Romaine n’est pas une salade, ni cette rivière québécoise qui accueillera un projet hydroélectrique au grand dam de Roy Dupuis. Il s’agit plutôt d’une Française excentrique (Sandrine Kiberlain) qui se fait plaquer par son fiancé (Pascal Elbé) lors de leur arrivée dans la Belle Province durant la période de Noël. Laissée à elle-même, la trentenaire vivra de rocambolesques expériences, dont un mariage par inadvertance avec un joyeux luron (Pierre-Luc Brillant), quelques journées en compagnie de ses amis montréalais (Maxim Roy, Louis Morissette) et un détour par Kanasuta.
Cette femme unique en son genre a déjà été l’héroïne de trois courts métrages réalisés en 1997. La voici de retour, plus mélangée que jamais, dans Romaine par moins 30. «C’est un personnage que j’affectionne particulièrement, raconte la réalisatrice française Agnès Obadia de passage en ville. Je peux toujours l’embarquer dans de nouvelles aventures. C’est quelqu’un qui grandit, qui évolue, mais qui reste toujours le même. C’est un personnage bourré de contradictions, qui est à la fois indécis et déterminé, qui se décide vraiment quand il est au bord du gouffre.»
Après être restée un mois au Québec durant la tempête de verglas, la cinéaste a eu l’idée d’y revenir pour camper son intrigue, bravant des températures particulièrement glaciales. «J’ai trouvé cela superbe, se remémore la metteure en scène, qui est également actrice à ses heures. Physiquement, c’est dur. Je n’étais pas rôdée à la manière de tourner ici, avec parfois des journées de 16 heures. C’était un peu fatigant. Et le froid pompe vachement l’énergie. On passait des nuits dehors, et quand je rentrais chez moi, il n’y avait pas de chauffage, car la chaudière avait pété!»
Sortir du cadre
Demeurant sous la neige après son passage remarqué dans Je me souviens d’André Forcier, Pierre-Luc Brillant a obtenu le rôle d’Étienne après avoir décroché une audition. L’individu qu’il interprète aurait pu être inquiétant si le sujet avait été traité à travers le filtre du drame ou du suspense, mais dans l’absurde et le burlesque, il n’est que coloré. «Cette espèce d’humour décalé où on ne sait pas si on s’en va dans la tragédie ou le comique est un côté qu’on exploite peu au Québec», note le comédien, qui était également de la coproduction Un ange à la mer de Frédéric Dumont.
Bien que les thèmes soient connexes à ceux d’un certain film franco-québécois qui a été détruit par la critique (Le bonheur de Pierre de Robert Ménard), celui qui sera bientôt à l’affiche de Les mots gelés d’Isabelle D’Amours et de Y’en aura pas de facile de Marc-André Lavoie ne croit pas que Romaine par moins 30, écrit à huit mains, dont celles de Louis Bélanger, soit emprisonné par les clichés du genre. «Ce n’est pas un film carte postale sur le Québec. On n’essaye pas de montrer notre côté jovial, naïf et trop généreux, ce qui est la vision folklorique des Français.»
Romaine par moins 30
En salle le 12 février