Les propriétaires de bars et restaurants victimes de cambriolages sur le Plateau-Mont-Royal – près de huit depuis l’été – ont élevé d’un cran la sécurité de leur établissement. Tous espèrent que la police mette rapidement le grappin sur les voleurs qui sévissent dans l’arrondissement.
Plusieurs braquages violents ont eu lieu dans les bars et restaurants du Plateau-Mont-Royal au cours des derniers mois. Les endroits visés – notamment le Réservoir, le Edgar Hypertaverne, le Bily Kun, le Helm, le Dieu du ciel! ou encore le restaurant Laloux – n’ont pas l’habitude de défrayer les manchettes criminelles. Dans la plupart des cas de figure, les voleurs, armés, se pointent en groupe de deux à quatre à la fermeture des bars et filent avec les recettes des derniers jours. Plusieurs employés des établissements concernés ont été séquestrés ou ligotés.
Le dernier vol, très récent, remonte au lundi 21 novembre, à la brasserie Le Réservoir, sur Duluth, au coin du boulevard Saint-Laurent. Cette fois-ci, les voleurs ont frappé à 11 h du matin. C’est le premier vol qualifié à survenir après la sortie publique et médiatique des événements. « Ils ont agi en suivant le même modus operandi que les autres. L’événement est vraisemblablement relié aux précédents », confirme Jean-Pierre Brabant du SPVM.
Début novembre, c’est le chic restaurant Laloux qui en a pris pour son rhume. « Depuis, nous avons changé des détails dans la manière d’opérer et dans la procédure de fermeture, confie le propriétaire Francis Archambault. Nous faisons plus attention à la visibilité de l’argent dans le restaurant. Il y a toujours deux personnes qui restent pour la fermeture et on a mis plus d’éclairage à l’extérieur du restaurant », avance-t-il, peu loquace. « C’est évident que je préfère qu’on parle de mon restaurant dans les chroniques gourmandes plutôt que criminelles! », lâche-t-il.
« On a découvert la façon dont ils sont rentrés et on a pallié le problème », commente pour sa part Stéphane Ostiguy, copropriétaire du Dieu du Ciel!, cambriolé fin septembre. « C’est le premier hold-up en 13 ans… On a donné les images du braquage aux policiers, mais on n’a pas eu de feed-back », continue-t-il, soulignant au passage le bon travail des forces de l’ordre. « Ça ne doit pas être évident de retracer ces gens-là », estime-t-il.
Un autre tenancier de bar, qui désire rester dans l’anonymat, déplore toutefois le manque de mise en garde des policiers. « Le Edgar s’est fait cambrioler en juin. Si les policiers avaient fait des run de prévention, je l’aurais su plus tôt et j’aurais pris les dispositifs nécessaires », lance celui qui s’est fait dévaliser cet automne et qui, depuis, a notamment changé serrure et coffre-fort.
C’est le 28 octobre que le poste de quartier 38 a visité les commerces de l’avenue Mont-Royal pour leur distribuer une liste de conseil. « Pour nous, il ne s’agissait pas d’une concentration importante sur le Plateau. De juin à octobre, on a eu juste trois crimes dans le secteur desservi par le poste de quartier 38. Oui, ce sont des crimes violents. Mais pour nous, trois crimes en cinq mois, on ne parle pas d’un événement qui nécessite d’ameuter la population ou les commerçants », commente Stéphane Bélanger, inspecteur au poste de quartier 38. Avec les méfaits commis au Réservoir le 21 novembre, le nombre de vols qualifiés s’étant produit sur le territoire du poste de quartier 38 s’élève maintenant à quatre.
« Ça fait 21 ans que je suis policier et c’est un type de crime que je n’ai pas vu souvent dans le passé, confie Stéphane Bélanger. Notre conseil numéro un : ne pas garder tout l’argent de la fin de semaine dans le coffre-fort du commerce. Il y a des services spécialisés dans le transport d’argent », ajoute l’inspecteur.
Le poste de quartier 38 a d’ailleurs débuté une campagne de prévention dans les commerces du boulevard Saint-Laurent le 22 novembre.
Une inquiétude palpable
Dans le milieu des bars, la crainte est palpable. « On espère qu’ils vont se faire prendre bientôt », souligne Stéphane Ostiguy.
Les bars qui n’ont pas été ciblés par les malfrats s’inquiètent eux aussi. « On est méfiant et on essaie de faire attention. On est conscient qu’il y a un danger. On se doit de changer nos habitudes de fonctionnement », avance une copropriétaire de la Buvette Chez Simone, dans le Mile End.
« C’est certain que ça met une petite tension supplémentaire. On prend des mesures pour être plus sécuritaire, comme barrer la porte dès la fermeture, ajoute Ariane, gérante au bar Chez Baptiste, avenue Mont-Royal. Je suis contente qu’on en parle davantage depuis un moment, même si ma mère l’a appris et ça, je ne voulais pas! ».
Sur les trois groupes de suspects évoqués par la police, un seul – composé de trois individus – a été arrêté il y a environ deux semaines. Ce groupe opérait principalement dans le quartier Rosemont. Les deux autres groupes courent toujours. « Il n’y a eu aucune arrestation depuis celles-ci, confirme Danny Richer, porte-parole du SPVM. L’enquête continue et nous sommes axés sur le dossier ».