Zachary Richard fait tellement partie de la culture québécoise qu’on a parfois l’impression qu’il est originaire d’ici. Mais non, le chanteur de La ballade de Jean Batailleur est bel et bien Américain, Américain francophone plus précisément, et d’origine cajun.
Depuis le début de sa carrière, Zachary Richard est un fervent défenseur de la langue française en Amérique du Nord, ce qui ne l’empêche pas de présenter aujourd’hui un album presque entièrement en anglais, Last Kiss. Il s’agit de son premier disque dans la langue de Shakespeare en 15 ans.
Quand on lui demande «pourquoi un album en anglais?», le chansonnier folk sent toujours le besoin de se justifier, lui qui s’est battu pour que la communauté francophone de La Nouvelle-Orléans puisse continuer de s’exprimer en français.
«Je n’ai pas de préférence linguistique, assure l’auteur, compositeur et interprète, qui a eu la gentillesse de nous inviter à son pied-à-terre à Montréal. C’est Aimé Césaire qui parlait de ses deux cultures linguistiques comme de ses deux mains, et ça résonne beaucoup chez moi. Pour des raisons de diffusion et pour des raisons commerciales, je suis souvent confronté au dilemme d’avoir à choisir une langue plutôt que l’autre, mais je suis profondément biculturel, bilingue. J’écris dans les deux langues tout le temps.»
Continuité
Zachary Richard souligne que son disque précédent, Lumière dans le noir, sorti en 2007, était supposé être, au départ, dans les deux langues. Pour des raisons de cohésion artistique, l’album a fini par être entièrement francophone. Last Kiss est donc la suite logique de Lumière dans le noir.
«C’est important de comprendre que ce n’est pas surprenant que je chante en anglais. C’est plutôt surprenant que je chante en français, compte tenu d’où je viens et ayant subi les influences que j’ai subies, dit-il. Il y a 20 millions de francophones en Amérique du Nord, dont 7 millions au Québec. Nous, la vaste majorité des francophones vivant en milieu minoritaire, nous avons une réalité différente [de celle] des Québécois. Au Québec, on peut imaginer une vie exclusivement vécue en français, on peut lire le journal, écouter la télé, voir des films, écouter de la musique, acheter son pain en français. En Louisiane, et même à Terre-Neuve, en Acadie ou au Manitoba, c’est une autre réalité.»
Les chansons de Last Kiss représente d’ailleurs cette réalité, qu’elles parlent des Acadiens qui s’en vont travailler en Alberta ou des Innus qui ont peur de perdre leur culture.
«Quelque part, c’est un album francophone chanté en anglais parce qu’il exprime des choses qui me touchent. C’est un peu contradictoire, mais moi, je le vois comme ça, affirme le Louisianais. J’ai visité le site de Renaud-Bray, et mon album était répertorié dans la catégorie francophone. Quand j’ai vu ça, j’ai pensé : « C’est une erreur. » Mais, en même temps, je me suis dit : « C’est ça. C’est l’album d’un cajun francophone, même s’il est en anglais. »»
La sortie de Last Kiss sera également l’occasion pour Zachary Richard de renouer avec ses fans anglophones. Le chanteur a six albums anglophones sur sa feuille de route, et il compte bien renouer avec ses racines en présentant ses nouvelles chansons à nos voisins du sud, mais aussi aux Québécois, qu’il viendra visiter dans le cadre du Festival international de Jazz de Montréal cet été.
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