Care Failure, la chanteuse de la formation punk-rock torontoise Die Mannequin, n’a peut-être que 22 ans, mais elle n’a rien à envier aux vieux routiers et pourrait même leur en conter des bonnes.
Avec son assurance et sa désinvolture, surtout sur scène, ses tatous et un look punk un peu trash, la jeune femme n’a rien d’une enfant de chÅ“ur et elle n’essaie pas de tromper quiconque. On n’a qu’à écouter le premier disque du duo qu’elle forme avec Anthony Bleed, Fino + Bleed, sorti au début du mois, pour sentir l’énergie rentre-dedans qui habite ce petit bout de femme qui fait de plus en plus parler d’elle.
Ce n’est donc pas un hasard si son groupe a été choisi par Marilyn Manson pour assurer la première partie de sa tournée canadienne, qui s’arrêtera mardi au Centre Bell.
«Manson est vraiment cool, affirme la chanteuse, jointe au téléphone à Toronto. Il est plein aux as, il est une grosse vedette, mais d’un autre côté, il est resté un enfant de quatre ans!»
Passé trouble
Care Failure, de son vrai nom Caroline Kawa, est tombée très jeune amoureuse de la musique, une passion qui lui a fait connaître mer et monde, mais qui au final s’est avéré payante.
À 10 ans, la jeune artiste trouve une vieille guitare acoustique dans son immeuble et devient complètement obsédée par des groupes comme Nirvana et Sonic Youth. À 12 ans, après qu’une de ses amies eut fait une tentative de suicide, sa relation avec ses parents s’envenime et, quatre ans plus tard, Care part de la maison familiale pour aller vivre dans la rue, où elle fera l’essai de plusieurs drogues.
«Je pense que ma musique ne serait pas la même sans mes expériences passées, avoue l’auteure et compositrice. Neil Young et Bob Dylan n’ont pas eu à vivre une adolescence difficile pour écrire de bonnes chansons. Ils peuvent raconter une belle histoire qu’ils ont peut-être inventée. Moi, je ne suis pas un génie comme Neil Young et Bob Dylan, je ne peux pas inventer des histoires, alors je dois m’inspirer des choses que j’ai vécues.»
Pour passer de musicienne sans domicile fixe à artiste prometteuse, Care Failure a bénéficié de l’aide du président de la maison de disques EMI Canada, Michael Mc Carty, et de son vice-président, Barb Sedum, qui, lorsqu’elle avait 17 ans, après l’avoir vue jouer dans un bar, l’ont sortie de la rue et envoyée en désintoxication.
Deux EP plus tard, Die Mannequin présente son premier album, Fino + Bleed, qui a failli ne jamais voir le jour après que Care se fut fait voler l’ordinateur qui contenait toutes ses nouvelles chansons.
«Finalement, je pense que ç’a été une bonne chose que mon ordinateur soit dérobé, concède la victime du vol. Mes meilleures idées me sont venues plus tard, comme les pièces Bad Medecine, Suffer.»
Au final, selon Care Failure, rien n’arrive pour rien, ni une adolescence tourmentée, ni un vol d’ordinateur. Sauvée par la musique, elle souhaite maintenant la sauver à son tour.
«J’ai remarqué qu’il y a toujours un cycle qui se répète dans la musique : guerre, récession, bonne musique, guerre, récession, bonne musique. Depuis que je suis petite, je trouve que la musique actuelle manque de quelque chose et, heureusement, je peux maintenant faire ma part pour changer les choses!»
Die Mannequin
Au Centre Bell
Mardi 19 h 30