TUNIS, Tunisie — Les violentes manifestations qui ébranlent la Tunisie depuis quelques jours ont fait des dizaines de blessés et mené à l’arrestation de 237 personnes, ont indiqué des responsables, mercredi.
Les manifestants dénoncent la hausse des prix imposée par le gouvernement.
Le ministère de l’Intérieur a précisé que ceux qui ont été arrêtés sont soupçonnés de pillages, de vols et d’incendies criminels. Certains ont érigé des barricades et attaqué des commissariats de police, des édifices municipaux, des commerces et des banques.
Un porte-parole du ministère a affirmé que ces gestes avaient été commis pendant la nuit, et qu’ils n’avaient donc rien à voir avec les manifestations.
Il a ajouté que 58 membres des forces de l’ordre avaient été blessés et que 57 voitures de police avaient été endommagées, sans fournir de bilan du côté des protestataires. Un manifestant a perdu la vie lundi.
Les manifestations actuelles sont liées à des considérations économiques. Le gouvernement a haussé le prix du carburant et les taxes sur plusieurs produits et services afin de réduire le déficit annuel du pays. La baisse du déficit fait partie des conditions imposées par le Fonds monétaire international (FMI), qui a consenti des prêts de 2,9 milliards $ US à la Tunisie.
Ces affrontements rappellent le mouvement de protestation de la fin de 2010 et du début de 2011, qui a mené au renversement du président autoritaire Zine El Abidine Ben Ali et provoqué des soulèvements semblables dans plusieurs autres pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Depuis la «révolution de jasmin», l’économie tunisienne tourne au ralenti et peine à se relever.
Une vingtaine de villes touchées
Tentant de calmer la grogne des manifestants, le premier ministre Youssef Chahed a fait une visite surprise à Tebourba, une ville située à environ 30 kilomètres de Tunis, où un manifestant de 45 ans, Khomsi Yefrni, est mort, lundi soir, dans des circonstances qui n’ont pas encore été élucidées.
M. Chahed s’est rendu au commissariat de police de la ville, incendié durant les manifestations plus tôt cette semaine. Il a été accueilli par une foule en colère qui réclamait le départ d’un dirigeant local.
Après la mort du manifestant, les troubles se sont répandus dans d’autres régions du pays. Les manifestations violentes touchent désormais au moins une vingtaine de villes, incluant des banlieues de la capitale.
L’armée a dépêché des forces additionnelles dans plusieurs villes pour protéger les édifices publics, les banques et des commerces.
En périphérie de Tunis, des affrontements ont éclaté et des incendies criminels ont été déclenchés dans les villes d’Attadhamoun, Intilaka, Zahrouni et Zayatine, qui étaient couvertes de nuages de fumée, a indiqué la radio privée Mosaïque FM. De jeunes manifestants, le visage masqué par des foulards, ont tenté de pénétrer de force dans des magasins, mais ont été repoussés par la police.
Les tensions ont pris une tournure politique, mercredi, quand Jilani Hammamim, le dirigeant du Front populaire, une coalition de partis de gauche, a appelé à des élections anticipées, faisant valoir à la radio Mosaïque FM que la «Tunisie vit une crise exceptionnelle nécessitant une solution exceptionnelle».
Des élections présidentielle et législatives sont prévues en Tunisie à la fin de 2019.