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Ouest-de-l’Île

Protéger sa ville

Mélissa Lavoie

Une journée de travail avec Caroline Trottier et Chantal Castonguay, patrouilleuses au poste de quartier 4

Midi. L’agente de police Caroline Trottier patiente au bord de son véhicule à l’intersection des rues Anselme-Lavigne et Gariepy à Dollard-des-Ormeaux. La patrouilleuse vérifie si les automobilistes exécutent bien leur arrêt. Un d’entre eux s’arrête à peine: Caroline la poursuit pour lui donner une contravention. Il s’agit là d’une des nombreuses tâches quotidiennes de l’agente, à bord d’un véhicule du poste de quartier (PDQ) 4, depuis six ans.

En réalité, le quart de travail de la policière commence bien plus tôt. À 6h30, il y a le rassemblement orchestré par le sergent. «On se rencontre tous avant le début de notre journée. C’est là qu’on partage nos informations, par exemple s’il y a une personne qui est recherchée ou s’il y a quelque chose de spécial à prévoir dans la journée, détaille Caroline Trottier. Avant de partir, le sergent nous attitre notre coéquipier et notre véhicule.»

Vers 7h, les agents patrouilleurs sont prêts à partir, jumelés généralement en équipe de deux. En plus de veiller à la sécurité routière, ils donnent des billets d’infractions et répondent aux appels de la centrale 911. «Quand un citoyen compose le numéro d’urgence pour les policiers, son appel est transféré à la centrale de l’ouest de Montréal, puis au PDQ correspondant. On envoie souvent le véhicule disponible le plus proche», explique la gendarme.

Les patrouilleurs gèrent les appels dits de première ligne, c’est-à-dire qui nécessitent une réponse immédiate. Les dossiers requérant un suivi à long terme sont pris en charge par des agents sociocommunautaires.

Chantal Castonguay, en service au PDQ 4 depuis 12 ans, travaille avec les jeunes, mais se consacre aussi à des problématiques sociales. L’agente peut aussi faire de la prévention, telle qu’une tournée des classes dans les écoles de la région pour sensibiliser les jeunes à l’alcool au volant à la veille des bals de finissants. «Un agent sociocommunautaire, ça fait plein de choses!» rigole la femme de loi. Cela peut sembler banal, mais selon Chantal et Caroline, les agents ont souvent le mauvais rôle auprès de la communauté.

Aux fins de ce reportage, Caroline Trottier et Chantal Castonguay ont patrouillé ensemble. Caroline jette un dernier coup d’œil sur l’équipement au niveau de la taille qui comprend une arme, un chargeur, une lampe de poche, du poivre de Cayenne, un bâton rétractable et sa radio. Cette ceinture, en plus de la veste pare-balles qu’elle porte constamment, équivaut à 25 livres, hiver comme été.

Dans la voiture, Caroline installe et met en marche l’ordinateur portatif. «Si on circule dans les rues, on est déclaré disponible, le poste peut donc nous envoyer quelque part si on reçoit un appel du 911. Sinon, on doit indiquer notre position. On peut voir ce que les autres patrouilleurs font, c’est aussi une question de sécurité», explique la policière. L’ordinateur permet également de vérifier, lorsque les patrouilleurs interceptent un véhicule, si tout est en règle, grâce à sa plaque d’immatriculation (amendes payées, voiture déclarée volée ou non, permis valide, etc.).

L’aide précieuse des partenaires

En tant qu’agente sociocommunautaire, Chantal se déplace à l’occasion à travers la ville pour rencontrer des intervenants. Premier arrêt de la journée: l’école secondaire des Sources. Chantal, qui a reçu un jugement de la Cour concernant les conditions de probation d’un élève, doit livrer le document au responsable du dossier. La rencontre fut évidemment confidentielle.

Durant le trajet, les deux policières vantent l’aide précieuse de l’école, mais également de tous les autres intervenants avec qui elles travaillent. «On a beaucoup de partenariats à Dollard-des-Ormeaux et ces échanges sont très importants pour nous, évoque Chantal. On ne peut rien faire si on est tout seul, on travaille toujours en équipe.» Caroline a rapidement approuvé. «Certains d’entre eux connaissent tout le monde et nous donnent un précieux coup de main».

Chantal en a également profité pour discuter avec des partenaires pour un de ses projets personnels. «Je prépare des matchs de soccer durant l’été pour les jeunes de Dollard-des-Ormeaux et on veut former des équipes avec des adolescents de l’école», explique l’agente.

«Intervention contravention»

Vers midi, les deux femmes quittent l’établissement. Puisqu’elles n’ont rien de prévu au programme, Chantal et Caroline se dirigent dans un quartier résidentiel ce qu’elles appellent «intervention tickets».

Pourquoi ce secteur en particulier? Caroline explique que le poste a reçu plusieurs appels répétitifs de voisins, se plaignant que peu de voitures respectent l’arrêt. Afin de vérifier ces dires, les deux policières se stationnent donc près de l’arrêt. «On doit être en mesure de voir en avant aussi, parce que certains nous disent qu’ils font leur arrêt trop avant. Il nous est donc possible d’être certaine qu’ils ne sont pas conformément arrêtés, révèle Chantal. Un bon arrêt, c’est les quatre roues qui sont immobilisées au complet.

Pendant qu’elles attendent, les agentes dévoilent certaines anecdotes. «Beaucoup argumentent, ça arrive à l’occasion de se faire cruiser pour éviter un billet. Il y a une fois où il y en a un qui a essayé de me semer dans les rues avoisinantes. Dans ce cas-là, je le trouve et j’en fais une affaire personnelle!», raconte Caroline en éclatant de rire.

Quelques véhicules passent et effectuent leur arrêt; certains d’entre eux se sont arrêtés brusquement après la ligne d’arrêt, ayant aperçu la voiture de police. «C’est le syndrome du bleu et blanc. Ils arrêtent quand ils nous voient», commente Chantal. Clin d’œil à sa collègue. Elles en ont manifestement vu de toutes les couleurs.

Chaque fois, les deux policières commentent les arrêts. «C’était limite, celui-là», a dit Chantal à quelques reprises, étant bien clémente envers quelques automobilistes. «On n’est pas irréprochables non plus. On se dit que si on le fait, d’autres le font, on n’est pas méchantes non plus. On donne des billets quand c’est dangereux, mérité et flagrant», mentionne Chantal.

Finalement, une automobiliste s’arrête à peine: la policière se lance à sa poursuite. Pendant que celle-ci sort de la voiture pour venir à l’encontre de la conductrice, qui s’est arrêtée quelques mètres plus loin de l’intersection, Caroline détaille la procédure. «Elle va lui expliquer pourquoi elle l’intercepte et lui demande ses documents (permis de conduire, assurances et papier d’immatriculation). Pendant ce temps, j’inscris sa plaque dans l’ordinateur. Chantal va aussi valider les informations sur les documents avec notre système.»

De retour à l’intersection. Quelques minutes plus tard, elles interceptent une autre voiture. Finalement, Chantal ne lui donnera qu’un billet pour ne pas avoir ses assurances en sa possession. «C’est une des rares fois où on nous dit merci», témoigne Chantal avec un sourire, ajoutant que chaque policier a un pouvoir discrétionnaire, ce qui lui permet de choisir s’il donne un «ticket» ou non, particulièrement dans le cas de la sécurité routière.

Deux choses en même temps

Après le dîner, il est 14h. Chantal continue son travail de son côté, m’expliquant qu’être agente sociocommunautaire, c’est davantage un travail de bureau. Cependant, ce dernier est tout aussi important. «En février dernier, on a reçu des plaintes au sujet d’une personne âgée de 88 ans qui conduisait ivre. Ses voisins nous ont demandé d’évaluer sa capacité de conduire. J’ai essayé de le rejoindre, mais je n’ai eu aucune réponse. Je passe maintenant à une autre étape pour régler le problème: je remplis une demande de vérification de l’aptitude à conduire que je vais envoyer à la SAAQ», décrit la policière.

Caroline, quant à elle, accompagne l’enquêteur du PDQ 4 au centre commercial Fairview pour une enquête. Bien que les patrouilleurs ne s’occupent que d’appels du 911, il arrive que certains d’entre eux accompagnent les enquêteurs. «Quand on reçoit un appel, on rédige un rapport et on transfère le dossier. Mais dans quelques cas, il y a des développements tous les jours, on est donc autant informé que l’enquêteur, on leur donne alors un coup de main», explique  Caroline.

Une heure plus tard, en se dirigeant vers la sortie, la policière aperçoit un adolescent qu’elle reconnaît comme suspect pour vol qualifié. L’enquêteur l’interroge en retrait, sous la supervision de Caroline. «Il arrive qu’on fasse deux choses en même temps, on doit avoir quatre paires d’yeux et huit oreilles. Même quand on est en civil, on a toujours le réflexe de regarder partout.»

En rentrant au poste, vers 15h45, Caroline me laisse entre les mains de son collègue Roger Carbonneau pour une opération piéton, un mandat des patrouilleurs de temps en temps. Le policier a reçu une plainte au sujet d’un passage piéton qui ne serait pas respecté, face à l’hôtel de ville sur la rue Salaberry, lors du passage d’un autobus scolaire. En effet, un automobiliste ne s’immobilise pas. En remplissant le billet d’infraction, le policier se trouve devant deux choix. Il peut lui donner une contravention pour ne pas s’être arrêté devant le passage piéton ou bien devant l’autobus scolaire. Ce dernier choix coûterait neuf points d’inaptitude au conducteur. Après lui avoir fait constater que celui-ci n’a que 19 ans, ne possédant donc que huit points, Roger lui épargne alors la perte automatique de son permis, préférant lui donner le premier choix.

Vers 16h30, je rencontre Caroline, qui termine son quart de travail dans quelques minutes, lui racontant alors la chance de l’automobiliste. «On est plus méchant qu’il n’y paraît», me confie-t-elle avec un sourire, ajoutant toutefois qu’elle adore son métier.

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Le défi lancé à la rédaction: suivre le temps d’un «shift» un travailleur de la région, pour découvrir l’Ouest-de-l’Île à travers sa réalité. Voici le deuxième article d’une série de trois.

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