Culture

Voici le nouveau Blunt

Que vous le vouliez ou non, James Blunt est de retour. Et si ça vous déplaît, vous savez quoi? Il s’en fout.

À quoi bon le cacher: par une étrange équation chimique, notre amour pour James Blunt connaît peu de limites. Quoi? Oui. (Tête qui baisse.) C’est vrai. Pourtant, la dernière fois qu’on avait parlé au chanteur british, à la sortie de All the Lost Souls, en 2007, il s’était braqué sur tout. Notamment sur sa propension à avoir un public principalement féminin («C’est faux! Il y a le même pourcentage de femmes que d’hommes, de chrétiens que de Juifs et d’Arabes!» nous avait-il martelé). Il n’avait rien voulu entendre non plus au sujet de son succès You’re Beautiful, qui avait alors été banni des ondes d’une radio britannique pour cause d’écœurement national. «Si tu m’entends jouer cette chanson en live et que tu ne ressens rien, c’est parce que t’es morte», nous avait-il suggéré.

Aujourd’hui, même si quelques phrases toutes faites font encore partie de ses réponses (notamment celles où il est question d’honnêteté, de sincérité, bref, le laïus classique), quelque chose semble avoir changé chez JB. Il avoue avoir été propulsé dans cet «endroit sale qu’est le mainstream» (ses mots, pas les nôtres), il arrive à se moquer de son succès planétaire de 2005 et, récemment, il s’est mis à répondre du tac au tac à ses détracteurs sur Twitter. Exemple: Une jeune femme avait tweeté qu’elle avait juste envie de «kicker James Blunt». Il lui a répondu qu’il lui pardonnait cette erreur de frappe bien naturelle, puisque la lettre «K» et «L» sont côté à côte sur un clavier (sous-entendu: elle voulait écrire «lick James Blunt» et non «kick», pas vrai?) :

Lors de son passage à Montréal, nous avons rencontré celui que certains vilains veulent encore «kicker», (oh non, pas nous!) mais qui semble rallier plus de gens à sa cause avec son autodérision nouvellement acquise et son quatrième disque, vraiment bien foutu, Moon Landing.

Vous ouvrez votre album avec le son d’une moto qui file à toute allure. C’est le son de la liberté?
Oui, mais aussi le son d’un voyage. J’aimerais d’ailleurs que l’album vous en fasse faire un, un voyage, puisque j’écris sur l’existence, sur la condition humaine, sur le parcours de la vie. La mienne. Et la vôtre aussi.

Avant la sortie de Moon Landing, vous avez dit: «Je ne veux plus écrire de chansons tristes qui parlent du pauvre petit moi.» On retrouve d’ailleurs beaucoup de chœurs joyeux sur des pièces comme Bonfire Heart ou Heart to Heart. C’était dans le but d’ouvrir votre écriture? D’y mettre plus de joie et d’unité?
Je n’y ai pas trop pensé, j’ai simplement écrit sur mon quotidien, sur l’endroit où je me trouvais, sur ce que je faisais… Et comme vous pouvez le constater à l’écoute des chansons mentionnées, je traverse une période où je m’amuse beaucoup!

Vous vous êtes même acheté un ukulele.
Oui, parce que c’est un instrument qui met instantanément les gens de bonne humeur, non? Et puis, un ukulele, c’est utile, parce que lorsque j’en joue, j’ai l’air plus grand.

Dans la pièce Bones, vous chantez: «Je n’ai jamais été un beau garçon/Je n’ai jamais aimé le son de ma propre voix» («I’ve never been a beautiful boy/never liked the sound of my own voice»). D’où sort cette soudaine confession?
Hmm… je suppose que ça vient de plusieurs choses. Le mot «beautiful» peut ramener à une «certaine» chanson (!). Pour ce qui est du passage sur le son de ma voix, je suis certain que lorsque tu réécouteras la cassette de notre entrevue, tu réaliseras (et seras déçue de le constater) que ta voix n’est pas celle que tu entends lorsque tu me parles. Et c’est la même chose pour tout le monde! C’est une chanson tout ce qu’il y a de plus honnête.

Vous avez composé la majorité de cet album aux États-Unis, où vous avez aussi filmé le clip de Bonfire Heart. Pourtant, vous signez des chansons désillusionnées comme Hollywood ou Miss America. Auriez-vous une relation amour-haine avec l’Amérique?
Oh non, aucune haine, non! J’ai enregistré principalement aux États, puisque j’y ai retrouvé le type avec lequel on a enregistré mon premier album, Back to Bedlam. C’est là que j’ai commencé ma carrière, en tant qu’artiste indie, sur un label indie nommé Custom Records avec Tom Rothrock, un réalisateur indie qui a travaillé avec des artistes indie comme Beck, Elliott Smith…

La façon dont vous avez enregistré Moon Landing s’apparente donc à celle de Back to Bedlam. Pourtant, en ce qui concerne les chansons, malgré les morceaux joyeux, il y a beaucoup de désenchantement, de noirceur, ce qui peut ramener à All the Lost Souls. Vous en pensez quoi?
Je pense que ce que j’entends, c’est un lien profond entre mon écriture, mon chant et mon jeu. On a réellement rempli le studio d’instruments vintage, et j’ai joué de chacun, encore et encore. J’ai retrouvé l’innocence et la naïveté d’un artiste indépendant. Sans oublier que je suis plus vieux et qu’en tant qu’auteur, j’ai plus d’expérience, de facilité et de confiance.

Vous parlez beaucoup de «connexion» sur cet album. Sur des chansons comme Face the Sun, The Only One ou Satellites, vous déplorez à quel point il est difficile de créer des liens avec les autres. C’est une chose à laquelle vous pensez beaucoup?
Oui, eh bien, lorsque je vois la façon dont les humains interagissent entre eux…  je me dis que nous vivons dans un monde étrange. Nous avons peur de ce que nous ne connaissons pas. On souligne souvent les différences qui existent entre les Blancs, les Noirs, les gays, les hétéros… Mais moi, je ne vois pas de différences, je ne vois que des ressemblances. Et c’est pourquoi j’écris des chansons qui parlent des liens qui existent entre les êtres humains.

Vous abordez aussi le thème de la technologie et de ses mauvais côtés. Sur Satellites, où vous chantez «Elle est une autre victime de la vie telle que nous la connaissons/ technologie, célébrité, toutes ces choses qu’on ne peut saisir» («She’s another victim of life, we’ve come to know/ Technology, celebrity, all the things you cannot hold») ou, sur une note plus humoristique, dans la chanson Telephone, où vous dites à une fille «Je veux être ton cellulaire».
J’imagine que moi aussi je suis atteint de cette manie, mais je trouve ça fascinant de voir que, lorsque plusieurs personnes se trouvent réunies, plutôt que de se parler, la majorité d’entre elles prennent des photos de leur bouffe et les postent sur un mur imaginaire qui documente leur vie. Satellites parle de ça, de notre statut d’êtres solitaires qui ne se parlent pas, même quand nous sommes côte à côte.

Vous avez toujours parlé du thème de la célébrité. Vous le faites de nouveau sur Miss America, une chanson qui porte sur la façon dont on regarde les stars tomber, et sur Hollywood, où une fille vous quitte pour la drogue, l’argent et la notoriété. Est-ce que vous apprenez encore à vivre avec ça, avec le fait d’être connu?
Oh non, je suis assez relaxe à ce sujet. Ça fait longtemps que je fais ce que je fais. Mais c’est vrai que ça n’a pas toujours été facile puisque, au final, je trouve ça étrange, la célébrité. Sinon, ce dont je parle dans Miss America, c’est de l’histoire de Whitney Houston, qui est aussi celle d’Amy Winehouse, et qui pourrait être celle de la princesse Diana. Toutes ces personnalités que nous pensons connaître. Et le point commun entre elles, c’est vous et moi. Chaque fois qu’on achète un magazine à potins avec leur visage en une, un autre paparazzi se lance à leur poursuite et plaque une nouvelle lentille sur eux.

Vous utilisez encore plusieurs références à votre passé de militaire, par exemple sur Blue on Blue. Est-ce une chose qui fera éternellement partie de vous?
Oui. On ne peut pas échapper à son passé. Je travaille encore avec Médecins sans frontières, une organisation fantastique qui aide ceux qui souffrent de la guerre, les civils. Et puis, mon oncle, mes cousins et mes amis sont toujours sur le terrain. Je fais aussi une référence à l’armée dans la chanson Bonfire Heart: Your mouth is a revolver / Firing bullets in the sky / Your love is like a soldier / Loyal ‘til you die.

Pour finir, vous sentez-vous comme un homme qui a fait le voyage jusqu’à la Lune et en est revenu?
Ce fut tout qu’un périple, faire ce disque, oui! Pour moi et mon réalisateur, Tom, c’était réellement un voyage personnel et émotif.

***
La méthode-choc

Sur Twitter, James Blunt s’amuse avec ses détracteurs:


@MigsterMMA: Doux Jésus!, James Blunt vient de sortir un nouvel album. Est-ce qu’il y a autre chose qui pourrait mal tourner?
Réponse de James: Oui. Il pourrait se mettre à t’envoyer des tweets.


@EugeneBarnardo: J’aime James Blunt autant que j’aime l’herpès.
Réponse de James: Et moi, j’aime que tu ne sois pas gêné d’admettre que tu as les deux.


@laurenlyall: Pourquoi James Blunt chante-t-il comme si quelqu’un marchait sur son zizi?
Réponse de James: Ah! Ce maudit truc! Je n’arrête pas de m’enfarger les pieds dedans!


@AlexBerkshire: Une minute de James Blunt, c’est trop!
Réponse de James: Note à moi-même – composer davantage de chansons de 59 secondes.

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