Les réalisateurs français Benoît Delépine et Gustave Kervern ne savent pas trop comment sera accueillie au Québec leur nouvelle expérimentation cinématographique, Louise-Michel.
«On était venus une fois présenter l’émission satirique qu’on fait en France, Groland, et notre humour n’a pas fait l’unanimité, se souvient Benoît Delépine joint au téléphone. Il y en a certains qui adoraient et d’autres qui détestaient.»
Effectivement, l’humour noir, à la limite du surréalisme, du duo de cinéastes-scénaristes n’est pas accessible au grand public. Mais peu importe, Delépine et Kervern font du cinéma pour le plaisir de la chose et le qu’en-dira-t-on, ils n’en ont que faire.
Dans leur troisième long métrage, ils planquent leur caméra en province, quelque part en Picardie où des ouvrières se font convoquer de bon matin par le patron pour se faire offrir de nouvelles blouses de travail.
Le lendemain, c’est la consternation, l’usine a été vidée pendant la nuit et les ouvrières se retrouvent sans travail. L’une d’elles, Louise (Yolande Moreau), propose alors aux autres de mettre en commun leurs petites indemnités et d’engager quelqu’un pour buter le patron. L’idée est acceptée et Louise se retrouve bientôt sur la route avec le tueur, Michel (Bouli Lanners), à la recherche du grand manitou qui a décidé de fermer l’usine.
Parfois burlesque, souvent absurde, Louise-Michel est avant tout un pamphlet cinématographique signé par deux hommes flanqués d’une caméra qui veulent à leur manière dénoncer les pratiques des multinationales.
«À côté de chez moi, à Angoulême, des gens ont été licenciés juste après qu’on leur a offert de nouveaux vêtements de travail, rapporte Benoît Delépine. On avait été vraiment choqués et on s’en était servis comme point de départ du film. C’est à force de suivre l’actualité qu’on a simplement mis en forme un problème global, celui de l’irresponsabilité des compagnies.»
Par contre, les deux cinéastes ont choisi le sourire pour montrer les dents. Si Louise-Michel peut avoir l’air d’un film on ne peut plus banal au départ, il dérape rapidement et mène le spectateur dans des scènes complètement loufoques, comme celle où Michel demande à sa cousine atteinte de leucémie de faire le sale boulot à sa place.
«On n’aime pas se prendre au sérieux et prendre la vie trop au sérieux, souligne Delépine. Même si on dénonce des choses, on veut le faire avec humour, sinon c’est assez déprimant.»
Anarchie
Louise-Michel se veut également un clin d’Å“il à la militante anarchiste française du même nom, l’une des figures majeures de la Commune de Paris et une des premières femmes à arborer le drapeau noir qui deviendra un symbole du mouvement anarchiste.
«On voulait vraiment lui rendre hommage, assure le réalisateur. Nos deux précédents films étaient aussi des hommages. Le premier, Aaltra, mettait en scène deux handicapés qui traversaient l’Europe pour aller demander des indemnités au fabriquant de la remorque qui leur était tombée sur les jambes. On l’avait dédié à un écrivain anarchiste, Albert Libertad, qui était aussi handicapé. Le deuxième film, Avida, c’était plus un film écologiste. On l’avait dédié au chef indien Seattle. Pour Louise-Michel, on a décidé de faire cet hommage directement dans le titre et pas à la fin du film comme c’était le cas des deux précédents.»
Benoît Delépine et Gustave Kervern sont présentement en plein tournage de leur quatrième long métrage. Cette fois, ils s’attaquent au système des caisses de retraite en France.
Louise-Michel
En salle dès aujourd’hui