Inspiré par sa force, sa prestance, ses courbes brutes et sa solidité, l’artiste David Moore a choisi le bois comme matière de prédilection. Un matériau vivant que le sculpteur transforme de ses mains et auquel il redonne vie sous une autre dimension. Sirène, bateaux miniatures, sarcophages et personnages grandeur nature; ses œuvres dévoilent toute une variété de formes, de symboles et de figures. David Moore: le Musée imaginaire du moulin, une exposition à voir à la Galerie d’art Stewart Hall jusqu’au 26 août prochain.
«J’ai toujours été intéressé par l’art et enfant déjà, je voulais devenir artiste. Mes parents toutefois n’étaient pas d’accord avec moi à ce sujet», commence David Moore. «Je viens d’un milieu familial assez rigide et mon père était médecin, alors pour eux, l’art était un domaine trop instable, pas assez sûr. Je me suis d’abord découragé et j’ai tenté un début de carrière dans d’autres directions. Ça m’a pris beaucoup de temps pour revenir à l’art par la suite», raconte-t-il. Natif de l’Irlande, Moore a obtenu son baccalauréat de l’Université de Dublin avant d’immigrer au Canada, en 1964. Une fois établi dans la métropole, il a étudié à l’École des beaux-arts de Montréal, puis a complété une maîtrise en éducation des arts à l’Université Concordia, où il a ensuite enseigné pendant plusieurs années.
Aujourd’hui, le maître sculpteur a derrière lui un parcours qui s’étend sur plus de quarante ans. Une carrière au fil de laquelle il a participé à de nombreuses expositions présentées ici, de même qu’en Europe et ailleurs en Amérique du Nord. Membre de l’Académie royale des arts du Canada, ses œuvres font partie de collections publiques et privées et se retrouvent, notamment, au Musée d’art contemporain de Montréal et au Musée national des beaux-arts du Québec. Un virtuose de la sculpture qui confie que c’est par pur hasard qu’il a découvert sa vocation pour cet art.
Apprivoiser le regard
«Je n’ai pas la trajectoire typique d’un sculpteur. J’y suis plutôt arrivé de façon indirecte, en commençant par m’adonner au collage. Je découpais des éléments et différentes matières, que je collais de manière à créer des surfaces, des images. Peu à peu, j’ai réalisé que mes créations étaient trop larges pour la structure de la toile et j’en suis venu logiquement à la sculpture», explique David Moore. Un artiste visuel chevronné dont le style et la signature sont grandement influencés par une réflexion personnelle plus poussée. Une démarche artistique qui va bien au-delà des préoccupations techniques et esthétiques. «Je destine mon travail non pas simplement à la recherche de la beauté, mais à la quête d’une vérité profonde. En essayant de comprendre la vie des autres, entre autres», indique-t-il. «Parce ce que j’ai réalisé, en tant qu’artiste, mais aussi en tant qu’être humain, qu’on vit avec d’autres personnes. L’autre qui m’inspire et me questionne. L’autre que je ne comprends pas toujours, mais qui m’intéresse.»
«Dans notre quotidien, on est généralement en face d’individus et de choses qu’on connaît très bien, qui nous sont familiers. Ce que je veux, dans mon exposition, c’est amener les gens vers des personnages qui leur sont étranges. Pas dans le sens de bizarres, mais plutôt différents de ce à quoi ils sont habitués», précise le sculpteur. «De grands personnages avec lesquels on partage le même espace, qui nous ressemblent et pourraient même être nous ou une partie de nous. Il s’agit d’apprivoiser ce qu’on voit, de regarder plus profondément ce que ces formes signifient. Il y a 33 sculptures dans l’exposition et chacune raconte sa propre histoire. Ce que je souhaite vraiment, c’est que les gens trouvent quelque chose de sympathique dans mes œuvres. Un élément qui les touche et qui éveille des émotions. Pas de grandes émotions comme le bonheur ou la tristesse, des émotions plus subtiles et complexes. Des émotions qui n’ont pas de noms, sont privées et près de nous», de conclure l’artiste. Un musée visuel imaginaire à visiter ce mois-ci à Pointe-Claire!
L’exposition David Moore: le Musée imaginaire du moulin est présentée jusqu’au 26 août prochain, à la Galerie d’art Stewart Hall située au 176, chemin du Bord-du-Lac à Pointe-Claire. Renseignements: 514 630-1254 ou www.ville.pointe-claire.qc.ca.