Pendant que le Canadien de Montréal et le Lightning de Tampa Bay se menaient mutuellement la vie dure (avec victoire des Glorieux en prolongation), dimanche soir, la nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette, était de passage à Tout le monde en parle. Une entrevue en toute franchise, quatre jours après son assermentation dans son nouveau poste de première ministre.
Accueillie sur la voix de Marjo et J’lâche pas, la deuxième femme première ministre de l’histoire de la province a affirmé être gonflée à bloc pour entamer son mandat, malgré des sondages défavorables envers la Coalition Avenir Québec (CAQ).
«Je vais m’y consacrer à plein. Je l’aborde vraiment avec enthousiasme. Avec beaucoup d’ambition. Les Québécois attendent du changement, et je sais qu’il faut regagner leur confiance. On va arriver avec une offre renouvelée.»
«Un rôle important» pour Drainville
L’animateur de Tout le monde en parle a confronté son invitée à la question de la «falaise de verre», à savoir cette tendance, pour les femmes en politique, de devenir cheffes de leur parti lorsque celui-ci est en difficulté. Comme Kim Campbell aux Conservateurs ou Dominique Anglade aux Libéraux, qui «n’ont fait que passer».
Christine Fréchette craint-elle que l’histoire se répète?
«Je suis très confiante qu’on va pouvoir répondre aux préoccupations des Québécois. On arrive avec des mesures qui vont aider à alléger la pression sur le portefeuille, améliorer les services publics. (…) Les Québécois vont voir qu’on est vraiment connectés à leurs priorités, et qu’on prend action rapidement.»
Concernant son adversaire dans la course à la chefferie, Bernard Drainville, la nouvelle dirigeante assure qu’il tiendra «un rôle important» au Conseil des ministres, dont la composition sera rendue publique mardi.
«Il a beaucoup à offrir au Québec. Je vais faire en sorte qu’il puisse mettre ça de l’avant.»
Même si Guy A.Lepage et la coanimatrice Kim Lévesque-Lizotte ont beaucoup insisté pour avoir un scoop à ce sujet, Christine Fréchette a refusé de dévoiler quel portefeuille ira à quel député. Elle s’est contentée de dire qu’elle souhaite un Cabinet «en zone paritaire» et représentatif des régions.
Un mot de Madame Marois
Guy A. Lepage est revenu, dimanche, sur quelques-unes des promesses récemment formulées par Christine Fréchette. Rembourser la taxe de bienvenue pour les premiers acheteurs en 2026, l’allègement de la pression financière sur les Québécois, s’attaquer à l’itinérance et la taxe sur l’essence…
Il a aussi été question du projet de constitution québécoise de Simon Jolin-Barrette, de la position de la CAQ sur l’échiquier politique («On est nationalistes, et également économiques», a illustré Christine Fréchette), des échecs économiques des troupes de François Legault, et des inondations imminentes dans plusieurs coins de la province.
Madame Fréchette a relaté, en cours d’entretien, avoir reçu, dans la dernière semaine, un «beau texte» de Pauline Marois, qui lui rappelait que «chaque femme qui accède à un poste de pouvoir ouvre la voie aux autres également».
«Je la salue pour avoir été la toute première, première ministre femme, et c’est avec beaucoup d’ambition que j’entreprends ce mandat», a souligné l’héritière de Madame Marois.
Halte aux féminicides
À Kim Lévesque-Lizotte, qui s’inquiétait du neuvième féminicide présumé perpétré chez nous dans les derniers jours, Christine Fréchette a argué que le phénomène des féminicides «vient [la] chercher» au plus profond d’elle-même, et qu’elle jure de prendre action devant ce fléau.
À ce propos, elle a déjà annoncé son intention d’adopter la loi de Clare, qui permet à une personne d’obtenir des informations sur les antécédents judiciaires de son ou sa partenaire. Elle promet aussi d’octroyer 50 ressources de plus pour les maisons et centres d’hébergement pour femmes victimes de violences, jugeant «inacceptable» qu’il y ait des listes d’attente pour accéder à ces ressources.
Compte tenu des multiples départs annoncés de gros joueurs de la CAQ (Sonia LeBel, Geneviève Guilbault, Isabelle Charest, Caroline Proulx, Jonatan Julien) en vue des élections provinciales à venir cet automne, Christine Fréchette croit-elle que de nouveaux candidats seront difficiles à recruter, vu l’impopularité actuelle du parti?
«Pas du tout. (…) J’ai quatre femmes de tête qui sont venues me voir, de leur propre chef, pour me dire: moi, je veux être candidate avec vous l’automne prochain. (…) D’autres noms circulent aussi auprès de mes collègues (…)», assure-t-elle.
Tout l’or des hommes: Plus jamais?
Enfin, nombreux sont ceux qui ont rigolé devant l’interprétation inégale de la chanson Tout l’or des hommes, de Céline Dion, par les députés de la CAQ, lors du congrès ayant mené à la nomination de Madame Fréchette, dimanche dernier.
À cet égard, Christine Fréchette a semblé beaucoup s’amuser de la «question qui tue» de Guy A. Lepage: «Maintenant que vous êtes cheffe, est-ce que vous allez limoger la personne qui a eu cette fausse bonne idée?»
«Disons que ça sera mis à son dossier!», s’est esclaffée Christine Fréchette, soutenant avoir exigé que son collègue Bernard Drainville et elle se regardent dans les yeux pendant leur duo. «C’est ce qu’on a fait!»
