Après une année marquée par le triomphe de son Journal d’un loup-garou et de sa tournée Triste animal, riche d’une douzaine de trophées Félix, d’un Juno et d’une nomination au prochain prix Polaris, Lou-Adriane Cassidy passera une partie de l’été à «jouer dehors» dans les festivals, notamment ces jours-ci aux Francos de Montréal, avant de (re)mettre le cap sur l’Europe à l’automne.
L’autrice-compositrice-interprète de l’heure, qui a présentement «de la misère à trouver le temps de prendre [sa] douche», trace avec nous un petit bilan du beau tourbillon qui l’emporte présentement.
Lou-Adriane, tu vis une période complètement exaltante depuis un peu plus d’un an, soit depuis la sortie de tes albums Journal d’un loup-garou et Triste animal. Comment as-tu vécu les derniers mois?
«Je vis tout ça plutôt bien. Je reste quand même beaucoup dans la reconnaissance. Dans les derniers mois, oui, il y a eu l’ADISQ et tout ça, mais ma vie se concentre beaucoup sur les spectacles, en ce moment. Et, dans les spectacles, il y a quelque chose de très groundé, proche des gens, où on a un vrai contact avec eux et où on peut prendre la vraie mesure de ce qui se passe.»
Justement, est-ce que ça te plaît d’être présentement davantage sur la route, en spectacle, plutôt qu’en promotion dans l’espace médiatique?
«Oui, mais en même temps, je suis chanceuse, parce que j’aime pas mal tous les aspects de ce que je fais. J’aime penser à comment on va sortir un album, comment je vais me présenter, ce que je veux dire. Pour moi, ça fait partie de la même chose. C’est un métier où tout arrive par cycles, mais ça alterne toujours. On peut être autant extrêmement effacé, dans la création, que dans l’œil du public. C’est très varié. Mais la tournée rapproche de ce que c’est, de faire de la musique. Avoir des envolées musicales sur scène, parler avec les gens après le spectacle… C’est l’art vivant, quoi!»
Tu t’apprêtes à offrir ton spectacle Triste animal aux Francos de Montréal. Est-ce que ça sera la même version que celle que tu proposes depuis un an?
«C’est presque exactement le même spectacle, à quelques petites variations près. […] Quand on a fait le spectacle Journal d’un loup-garou – qui était, justement, un spectacle à grand déploiement, qu’on n’a pas fait beaucoup –, et qu’on a ensuite annoncé la tournée Triste animal, il y avait vraiment cette idée, importante pour moi, de présenter un spectacle autant réfléchi et construit pour Montréal que pour toutes les régions du Québec, que ce soit à Havre-Saint-Pierre ou au Saguenay. Et je pense qu’on réussit à le faire, à s’adapter à toutes les sortes de salles. On est souvent habitués de voir des spectacles spéciaux à Montréal, mais pourquoi les gens de Montréal, eux, ont droit à un show spécial? (rires) Je comprends qu’il y a plus de monde, mais… Cela dit, puisque c’est le deuxième spectacle au Métropolis [MTELUS], ça va être un tout petit peu différent, mais ça reste la même coquille.»
Tu as lancé ton troisième album, Journal d’un loup-garou, en janvier 2025, et tu as offert le spectacle du même titre seulement une dizaine de fois. Tu es ensuite rapidement revenue, quatre mois plus tard, avec l’album Triste animal, que tu promènes en tournée depuis un an. Journal d’un loup-garou t’a néanmoins apporté une grande reconnaissance publique et critique, ainsi que 12 trophées Félix. Pourquoi cette parenthèse a été si courte?
«C’est un spectacle qui était réfléchi pour ne pas pouvoir se traîner dans les petites salles en région. Financièrement, ce n’était absolument pas viable; on était une équipe de 12 personnes, avec un camion qui nous suivait et des décors qui demandaient des heures et des heures de préparation. On devait arriver très tôt le matin pour les installer. C’était impossible, et ça n’a pas été pensé pour ça, d’autant plus à cette période de ma carrière, où ça n’avait pas encore explosé. Moi, dans ma tête, je n’étais même pas certaine que j’allais remplir le Théâtre Beanfield! Ç’a vraiment pris de l’ampleur au cours de cette année-là. Le but était de démontrer que l’ambition est possible, si on est prêt à prendre des risques.»
Est-ce que le fait d’être l’une des têtes d’affiche des Francos et de jouer à ce festival revêt une signification particulière pour toi?
«C’est un festival emblématique du Québec. Je ne sais même plus c’est quand, la dernière année où je n’ai pas joué aux Francos! (rires) J’ai l’impression que j’y retourne chaque année, comme un rendez-vous. Mon spectacle sur la Place des Festivals, l’été dernier, a été vraiment marquant, ç’a peut-être été le spectacle le plus spécial que j’aie jamais vécu. Ç’a été le spectacle préféré de ma vie.»
En plus de te produire deux fois en solo dans le cadre des Francos, tu participes également au spectacle Pour la suite du Dôme, un hommage à Jean Leloup, avec, entre autres, Les Louanges, Thierry Larose, Safia Nolin, Klô Pelgag, Rau_Ze, We are wolves et Zach Zoya. Que représente Jean Leloup, à tes yeux?
«Moi, je suis née en 1997, et on dirait que Jean Leloup a, juste, toujours existé! Je n’ai pas vécu « l’arrivée » de Jean Leloup, l’espèce de raz-de-marée. Pour moi, c’est un mythe vivant qui a toujours été là, que j’ai écouté, dont les chansons m’ont bercée quand j’étais enfant, et plus tard aussi. C’est un monument vivant, ce qui est assez rare! Et il avait déjà ce statut-là assez jeune.»
Avec une carrière partie en flèche comme la tienne, aspires-tu à laisser sur la culture québécoise une empreinte semblable à celle de Jean Leloup?
«Je ne rêve pas d’avoir un parcours comme lui, parce que sa vie a l’air un peu compliquée (rires). Mais je comprends ce que tu veux dire. J’imagine que oui, mais c’est tellement une chose sur laquelle on n’a aucun contrôle… Je rêve surtout d’avoir une longue carrière, de continuer à toucher les gens, et peut-être d’avoir une pertinence le plus longtemps possible. Ce sont des choses qui vont et viennent pour tous les artistes. Si j’ai marqué, soit ma génération, soit mon Québec, c’est un grand honneur, mais moi je veux juste amener ce que, moi, je peux apporter de plus fort à notre culture.»
Tu as déjà donné beaucoup de concerts en Europe, et tu y retourneras à l’automne pour présenter Triste animal dans son entièreté, avec ton band et ton équipe technique. Jusqu’à quel point il est important pour toi d’établir une carrière en Europe?
«À chaque spectacle, je veux faire mon travail et donner tout ce que j’ai. Je pense que je n’ai pas le contrôle là-dessus. Je ne l’ai pas sur ce qui se passe au Québec, mais la France, c’est une tout autre paire de manches. Je veux que ma musique voyage le plus possible et que toutes les personnes qui pourraient l’aimer y aient accès pour, potentiellement, l’écouter, mais pas à n’importe quel prix. Là, c’est une opportunité que je saisis pour aller présenter le spectacle comme je l’ai imaginé, sans faire de version édulcorée. Moi, c’est sûr que je vais saisir les opportunités, parce que j’adore aller en France. J’y vais depuis que je suis jeune, parce que ma mère y allait déjà, et je l’accompagnais. Ça fait partie de ma vie depuis longtemps. Mais le succès, je trouve bien dur de me dire que c’est un objectif.»
Donc, tu ne changerais pas ton style ou ta personnalité pour t’imposer là-bas?
«Ben… Je vais peut-être plus articuler! (rires) Mais, musicalement, ça ne serait pas possible pour moi, je pense. Il faut vraiment que je fasse ce dont j’ai envie, sinon je ne suis pas bien.»
Lou-Adriane, si on remonte à tes débuts, qu’est-ce qui t’a donné envie de faire de la musique? On sait que tu as baigné dans l’art dès ton enfance [sa mère est l’auteure-compositrice-interprète Paule-Andrée Cassidy, NDLR], mais au-delà de son influence, qu’est-ce qui a alimenté ta passion?
«Moi, je voulais être interprète, parce que je voulais un peu faire comme ma mère (rires). Je faisais des concours d’interprètes. J’ai toujours voulu être chanteuse. À partir de mes 13 ans, je participais au Festival de la Chanson de Saint-Ambroise, et j’avais participé au Tremplin de Dégelis à 16 ans, puis je suis retournée à Saint-Ambroise à 18 ans… C’était certain que c’est là que je m’en allais. C’est davantage le parcours d’autrice-compositrice-interprète qui est arrivé plus tard, presque par accident, et c’est là que je me suis plus reconnue.»
Jusqu’à quel point ta participation à La Voix, en 2016, quand tu avais 18 ans, a teinté la suite de ton chemin professionnel?
«Ç’a été la bougie d’allumage pour beaucoup d’affaires, qui m’a permis de rencontrer des gens qui n’étaient pas dans le réseau de La Voix, nécessairement. Je pense à Simon Pedneault, le guitariste de Louis-Jean Cormier, qui était aussi réalisateur de disques. Lui m’a vue à La Voix, et il m’a écrit. On habitait tous les deux à Québec. C’est lui qui a réalisé mon premier album, C’est la fin du monde à tous les jours (2019). Ç’a été l’une de mes premières mains tendues dans le milieu de la musique. Cette rencontre-là a vraiment été un élément déclencheur, mais ça ne serait pas arrivé si je n’avais pas fait La Voix. Même chose pour Les Sœurs Boulay; j’avais chanté Mappemonde dans mon duel, et les Sœurs m’avaient écrit. On avait été bruncher et elles m’avaient écrit une chanson. Moi, j’ai beaucoup plus évolué dans le milieu des auteurs-compositeurs-interprètes que celui de la télévision, que j’ai apprivoisé plus récemment; mais je ne peux pas dire que La Voix n’a pas été significative. Ça m’a amené un petit public qui a commencé à me suivre, qui a fait en sorte que ma première chanson a eu un impact.»
Et qu’est-ce qui t’a fait découvrir ta fibre d’autrice-compositrice?
«C’est vraiment niaiseux… Après La Voix, j’ai commencé à m’inscrire dans les concours de type Francouvertes, Festival international de la chanson de Granby et le Festival en chanson de Petite-Vallée, pour prendre de l’expérience, être vue, et sortir du milieu de la télé, dans lequel je me reconnaissais moins. À Petite-Vallée, il y avait une règle stipulant qu’il fallait avoir écrit au moins une des chansons qu’on présentait en audition. Moi, je m’étais fait écrire des chansons par Philémon Cimon, par les Sœurs Boulay, et j’avais écrit ma première pièce à ce moment-là, pour pouvoir m’inscrire. Dans les ateliers, j’ai ensuite écrit ma deuxième chanson, et de fil en aiguille, avec Simon Pedneault qui m’encourageait, j’ai écrit presque tout mon premier album, à part trois titres. Ç’a mené à ça naturellement.»
Malgré la notoriété de ta mère, je n’ai pas l’impression que tu as dû sortir «de son ombre», si on peut dire, ou te «faire un prénom», comme c’est souvent le cas pour les artistes nés de parents connus. Est-ce que je me trompe?
«(Elle hésite) Au début, on me parlait beaucoup de ma mère… mais, rapidement, j’ai senti que j’étais écoutée pour moi. Mais ça restait une référence familiale quand j’arrivais quelque part. C’est sûr que, ce que ma mère fait, c’est beaucoup plus niché. Elle a été indépendante très longtemps, dans sa vie, c’est une productrice, elle a beaucoup tout fait par elle-même.»
Est-ce que tu pourrais, un jour, faire valoir davantage le côté interprète que tu rêvais d’exploiter à tes débuts, en interprétant les morceaux d’autres artistes?
«Paradoxalement, je déteste faire des reprises (rires) Quand on me demande d’en faire, je suis très réfractaire, parce que j’associe ça souvent aux médias qui préfèrent entendre des chansons connues plutôt que des nouvelles chansons, et ça m’agace! Quand on est en début de carrière et qu’on est invités à faire une perfo à la télévision, on nous demande souvent des reprises. Ça me dérange. Moi, le côté interprète, je l’ai beaucoup développé quand j’étais jeune, justement avec ma mère. On parlait beaucoup de la présence sur scène, de l’interprétation, de ce que la personne dégage, de la façon de percevoir la scène. Ça, je l’utilise et je l’exploite, car je suis l’interprète des chansons que j’ai écrites. Ce sont deux métiers différents que je valorise beaucoup.»
Lou-Adriane Cassidy se produit aux 37e Francos de Montréal avec son spectacle Triste animal ce vendredi, 12 juin, au MTELUS, et en supplémentaires le mardi 16 juin, aux Foufounes Électriques. Elle prendra également part au collectif Pour la suite du Dôme de Jean Leloup, le dimanche 14 juin, sur la scène Rogers.
Trois événements à ne pas manquer aux Francos
Selon Maurin Auxéméry, directeur de la programmation:
- Ariane Roy sur la Scène Rogers, le samedi 13 juin. «C’est l’amie d’enfance de Lou-Adriane Cassidy, il y a énormément de comparaisons entre les deux. Elles partagent toutes les deux une capacité à manger la scène, à se transformer en bêtes de scène! Ariane prépare un gros spectacle et elle parle de cet événement comme son plus gros show à vie. Elle est très heureuse d’avoir cette opportunité de jouer devant des dizaines de milliers de personnes le samedi soir aux Francos.»
- Le rappeur Blynk au Studio TD, le vendredi 19 juin. «Blynk est un artiste un rap, R&B, qui commence à faire pas mal parler de lui en Europe, qui a entre autres collaboré avec le grand rappeur Damso.»
- Le groupe Marie Céleste sur la Scène Rogers, le vendredi 19 juin. «Ils viennent juste de remplir le Club Soda pour le lancement de leur album. Leur son fait un peu penser à un mélange entre Karkwa et Harmonium. Au niveau de la musique, il y a de grandes envolées. C’est vraiment un groupe à surveiller impérativement. Ils se produiront le vendredi, en première partie de Klô Pelgag, qui nous emmènera probablement dans son univers un peu décalé.»
