Dany Boudreault le souligne d’entrée de jeu, sa première pièce de théâtre, Je suis Cobain (peu importe), n’est pas un texte biographique sur la vie du célèbre chanteur de Nirvana. Le jeune auteur, qui campe aussi Kurt sur scène, a plutôt décidé d’utiliser une des icônes des années 1990 pour parler de popularité mal gérée, de transmission et de suicide.
Dans Je suis Cobain (peu importe), l’idole de toute une génération revient sur terre régler ses comptes avec son public et part à la recherche de sa fille, Francis. Mais il rencontrera plusieurs obstacles avant d’arriver à son but, rencontrant sur son passage une groupie, un animateur de radio, son ami imaginaire et son ex-femme, Courtney.
Dans cette pièce, mise en scène par Charles Dauphinais, jouent également en scène Marie-Ève Desrochers, Ève Landry et Emmanuel Reichenbach. Le Kurt interprété par Dany Boudreault, même s’il porte les fameuses lunettes fumées à monture blanches et la non moins célèbre veste de faux poils, ne sera par contre pas une copie conforme du personnage devenu mythique. «On n’est pas dans le mimétisme, on n’est pas dans la reproduction, affirme le comédien, qui aura
27 ans dans quelques semaines, l’âge qu’avait le chanteur à sa mort.
Si son interprétation du leader de Nirvana est très libre, cela ne veut néanmoins pas dire que le dramaturge a tout laissé au hasard. Dany Boudreault est un fan du groupe grunge depuis son adolescence. Il a lu le journal intime de Kurt Cobain. Il a consulté plusieurs documents sur l’enquête de sa mort. Il a visionné le fameux documentaire Kurt et Courtney, tout comme le film de Gus Van Sant, Last Days, portant sur les derniers jours de la star.
«Pour la posture du personnage, je me suis un peu inspiré du film, souligne le jeune auteur. Kurt Cobain avait une scoliose. C’est une des raisons pour lesquelles il prenait de l’héroïne : pour calmer la douleur.» Mais au-delà du personnage comme tel, Dany Boudreault avait envie de parler dans cette pièce de transmission parent-enfant, de là l’importance du personnage de Francis, la fille de Kurt Cobain et de Courtney Love.
«Francis demande à son père dans la dernière scène : « À quoi ça sert de faire des enfants si c’est pour les laisser seuls? » C’est comme si le transfert entre les générations ne s’était pas fait dans les dernières décennies», affirme celui qui a inventé dans sa pièce que Courtney perdait la garde de la fille, avant que cela ne se concrétise il y a quelques semaines.
En 1990
Comme toile de fond de ce texte dramatique : les années 1990 avec tout son lot d’événements.
«Les années 1990, c’est le Rwanda, la Bosnie, le règne total et puissant du capitalisme, c’est la surconsommation, c’est l’internet, les communications, décrit Dany Boudreault. C’était des années troubles et certaines personnes comme Kurt Cobain ont juste vomi ce trop-plein. C’est pour ça qu’il y a autant de gens qui se sont identifiés au mouvement grunge.»
La célébrité instantanée que Kurt Cobain a connue est aussi au cÅ“ur de la pièce. C’est pour cette raison que le musicien vient hanter son public. Celui-ci ne comprenait pas ce que tous ces jeunes lui trouvaient, à lui, un enfant du divorce de Seattle, ayant déjà vécu dans une maison mobile. «Il est devenu ce qu’il combattait, ce qu’il exécrait le plus, note celui qu’on veut voir dans la série Destinées. Il dit dans sa lettre d’adieu à Boda, son ami imaginaire: « Je ne pourrais jamais aller sur scène et me sentir comme Freddy Mercury. Je n’aime plus ça. Je ne vous mérite pas. »»
Un sujet qui a une forte résonnance aux oreilles d’un jeune artiste comme Dany Boudreault.
«Oui, c’est une question que je pose en tant qu’artiste, confie-t-il. Jusqu’où va la recherche de reconnaissance auprès du public? On ne peut pas le nier, on a tous besoin d’amour et de reconnaissance.»
Je suis Cobain (peu importe)
À la Petite Licorne
Dès lundi et jusqu’au 2 mars