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Culture

Les mots gelés: Chronique d'une déprime annoncée

Geneviève Vézina-Montplaisir - Métro

Il y a deux ans, Isabelle D’Amours, directrice du département de cinéma du Collègue de Saint-Hyacinthe, a décidé de prendre une année sabbatique pour écrire son premier scénario de film. Mais après seulement un mois, elle avait terminé! Elle décide alors de donner vie à son scénario et tourne Les mots gelés durant l’hiver 2008, tout cela, avec ses économies personnelles.

«Je n’avais pas vraiment le choix, affirme l’ancienne étudiante en cinéma. Je savais que je ne pourrais jamais avoir l’argent des institutions parce que je n’avais jamais rien fait avant, même pas de court métrage. Je savais que je ne devais pas attendre après ça si je voulais le faire. Rendu à la finition du film, par contre, il a fallu trouver d’autres sources de financement. Daniel Morin, mon producteur associé, est alors apparu au moment où je ne savais plus quoi faire.»

C’est ce qu’a vécu un collègue de travail qui a inspiré à la réalisatrice son premier film. Les mots gelés met en scène le personnage de Charles (Pierre-Luc Brillant), un enseignant dans une école secondaire. Celui-ci entretient une relation difficile avec son père et il n’a quasiment pas de contact avec sa mère, qui a fait une grave dépression à sa naissance. Toujours à mi-
chemin entre le rêve et la réalité, Charles tente maladroitement d’entrer en contact avec les autres. La distribution est complétée par Marc Paquet, Estelle Dutil, Jacques Godin et Marie-Christine Lê-Huu.

«Ce qui m’intéressait, c’était de voir qu’il y a des gens qui sont jeunes, qui sont en santé, qui sont beaux, mais qui sont comme des handicapés, explique la réalisatrice. Ce personnage-là ne peut pas bien vivre s’il n’a pas sa médication. La dépression, c’est un tabou, mais ça touche plein de monde.»

Acteur indépendant

Dès le départ, Isabelle D’A­mours souhaitait voir le personnage de Charles cam­pé par Pierre-Luc Bril­lant. Ce dernier, qui accepte autant de jouer dans des grosses productions que dans des courts métrages indépendants, a tout de suite été emballé par Les mots gelés. «Le scénario était intéressant, souligne le comédien. Quand Isabelle m’a décrit sa vision esthétique, elle m’a parlé d’une espèce de lenteur et d’un film qui n’explique pas tout. C’est rare qu’on fasse ce genre de film au Québec.»

Le tournage n’a cependant pas été de tout repos, avec ses nombreuses scènes extérieures hivernales. Cepen­dant, au final, Isabelle D’amours est très fière d’avoir donné la place qui lui revient à une saison sous-exploitée dernièrement dans le cinéma québécois, selon elle. 

«J’aime beaucoup l’hiver et c’est tellement cinématographique», affirme-t-elle. Dans ce premier film, la cinéaste a d’ailleurs tenu à exploiter le langage cinématographique, multipliant entre autres les longs plans-séquences. Isabelle D’Amours n’avait jamais fait de film; alors, elle a seulement mis en application ce qu’elle enseigne à ses étudiants : «Bien réfléchir, être rigoureux, que chaque plan a sa signification, que le cinéma n’a pas les mêmes codes et le même langage que la télévision.»

Après la neige, le beau temps! Isabelle D’Amours planche maintenant sur son deuxième film, dont l’action se déroule au printemps et, cette fois-ci, elle est financée pour l’écrire.

Les mots gelés
En salle le 12 mars

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