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Byzantium: entretien avec un vampire

Saoirse Ronan est la vedette du film de vampires Byzantium, de Neil Jordan.

La jeune actrice de 18 ans Saoirse Ronan n’a pas hésité une seconde à participer au nouveau film de vampire Byzantium, du réalisateur Neil Jordan, mais n’allez pas croire qu’elle est une fan de Twilight. En fait, en entrevue, Ronan fait tout pour ne pas comparer Byzantium avec la saga de Robert Pattinson et Kristen Stewart. «Le film ne ressemble en rien aux autres films sur les vampires, et Dieu sait qu’il y en a, lance l’actrice. Je crois que si je n’avais pas su de quoi il en retournait, j’aurais eu un peu peur de jouer dans un film de vampires!»

Si elle se refuse de prononcer le mot Twilight, Ronan est toutefois enchantée de parler d’Interview With the Vampire, la première incursion de Neil Jordan dans le monde des vampires, qui remonte déjà à 1994. «Ça fait longtemps que je l’ai vu, indique Ronan. Je suis tout de suite tombée en amour avec la jeune Kirsten Dunst. Elle est toujours excellente, mais elle était particulièrement bonne dans ce film. Elle était pleine d’entrain. Elle a pris son pied et ça se voit à l’écran.»

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Malgré les rôles de marginales qui l’attirent la plupart du temps, Ronan insiste pour dire qu’elle a eu une adolescence tout à fait normale. «Je vis encore à la maison. Je n’ai que 18 ans, après tout, dit-elle. Je n’ai pas de vie jet-set à la Hollywood.» Et comme la plupart des jeunes femmes de son âge, elle se concentre sur ses études collégiales… en quelque sorte! «J’aimerais vraiment aller au collège, dit l’actrice. Mais il faut être assidue, surtout avec ma carrière. C’est important pour moi.»

Même si Ronan ne se laisse habituellement pas déconcerter facilement, elle avoue que Byzantium l’a sortie de sa zone de confort. Et qu’elle a parfois eu du mal à se voir à l’écran. «Habituellement, je n’aime pas regarder les films dans lesquels je joue, mais celui-ci m’a tellement marqué que je ne pouvais faire autrement, souligne-t-elle. Il y a une scène qui me fait vraiment peur! Quand Frank [incarné par Caleb Landry Jones] est amené à l’hôpital, je ramasse son mouchoir gorgé de sang. Le tout est projeté au ralenti et mes yeux font que j’ai l’air complètement possédée. C’est fou ce qu’on fait parfois à l’écran!»

Le premier baiser
Saoirse Ronan a grandi sur les plateaux de tournage, ce qui fait qu’elle a vécu plusieurs premières expériences devant la caméra. Une expérience mémorable? Son premier baiser. «Mon premier baiser à la caméra est survenu lors de mon tout premier film – que personne n’a vu puisqu’il n’a jamais pris l’affiche, raconte-t-elle. J’avais 11 ans et je devais embrasser un garçon, ce que je n’avais jamais fait auparavant! Je suis allé voir la réalisatrice et je lui ai demandé combien de temps le baiser devait durer. Parce que je ne voulais pas que ça dure toute la vie! Elle m’a dit que quelques secondes devraient suffire. Et moi je lui ai demandé combien de secondes. Elle m’a dit environ trois secondes. Alors, à chaque prise, je m’assurais qu’il ne s’écoule pas plus de trois secondes avant de me retirer!»

Neil Jordan, réalisateur de Byzantium

Neil Jordan a une réponse simple quand on lui demande quelle quantité de sang est nécessaire au tournage d’un bon film de vampires : «Mon Dieu, autant que possible. Nous, on a dû utiliser toute une chute d’eau!» Et le réalisateur irlandais ne parle pas métaphoriquement. Dans une séquence particulièrement dramatique de son dernier film, Byzantium, l’eau d’une cascade dévalant les pentes d’une idyllique petite île irlandaise devient rouge sang – et il ne s’agit pas d’imagerie générée par ordinateur.

«De nos jours, tout le monde pense que tout est un effet spécial, regrette Neil Jordan. Il existe un colorant végétal qu’on peut acheter et qui teint les choses en rouge. Nous avons demandé à des membres de l’équipe de grimper en haut de la chute avec des sacs de ce colorant, et nous avons procédé à quelques tests. Nous leur avons dit par talkie-walkie de verser le colorant dans l’eau, et quatre minutes plus tard, tout est devenu soudainement rouge. C’est la chose la plus spectaculaire que j’aie vue de ma vie.» Cette cascade apparaît au point culminant d’une histoire particulièrement sanglante, mais bon, quand vous suivez deux femmes immortelles (Saoirse Ronan et Gemma Arterton) qui se nourrissent de sang, les choses peuvent avoir tendance à déraper.

Bien que les personnages de Byzantiun n’utilisent jamais le terme, Jordan reconnaît qu’il est plus simple, pour qualifier son long métrage, de parler de film de vampires. L’homme est en quelque sorte un spécialiste en la matière, lui qui a dirigé en 1994 Entretien avec un vampire (Interview with the Vampire). Et il en a long à dire au sujet de l’évolution du genre. «La vérité, c’est que de nombreux films de vampires sont très mauvais. Il est très difficile de faire un film de vampires qui soit effrayant, ajoute-t-il. Quand je tournais Entretien avec un vampire, la Warner Bros. ne cessait de me répéter : «Tu dois faire un film qui fasse peur.» C’est David Geffen qui me le répétait, en fait. Je lui répondais : «David, cette histoire est racontée selon le point de vue de gens qui sont morts. Rien ne peut plus leur faire de mal. Le film va être inquiétant, mais il ne sera pas effrayant.»

Quand on lui demande quelles émissions de vampires il apprécie, il répond Buffy the Vampire Slayer et, plus surprenant, la série Twilight — du moins les films. «Je sais que la série Twilight a dérapé et que tout le monde dit qu’ils sont devenus respectueux des vampires ou je ne sais quoi, s’amuse-t-il. Le premier de ces films – c’est en fait le seul que j’aie vu –, eh bien, je ne l’ai pas trouvé mauvais. Je me suis même dit qu’il était pertinent de prendre le genre et d’établir un parallèle avec la sexualité des adolescents. C’est d’ailleurs ce qui est intéressant avec le genre : on peut l’associer à tant de choses différentes. Anne Rice a fait des vampires des symboles d’un tas de trucs : la sexualité interdite, l’iconographie gaie, etc. Les films de vampires sont devenus d’immenses métaphores. Si le scénariste et le réalisateur n’ont pas peur de retrousser leurs manches, parfois, le résultat peut être intéressant, mais s’ils sont paresseux, ça peut être affreux.»

Premières influences
En raison de ses origines dublinoises, le réalisateur Neil Jordan a été très tôt mis en contact avec des histoires de vampires. «J’ai grandi à Dublin, à Dollymount, et pour aller voir un film de vampires au cinéma, je devais passer en vélo devant la maison où a vécu Bram Stoker, se remémore Neil Jordan.  Elle se trouve dans un square semi-circulaire, le square Crescent, près de la  marina. On y voyait de nombreuses maisons du début de l’époque victorienne. La peinture s’écaillait à l’époque et elles étaient vraiment inquiétantes, en fait elles me terrifiaient. Ça m’a sans doute traumatisé alors que j’étais enfant.»

Et pourquoi, selon lui, les histoires de vampires demeurent-elles aussi populaires? «Je crois que les gens ont un mal fou à accepter l’idée de la mort – c’est du moins ce qu’on peut penser en voyant à quel point ils sont tous si religieux de nos jours, explique Jordan. Mais je ne pense pas que les gens croient vraiment qu’ils mourront un jour.  Ils ne peuvent accepter cette pensée. Quand les gens meurent – ou s’éteignent, comme on dit –, leurs proches les imaginent toujours présents sous une forme ou une autre.»

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