C’est fait. Paul, tu as eu ce que tu voulais: tu es maintenant premier ministre du Québec. Félicitations. Je le dis très sincèrement, je vois de belles choses dans ton programme et j’ai hâte de voir la suite. Mais j’ai juste une petite demande pour toi, Paul: les enfants, crisse-leur la paix.
Comme j’ai dit, j’aime ton programme. La lutte à l’itinérance, c’est inspirant. C’est même un des éléments qui m’ont convaincu que je pouvais revenir au Parti québécois. Moi qui, comme bien d’autres, avait jeté la serviette en 2022.
J’ai voté pour toi, Paul. J’ai voté pour toi parce que je me souviens du gars qui a rédigé le rapport Oser repenser le PQ. Je me souviens d’un PQ qui tentait de se rapprocher des groupes qui le boudaient. Et je me souviens du discours prononcé par René Lévesque à la fondation du parti, celui tout juste après que les militants aient décidé du nom Parti québécois:
C’est un très beau nom qu’on s’est donné. C’est même le plus beau nom qu’on aurait pu donner à un parti politique. Mais j’espère aussi que nous sommes tous conscients, et que nous l’étions en le choisissant, de l’écrasante responsabilité additionnelle qu’il nous impose. […] C’est un pays, le Québec, qui contient encore quand même un bon nombre de nos concitoyens, sincères eux aussi, eux aussi Québécois, qu’il s’agit d’attirer et non pas de heurter et encore moins de repousser.
Il y a une partie de ton programme qui me heurte. Qui me repousse. Qui me fait chier.
C’est la partie où tu insistes pour te mêler de ce qu’un enfant peut porter à l’école.
Je passe la loi 21 et les autres éléments du programme de la CAQ que tu as promis de maintenir. Un débat pour un autre jour.
Mais c’était tu nécessaire d’aller plus loin? D’aller dire à des p’tits culs qu’ils doivent laisser leurs symboles religieux à la maison?
Pour reprendre une phrase que tu as utilisée hier soir dans ton discours: kessé ça?
On n’a pas assez fait chier les enseignantes depuis huit ans? Faut maintenant qu’on aille harceler leurs fils et leurs filles?
Hier, dans ton discours, tu as pleuré en pensant à ta famille que tu n’as pas assez vue depuis quelques temps. À tes enfants.
Peux-tu penser aux enfants des autres?
Moi aussi, j’ai deux filles. Blanches, francophones. Et laïques, comme tu les aimes. Mes filles ont pleuré, elles aussi. Elles ont pleuré en pensant à leurs amies quand je leur ai dit ce que tu prépares. Parce que leurs amies, elles, ne sont pas toutes blanches et laïques.
Tu as aussi affirmé, hier, que tu comptes t’inspirer des autres partis politiques et utiliser leurs bonnes idées.
J’ose espérer que tu t’inspireras d’eux aussi pour remplacer les mauvaises.
Parce que j’en ai comme un peu assez qu’on casse du sucre sur le dos du même monde tout le temps. J’en ai pu rien à cirer de ce que portent les Musulmans, les Sikhs ou qui que ce soit d’autre. J’ai une famille à gérer, et les niaiseries d’un gouvernement qui vient s’insérer dans nos relations personnelles, j’en peux plus.
Et je ne suis pas seul. Tu n’étais même pas encore élu que j’entendais des parents et des enseignants jurer contre toi.
Il y a une bataille qui s’annonce. Elle sera aussi féroce qu’inutile.
Ne perds pas ton temps – un temps probablement limité, puisque tu es minoritaire – dans cette bataille. Le Québec n’a pas l’énergie. Et ton projet, l’indépendance, ne peut pas se permettre une telle distraction.
Alors, les enfants, Paul, laisse-les tranquilles.
Bien à toi, de la part d’un des tiens,
Olivier
