Alors qu’elle était en Inde pour faire de la recherche en vue d’un article sur l’adoption internationale, Wendy Champagne a rencontré Geeta dans une maison pour jeunes filles rescapées des réseaux de trafiquants sexuels. Cette jeune Népalaise avait connu l’enfer des bordels de Mumbai, était désormais atteinte du VIH et n’osait parler à personne de ce qui lui était arrivé, de peur d’être rejetée.
«J’ai passé beaucoup de temps dans le sud de l’Asie, et j’ai compris que c’était un moment de ma vie que j’avais envie de documenter, raconte la journaliste australienne, une Canadienne d’adoption. Le temps était venu de faire quelque chose de plus long qu’un article.»
C’est ainsi qu’est né le documentaire BAS! Au-delà du Red Light, dans lequel on suit 13 jeunes filles rescapées des bordels, logées à la Rescue Foundation, avec qui la chorégraphe québécoise Nancy Leduc monte un projet artistique : tourner un vidéoclip qui visera à faire connaître leur réalité au reste du monde.
«Après ma rencontre avec Geeta, j’ai eu cette idée de vidéoclip parce que je voulais qu’il ressorte quelque chose de positif du film, explique la cinéaste. Je ne voulais pas que le documentaire soit trop sec. Je me suis dit que s’il y avait un aspect relationnel, ça deviendrait plus organique.»
Selon Wendy Champagne, la danse est très présente dans la vie des enfants en Inde. Les chorégraphies du vidéoclip qu’elles ont tourné ont d’ailleurs été apprises dans un atelier de danse thérapeutique bhangra, animé par Nancy Leduc.
«Quand une fille est abusée aussi jeune, le corps a tendance à se fermer, explique la réalisatrice. Les ateliers de danse apprennent aux filles à se laisser aller, à « appartenir » à leur propre corps, mais aussi à avoir confiance en elles-mêmes et à être capables de s’exprimer.»Même si elle dénonce une réalité très sombre, Wendy Champagne ne souhaitait pas faire un documentaire qui «repousserait les gens».
«J’ai une fille moi aussi et je sais que ça fait mal au cÅ“ur de voir ces jeunes filles qui ont été enlevées par des trafiquants et vendues comme esclaves sexuelles à des tenancières de bordel… admet-elle. Mais je voulais montrer qu’il y a de l’espoir, que c’est possible pour elles de s’en sortir et que c’est notre responsabilité à tous de veiller à les aider.»
Cinéaste pour la première fois
Wendy Champagne n’était pas totalement étrangère au monde du cinéma – elle a été costumière durant les années 1990, en plus de signer le scénario du documentaire Women of the Earth en 2000 -, mais elle en était ici à sa toute première expérience derrière la caméra. «Ça aura été quatre années d’apprentissage! assure-t-elle. Le plus difficile, ç’a été de ne pas perdre de vue la question « C’est quoi, le film que je veux faire? » au fil de ces quatre années.»
Certaines entrevues, dont l’une avec un trafiquant qui affirme tout bonnement qu’on ne peut pas blâmer les clients de contaminer les jeunes filles en leur transmettant le virus du sida, ont été particulièrement difficiles à réaliser, aux dires de la cinéaste. «Le trafiquant en particulier a été très dur à trouver, et ses propos étaient extrêmement troublants…
Il faut sans cesse se souvenir qu’un documentaire doit être impartial, mais équilibré, c’est-à-dire qu’il doit présenter plusieurs points de vue, rappelle-t-elle. Et quand on regarde cette entrevue d’un point de vue objectif, on constate que ce n’est pas un homme méchant, c’est un businessman, et il n’a pas conscience de la portée de ses actions.»
BAS!?Au-delà du Red Light
En salle dès aujourd’hui