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Mads Mikkelsen : «Les enfants sont notre plus grand amour»

Michael-Oliver Harding - Métro France

L’acteur danois Mads Mikkelsen, vu récemment dans la série Hannibal et dans le film A Royal Affair, a remporté le prix d’interprétation l’an dernier à Cannes pour son rôle de professeur accusé à tort de pédophilie dans La chasse, qui sort finalement sur nos écrans. Métro l’a rencontré.

Ces dernières années, on vous a vu jouer de vos muscles dans Casino Royale, Le guerrier silencieux ou encore Clash of the Titans. Jouer dans La chasse était-il une manière de montrer votre côté plus sensible?
Je ne pense jamais en ces termes. Sensible, glamour, violent. J’ai joué des rôles très différents dans ma carrière sans me soucier de ce qu’ils représentent les uns par rapport aux autres. Ce qui compte pour moi, c’est d’avoir un bon personnage et une bonne histoire.

Lucas, votre personnage, a surpris de nombreux festivaliers, car il reste longtemps passif devant les accusations proférées à son encontre. Était-ce une des clés de votre interprétation?
Je ne dirais pas qu’il est passif. Plutôt désarmé. C’est un intellectuel, et soudain, une petite fille l’accuse de choses horribles. Il cherche à comprendre pourquoi elle dit ça plutôt qu’à se défendre. C’est un homme civilisé, il n’est pas en train de hurler «What the fuck!» Il veut simplement défendre sa vie, son droit de se déplacer dans sa ville, d’aller à l’église, au supermarché. Même si certains finissent par le pousser à bout. Certains spectateurs voudraient peut-être qu’il se comporte comme un héros de film d’action. Mais alors, ce ne serait plus le même film…

Vous êtes père. Les questions soulevées par le film, et notamment le crédit à apporter à la parole des enfants, vous ont-elles parlé de façon intime?
Je ne me suis jamais retrouvé dans une situation où la parole d’un de mes enfants était remise en cause. Mais si ça arrivait, j’écouterais l’enfant, encore et encore. En essayant de ne pas l’impressionner. Nous savons tous que de nombreux enfants sont victimes d’abus dans ce monde. Un seul, c’est déjà trop. Et je voudrais attirer l’attention sur le fait que La chasse n’est pas un film qui sous-entend que les enfants sont des menteurs. En revanche, nous disons que nos petits sont la chose que nous chérissons le plus au monde. C’est notre plus grand amour. Et cet amour peut donner naissance à la plus grande peur, à la plus grande haine. Un peu trop vite parfois.

Lucas est-il le personnage le plus fort de votre carrière?
C’est possible. J’ai toujours du mal à répondre à ce genre de question, mais je dirais que c’est un film qui occupe une place spéciale dans mon cœur. Il est très beau, et je suis aussi très content qu’il permette à Thomas Vinterberg de revenir sur le devant de la scène.

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Thomas Vinterberg, chasseur de vérité
Thomas Vinterberg revient de loin. En 1995, le natif de Copenhague et son compatriote Lars Von Trier fondaient le Dogme, un manifeste pour un cinéma dénué d’artifices. Et Vinterberg réalisait trois ans plus tard l’épatant Festen, un jeu de massacre dans une riche famille danoise récompensé par le prix du jury sur la Croisette. Ses films suivants auront un écho beaucoup plus limité. Le cinéaste à la gueule d’ange a traîné longtemps son image de surdoué arrivé trop haut, trop vite. Jusqu’à ce qu’il revienne au Festival de Cannes l’an dernier.

Dans La chasse, le septième film de Vinterberg, la superstar nordique Mads Mikkelsen incarne Lucas, un père divorcé qui tente de refaire sa vie dans un village de campagne. Jusqu’au jour où la petite fille de son meilleur ami l’accuse d’attouchements sexuels. Bien vite, la rumeur se propage. Et Lucas se retrouve pris dans un engrenage infernal. «Le titre du film était comme un phare pour moi, explique Thomas Vinterberg. Cet homme qu’on voit chasser en forêt au tout début va devenir du jour au lendemain la proie, au sens propre comme au sens figuré.»

Une des grandes forces de La chasse réside dans la réaction de son héros, longtemps stoïque face aux attaques des villageois.

«Pour une partie du public, ce n’est pas conventionnel, admet le cinéaste, inquiet en raison de certains échos négatifs. De nos jours, les spectateurs sont entraînés à avoir des soupçons vis-à-vis de tous les personnages; ils s’attendent aux rebondissements les plus improbables. Moi, au contraire, je suis parti du principe que ce type était innocent. Et je voulais plonger dans sa tête à partir du moment où on l’accuse pour ne plus le lâcher jusqu’à la dernière seconde.»

Haletant de bout en bout, La chasse livre une passionnante réflexion sur le pouvoir des mots. Et ausculte, en creux, les petites hypocrisies qui fondent la vie en communauté. Comme le faisait il y a 15 ans Festen avec la famille.

«D’une certaine manière, je suis revenu à mes débuts, observe Thomas Vinterberg. Je me suis beaucoup cherché toutes ces années. Et j’ai compris que ce que j’aimais avant tout, c’était parler de la fragilité de la condition humaine. Avec l’ambition de créer des instants de cinéma que vous n’oublierez jamais. Si les personnages restent en vous longtemps après la projection, alors j’ai réussi à imiter la vie. Et j’ai réussi mon pari.»

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=370PlE_erDk&w=560&h=315]
La chasse
En salle dès vendredi

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