choses à faire. Il y a plus de responsabilités. Être actrice, c’est plus reposant. Je doute énormément quand je suis actrice. Quand je suis réalisatrice, je ne doute pas du tout.
Le bal des actrices
En salle dès aujourd’hui