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Mourir à San Francisco

Il est mort le 10 mai vers midi trente près de Market Street, la grande artère de San Francisco. Certains passants se sont arrêtés pour filmer l’incident sur leur portable.

Il a rendu l’âme en vomissant tout son sang. Personne n’a appelé le 911. The City by the Bay compte officiellement une dizaine de milliers de sans-abri. Dans les faits, ils seraient deux fois plus. La ville n’a que 1 500 lits à leur offrir.

C’est dans le quartier de Tenderloin, tout en haut de Market Street, qu’ils déposent leur grabat – quand ils en ont un – pour passer la nuit, non loin de l’immeuble Art déco où est perché Twitter avec ses 1 000 employés prenant leur repas bio au neuvième étage de leur chic cafétéria.

«Un grand nombre de ces sans-abri sont des anciens combattants du Viêtnam et de la guerre du Golfe. Cette population devrait croître avec la fin du désengagement américain en Irak et en Afghanistan», explique Michael Aldax du San Francisco Examiner.

Avec ses 800 000 habitants, San Francisco est la capitale américaine des sans-abri. C’est aussi la ville qui compte (avec New York) le plus grand nombre de vols de cellulaires. C’est surtout la ville la plus chère où habiter aux États-Unis. Près de 3 000 $ par mois pour un minuscule appartement. Un million pour un condo de deux chambres.

Pauvreté et richesse cohabitent dans une ville qui reprend son souffle économiquement avec un taux de chômage tombé à moins de 6 %. De manière générale, c’est toute la Californie qui se remet du séisme économico-financier de 2008.

Après des années de vaches maigres et un déficit budgétaire annuel de 26 G$, le Golden State vient d’enregistrer un surplus que Jerry Brown évalue à 1,2 G$. Il serait plutôt de 4,4 G$, mais le gouverneur démocrate se montre conservateur afin de ne pas trop délier les cordons de la bourse pour venir en aide à tous ceux qui peinent encore à se relever des saisies immobilières notamment.

Donnée pour morte ces dernières années, la Californie, avec ses 38 millions d’habitants, revit. Même si son taux de chômage est encore de 9 %. Elle ne sera en tout cas pas le premier État américain en faillite.

La grande région de San Francisco, qui a donné au monde Apple, Google, Twitter et YouTube notamment, mène le bal. Une trentaine de grues dominent actuellement le ciel du centre-ville. Le boom immobilier est réel. Mais pas pour les sans domicile fixe.

Ils viennent de tous les États-Unis pour se réfugier dans une ville au climat tempéré, même si le vent du Pacifique souffle en permanence. Le sans-abri de Market Street est mort, lui, sous le froid regard des passants.

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