Au départ, la réalisatrice et actrice Zabou Breitman a dit non quand un producteur lui a proposé d’adapter pour le grand écran le populaire roman d’Anna Gavalda, Je l’aimais. «Je n’ai pas accroché tout de suite, avoue franchement la cinéaste jointe au téléphone à Paris. Je me suis dit: « Ce n’est pas pour moi, je ne vais pas être capable de faire ça, ce n’est pas mon univers. »»
Mais le producteur n’a pas lâché prise et est revenu à la charge plus d’une fois, forçant la Française à relire l’Å“uvre d’Anna Gavalda.
Même sa coscénariste, Agnès de Sacy, avec qui elle a écrit son dernier film, L’homme de sa vie, s’est mise de la partie et l’a finalement convaincue en lui disant que les réalisateurs peuvent toujours trouver quelque chose qui les interpelle dans l’adaptation de quelque chose qu’ils n’ont pas écrit.
Finalement, Zabou Breitman a beaucoup aimé mettre en images l’histoire de Pierre (Daniel Auteuil), qui raconte à sa belle-fille Chloé (Florence Loiret Caille) – qui vient de se faire larguer – sa romance secrète avec Mathilde (Marie-Josée Croze). Une idylle à laquelle il a dû mettre un terme parce qu’il n’a pas eu le courage de laisser femme et enfants.
«Ma place dans ce film, je l’ai finalement trouvée dans l’envie de raconter comment on raconte, explique celle qui a notamment joué la mère de Marc-André Grondin dans le film Le premier jour du reste de ta vie. J’ai voulu utiliser tous les procédés de narration et jouer avec, c’est-à-dire le passé, le présent. Quand on raconte, est-ce qu’on est au moment présent ou est-ce qu’on est un peu soi-même dans le passé? J’ai voulu jouer avec l’avant, l’après, le pendant, perdre parfois un peu le spectateur comme on se perd parfois dans une narration pour se retrouver après. Je me suis beaucoup amusée!»
C’est elle!
Quand est venu le temps de choisir les comédiens qui allaient interpréter Pierre, Chloé et Mathilde, Zabou Breitman a encore eu à discuter avec son producteur. Ce dernier voyait bien la Québécoise Marie-Josée Croze, qui fait maintenant carrière en France, camper la malheureuse Chloé, qui vient de se faire laisser par son mari.
«Au début, j’ai dit non, mais je n’étais pas contre l’idée de la rencontrer, se souvient Zabou Breitman, qui est la fille de l’actrice d’origine québécoise Céline Léger et de l’acteur et auteur Jean-Claude Deret. Dès que je l’ai vue, je me suis dit, ce n’est pas Chloé, c’est Mathilde! Le producteur n’était pas trop d’accord. Je crois qu’il se faisait un fantasme de producteur avec une femme très plantureuse. Mais c’était trop tard parce que, dès que je l’ai vue, mon choix était fait.»
Pour ce qui est du comédien chargé d’interpréter Pierre, la réalisatrice avait deux noms en tête. Le premier était celui de Daniel Auteuil. Même s’il aimait beaucoup le rôle, celui-ci a longuement hésité avant de se joindre au projet.
«Ce n’était pas évident parce que c’est un rôle où il passe de papy à un type encore charmant, souligne la réalisatrice. Il passe de 60 à 40 ans. Il ne voulait pas que ça soit ridicule à l’écran. Finalement, il n’a pas changé grand-chose. Il parle plus grave, il se tient différemment, ses gestes sont plus lents. On ne l’a pas grimé, et il saute 20 ans comme ça! Par contre, je pense que ça l’ennuyait quand on l’appelait papy!»
Je l’aimais
En salle dès aujourd’hui