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Culture

BLA BLA fascine les Parisiens

Michel Dolbec - La Presse Canadienne

PARIS – Créé pour l’ONF par le réalisateur québécois Vincent Morisset, le « film pour ordinateur  » BLA BLA est devenu à Paris une installation interactive qui enchante les petits et les grands.

Conçu pour être vu sur le web, ce conte animé a pris chair sur tout le quatrième étage de la Gaîté lyrique, ancien temple de l’opérette désormais consacré aux cultures numériques et à la musique actuelle.

Ce jeu grandeur nature est présenté dans le cadre de « Capitaine Futur », une programmation destinée aux petits de plus de cinq ans, mais on n’a « pas besoin d’être un enfant pour apprécier », comme l’a souligné le quotidien Libération.

BLA BLA propose en creux une réflexion ludique sur l’apprentissage du langage et de la communication. L’installation met en scène un personnage animé rondouillard, pourvu d’une grosse tête et d’un long nez, avec lequel le public peut interagir au fil de six  » chapitres  » interchangeables, projetés sur le sol, les murs et des écrans. Les enfants peuvent ainsi lui donner à manger des boules de mots qu’il transforme en sons aléatoires, le déplacer, le faire rire, le copier à l’infini avant de déclencher une tempête de sons et de lumières…

La simplicité graphique de BLA BLA cache un déploiement technologique considérable. Pour mettre en espace ce conte interactif, le réalisateur et son équipe ont utilisé des détecteurs de mouvements, des scanners 3D, des écrans tactiles et un millier de clips sonores intégrés dans une programmation en temps réel.

Touche-à-tout talentueux, Vincent Morisset est présenté à juste titre comme un « pionnier de l’interactivité », connu notamment pour son travail avec le groupe Arcade Fire. L’invitation de la Gaîté lyrique lui a permis d’explorer un nouveau territoire.

« Le projet original a quelque chose d’abstrait, explique-t-il. On peut voir le film sur le web dans le monde entier, mais on n’a pas de retours, puisque chacun le regarde chez soi. C’était intéressant de l’adapter in situ, d’en proposer un prolongement physique, de fragmenter l’expérience, d’en faire un parcours, puis de voir les interactions avec plusieurs utilisateurs à la fois. »

Marqué par l’âge d’or de l’animation de l’Office national du film, Morisset a le sentiment de s’inscrire avec ce travail dans la grande tradition de recherche de l’ONF.

« C’est un médium en plein mutation. C’est l’occasion de contribuer à la réflexion sur les façons dont on peut vivre des expériences narratives et cinématographiques différentes. Tout s’imbrique maintenant: l’interactivité, le documentaire, l’animation. Il y aura de plus en plus de propositions hybrides. »

Monique Simard, la patronne de l’ONF, s’enthousiasme pour ces expériences se situant « à la frange de deux mondes ».

« C’est une sorte de paradoxe, souligne-t-elle. On conçoit des œuvres pour les plates-formes mobiles, qu’on cherche à adapter in situ, dans le réel, là où les gens se retrouvent. On parle beaucoup de rapports et d’interactivités virtuels, mais ce besoin de se retrouver physiquement, dans un lieu, devant l’œuvre, est toujours là. »

BLA BLA est à la Gaîté lyrique jusqu’au 6 mai. L’ONF vient d’annoncer que l’installation sera présentée en plein air au centre-ville de Montréal, du 17 mai au 3 juin, dans le cadre de la première Biennale internationale d’art numérique et du parcours numérique du Quartier des spectacles.

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