Culture

Une histoire de fou: Une saga identitaire

Mehdi Omaïs - Metronews France

Il aura fallu attendre son 19e film pour voir Robert Guédiguian se pencher sur le douloureux génocide arménien. Dans Une histoire de fou, il raconte ladite tragédie et ses conséquences par le prisme d’une véritable saga familiale et identitaire. Discussion avec le cinéaste marseillais.

Étiez-vous conscient que vous aborderiez un jour ou l’autre le sujet du génocide arménien?
Oui, depuis que je suis allé en Arménie il y a une quinzaine d’années. Au fil du temps, c’est devenu prégnant. En France, on assiste à une montée en puissance de la notion d’identité, toujours abordée de manière intégriste. Je déteste ces positions qui amènent au nationalisme, à la guerre. L’identité n’est pas figée dans le temps.

Est-ce que la diaspora arménienne vous l’a demandé, ce film?
Oui, sans arrêt. Ça prend la forme d’une pression très amicale. Tous les arméniens du monde ont envie qu’on parle de ça. C’est un petit peuple. Dès qu’un arménien réussit, qu’il soit médecin, commerçant ou cinéaste, on soigne cette notoriété.

Il y a une volonté de raconter l’Arménie intime…

L’histoire passe par les chambres à coucher, les discussions à table, les cuisines… C’est là que les mémoires se constituent, que les traumatismes se transmettent. Je voulais raconter comment cette tragédie a construit des dispositions, des états d’esprit, des postures sur plusieurs générations. (…) Si on ne se bat pas pour la reconnaissance du génocide, on n’est pas arménien.

«Tous les Arméniens du monde ont envie qu’on parle de ça.» -Robert Guédiguian, qui dit que la diaspora arménienne lui a demandé «sans arrêt» de faire ce film. «Ça a pris la forme d’une pression très amicale.»

Votre héros choisit justement de mener ce combat en rejoignant l’armée de libération de l’Arménie, que vous évoquez avec une certaine distance. Que représente-t-il pour vous?
Il représente cette jeunesse qui est dans la revendication. (Réflexion) Le pape n’aurait pas reconnu le génocide arménien sans les attentats commis il y a trente ans par l’Asala (nom donné à l’armée de libération de l’Arménie, ndlr). Il y a certes eu des dérives sanglantes. Ce groupe s’est d’ailleurs auto-dissout sur la question des victimes innocentes des attaques ciblées.

Vous dédiez le film à vos amis turcs, qui soutiennent vos idées. Sont-ils nombreux?
Oui, dans la société civile. Le problème, c’est que la constitution turque interdit de dire «génocide arménien». Il s’agit d’une atteinte à la sûreté de l’état. La Turquie est en train de redevenir une dictature, après des années où ça s’était quand même un petit peu démocratisé. Depuis trois mois, Erdogan devient fou et sa stratégie marche : il vient d’ailleurs de gagner les élections.

Vous parlez d’un déni financé et organisé. Pouvez-vous expliquer cela?
Si on dépose par exemple un projet de loi à Paris pour la reconnaissance du génocide, tous les députés recevront le lendemain des courriers… Ils seront conviés à des assemblées avec des turcs. Il y aura des menaces de rupture des relations commerciales. Le jour où le pape a reconnu le génocide dans son homélie pascale, l’ambassadeur turc s’est barré du Vatican deux heures après. C’est aussi clair que ça.

Croyez-vous à une paix, un jour?
Oui, par principe.

Une histoire de fou
En salle vendredi

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