WASHINGTON — Les États-Unis ont lancé environ 60 missiles sur la Syrie en représailles à l’emploi d’armes chimiques contre des civils de ce pays, ont indiqué des officiels américains, jeudi soir.
Il s’agit de la première attaque directe des États-Unis contre le gouvernement syrien.
La frappe surprise représente une volte-face pour le président Donald Trump, qui avait mené sa campagne électorale en s’opposant à toute implication américaine dans la guerre civile syrienne. M. Trump a semblé ému par les photos d’enfants tués au cours de cette attaque chimique qu’il a qualifiée de «disgrâce contre l’humanité qui avait franchi plusieurs lignes».
Quelque 60 missiles Tomahawk ont été tirés à partir depuis de navires de guerre en Méditerranée. Ils ont atteint une base aérienne de l’armée syrienne d’où avaient décollé les avions qui ont réalisé le bombardement aux armes chimiques, a indiqué Donald Trump lors d’une allocution, jeudi soir.
Après avoir évoqué la mort d’hommes, de femmes et d’enfants sans défense, il a souligné que cet acte de représailles était «vital aux intérêts de la sécurité nationale» des États-Unis. Il a ajouté que les États-Unis devaient agir pour «prévenir et dissuader la propagation de l’emploi d’armes chimiques mortelles».
«Nul ne le conteste: la Syrie a violé toutes ses obligations (en vertu des accords sur les armes chimiques) et a ignoré les exhortations du Conseil de sécurité de l’ONU», a-t-il déclaré.
Il a enjoint «toutes les nations civilisées» à collaborer avec les États-Unis pour mettre un terme au massacre et au carnage en Syrie.
De son côté, la télévision d’État syrienne a rapporté que des missiles américains avaient atteint un certain nombre de cibles militaires. Elle a qualifié l’attaque «d’agression». Talal Barazi, le gouverneur de la province de Homs, où se trouve la base aérienne ciblée, a déclaré à l’Associated Press par téléphone que la plupart des tirs semblaient cibler la province dans le centre de la Syrie. Il a également déclaré que les tirs «soutiennent les terroristes sur le terrain».
Vendredi, la Russie a qualifié les frappes d’agression contre un État souverain qui viole les lois internationales.
Un groupe d’opposition syrien, la Coalition syrienne, a salué l’attaque des États-Unis, disant que cela met un terme à l’impunité et souhaite que cette attaque soit juste le début d’une série.
Le président Trump n’a pas annoncé ce bombardement en avance, mais il avait laissé entrevoir une possible intervention militaire contre la Syrie alors que son administration évaluait la «réponse appropriée» à apporter à l’attaque chimique ayant fait plus de 80 morts, incluant plus de 20 enfants, plus tôt cette semaine.
Rencontrant les journalistes à bord de l’appareil présidentiel Air Force One alors qu’il se dirigeait vers la Floride pour y rencontrer le président chinois, M. Trump avait qualifié ce qui s’est déroulé en Syrie de «véritable crime monstrueux (qui) n’aurait jamais dû se produire».
Plus tôt, le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, avait affirmé que le président syrien Bachar el-Assad ne devrait plus pouvoir jouer un rôle à la tête de son pays.
L’administration Trump et d’autres dirigeants occidentaux ont attribué la responsabilité de l’attaque chimique aux forces gouvernementales syriennes. Le gouvernement de Bachar el-Assad a nié les allégations, et la Russie a dit croire que l’arsenal chimique appartenait à des rebelles.
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a dit espérer que le président Donald Trump prenne des actions militaires en Syrie après l’attaque chimique.
M. Erdogan, cité par l’agence de presse officielle turque Anadolu, a dit que la Turquie serait prête à «faire ce qui lui reviendrait» pour soutenir une possible intervention militaire. La Turquie appuie des rebelles combattant les forces du régime syrien.