Il est des sujets plus difficiles à traiter que d’autres. C’est le cas du thème du long métrage Trois temps après la mort d’Anna, de la réalisatrice Catherine Martin, qui raconte l’histoire de la mort tragique d’un enfant. Il met en scène Françoise (Guylaine Tremblay), qui vient de perdre sa fille violoniste, Anna, retrouvée assassinée. Pour tenter de surmonter cette étape difficile, elle part s’isoler dans les paysages enneigés et reculés de Kamouraska. Anéantie par la douleur, elle perd le goût de vivre.
Mais la présence bienveillante d’Édouard (François Papineau) l’aidera à retrouver le désir de vivre. L’idée de ce film est née d’un flash. «C’est une vieille image que j’avais eue alors que j’étais encore étudiante en cinéma à Concordia, détaille Catherine Martin. Je visualisais une jeune femme, violoniste, d’une vingtaine d’années, qui avait été assassinée. Mais j’en avais rien fait à l’époque.»
Quelques années plus tard, cette image est revenue à la réalisatrice. «J’ai préféré axer le scénario sur l’effet que cela pouvait avoir sur une mère, indique-t-elle. Et de fil en aiguille, d’autres images, comme celles d’une maison reculée à la campagne, en hiver se sont greffées au projet.» «Françoise était une femme heureuse, qui avait mis tout son amour et tous ses espoirs en sa fille Anna», souligne Guylaine Tremblay. Dans ce film, on assiste à la longue descente de Françoise dans son deuil. C’est la chose la plus horrible qui soit, la perte d’un enfant. Ce n’est pas dans l’ordre des choses».
Ce retour à Kamouraska est comme un retour aux sources, vers la nature, où les fantômes du passé apparaissent tout au long du film comme pour la réconforter. «Françoise a besoin de retrouver l’essence même de ce qu’elle est, ses racines, et d’arranger les choses qu’elle n’avait pas réglées avec elle-même afin de reprendre peu à peu le goût de vivre.»
Des émotions douloureuses
La réalisatrice et l’actrice n’en étaient pas à leur première collaboration. Dix ans auparavant, elles étaient toutes deux sur le plateau de tournage de Mariages. «Guylaine interprétait un rôle très différent, mais elle a cette capacité de jouer un registre varié», précise Catherine Martin. Malgré cela, Guylaine Tremblay avoue que le rôle de Françoise a été éprouvant à interpréter. «J’avais, en répétition, beaucoup de difficultés à me mettre dans la peau du personnage. J’avais beaucoup de barrières et peur des différentes émotions. Il m’a fallu un certain temps pour apprivoiser l’idée d’être Françoise», explique-t-elle.
C’est une fois plongée dans les paysages froids et figés de Kamouraska, dans un climat de solitude intense, que l’actrice seule face à la caméra a pu s’imprégner des émotions du personnage. «L’idée de penser à la mort d’un enfant me faisait penser à la mort éventuelle d’un des miens», confie-t-elle. Ce sont les liens de confiance qui se sont tissés et les longues discussions avec la réalisatrice qui font que Guylaine Tremblay a pu revêtir le costume de ce personnage.
La réalisatrice avait la volonté d’aborder plusieurs choses dans son film. «La trame est celle de la douleur, et je voulais montrer qu’il y a des baumes à celle-ci, mais bien entendu cela nécessite du temps», raconte la réalisatrice. C’est dans une ambiance silencieuse que le spectateur est immergé. Peu de dialogues, peu de musique, des scènes très calmes, une véritable atmosphère de deuil et de souffrance sont présentes dans ce long métrage. On assiste alors à cette douleur maternelle presque comme un voyeur.
Trois temps après la mort d’Anna
En salle vendredi 13 août