Mardi, la chaîne Al-Jazeera fait son entrée dans près de 40 millions de foyers américains, marquant ainsi le plus grand triomphe du Qatar jusqu’à maintenant. Une victoire qui pourrait même complètement changer le paysage médiatique chez l’Oncle Sam. «Les mots me manquent pour vous dire à quel point je suis enthousiaste d’être ici», dit à Métro l’ancienne lectrice de nouvelles de CNN et CBS Joie Chen.
Elle est une des étoiles de l’équipe rassemblée par Al-Jazeera grâce à la richesse infinie de ses propriétaires, la famille royale qatari – une équipe souvent recrutée à même les plates-bandes des chaînes rivales. «Nous attendions tous une occasion comme celle-ci, dit Mme Chen, expliquant pourquoi elle s’est jointe au diffuseur. Les chaînes de nouvelles américaines ont le mandat d’atteindre la plus grande audience possible grâce à la couverture la plus superficielle qui soit. C’est très différent ici : nous approfondissons l’actualité, nous traitons le journalisme avec respect et nous racontons des histoires qui, autrement, sont ignorées.»
La chaîne intéressera un auditoire plus sérieux, selon son directeur, Ehab Al Shihabi, qui a promis «moins d’opinions, moins de cris et moins de vedettariat». Des bureaux seront d’ailleurs établis dans des endroits négligés par la concurrence, comme le Tennessee, et la publicité y sera deux fois moins présente que chez ses rivales.
Le lancement de la chaîne représente l’apogée d’une campagne menée depuis plusieurs années par le diffuseur arabe pour atteindre les ondes américaines. Sa victoire, aujourd’hui, était inimaginable il y a 10 ans, lorsqu’Al-Jazeera était surtout connue, aux États-Unis, comme la chaîne qui diffusait les messages d’Oussama ben Laden.
Cette perception est demeurée, et la chaîne a été accueillie par une forte opposition. Le membre du Congrès américain Tim Murphy a exigé une enquête, alors que le groupe Accuracy in Media s’est inquiété de «l’inacceptable danger encouru par les citoyens américains devant l’explosion possible de djihadistes inspirés par les programmes d’Al-Jazeera».
Mais Philip Seib, directeur du USC Center on Public Diplomacy, croit que tout le monde gagnera à voir la chaîne s’installer aux États-Unis. «Les gens, ici, ne savent pas où est le Qatar, mais la chaîne permettra de démystifier “l’Autre”. C’est un logo arabe, mais ce sont des Américains à l’écran. Un pont sera donc construit.»
Seib ajoute que le succès d’Al-Jazeera sera aussi celui de ses propriétaires, les membres de la famille royale qatari. «Ils ont fait des investissements énormes et ils veulent être influents et respectés comme la voix dominante au Moyen-Orient. Al-Jazeera a mis le Qatar sur la carte, et maintenant, le pays franchit une étape de plus.»
