Des musiques tziganes comme fond sonore, une famille de Roms, la France sous l’oppression hitlérienne, voilà l’ambiance dans laquelle nous plonge le réalisateur Tony Gatlif dans son dernier film, Liberté.
«C’est une page de l’histoire qui a été oubliée. Cette page de l’histoire méconnue, c’est celle des Roms, déportés et exterminés pendant la Seconde Guerre mondiale», affirme Tony Gatlif. «C’est un sujet qui a été très peu traité. Au cinéma pas du tout, et dans les ouvrages d’histoire
ou les manuels scolaires, quasiment pas.»
Ce film, qui lui tenait à cÅ“ur depuis plus de 20 ans, revêt un caractère particulier pour le réalisateur. «C’est LE sujet qui est à l’origine de tout. Mais quand j’ai commencé comme réalisateur, je n’avais pas la maturité nécessaire pour traiter de ça», confie celui qu’on surnomme le prince des Roms.
Une histoire vraie
Inspiré d’une histoire vraie, Liberté nous projette dans les années 1940, au sein d’une famille tzigane, avec son chef de clan, Taloche, (James Thierrée), un bohémien qui a gardé son âme d’enfant. Dans leur tourmente, ils sont aidés par deux Justes, des personnages ayant réellement existé, Théodore (Marc Lavoine), maire d’un village, et Mlle Lundi (Marie-Josée Croze), institutrice et employée de la mairie. «Cette histoire n’aurait jamais pu voir le jour sans les Justes. C’est grâce à eux qu’il y a quelque chose à raconter.»
Pour être le plus crédible possible dans le rôle de Mlle Lundi, Marie-Josée Croze a rencontré la vraie institutrice de l’époque, résistante et déportée à Ravensbrück, puis libérée en 1945. «C’est une femme qui avait de l’autorité et de l’engagement. Elle travaillait également à la mairie et elle avait donc accès aux papiers. C’est comme ça qu’elle a pu trafiquer quelques papiers pour éviter à certains Roms d’être expulsés», explique Marie-Josée Croze. «Elle leur a aussi permis d’avoir accès à l’éducation, puisque pour elle, la liberté passe par l’apprentissage et la connaissance.»
Un peuple libre
Mais les Roms comme les manouches ou les gitans sont des peuples nomades que personne n’enferme, et ce, malgré la menace qui règne à cette époque. Un peuple assoiffé de liberté, tout comme Tony Gatlif, connu pour être un réalisateur libre.
«Aucun acteur n’avait le scénario. Je leur donnais les scènes la veille au soir et je leur racontais l’histoire pour qu’ils s’imprègnent de leur personnage.» Une façon pour les acteurs de vivre pleinement leur rôle, de lui donner plus d’émotion et de s’engager pleinement. La présence de 11 Roms venus de Translyvanie pour le film apporte de la spontanéité et du caractère au scénario. «J’avais peur de faire un film historique parce qu’on est obligé d’être droit. Alors, oui, on peut être emprisonné dans la reconstitution historique, mais j’ai trouvé le moyen d’être libre comme dans un film contemporain.»
Avec Liberté, Tony Gatlif a concrétisé sa grande envie de tourner un film sur ce peuple et sur le génocide dont il a été victime. Mais il souligne aussi que l’histoire n’a pas servi de leçon. «Aujourd’hui encore, nous vivons la même chose. L’étranger fait toujours aussi peur. La façon de penser et de juger les gens est toujours identique.» Tony Gatlif livre également à travers ce film sa définition du mot liberté.
Liberté
Première mondiale ce soir à 19 h au Théâtre Maisonneuve