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Les caricaturistes portent la plume dans la paix

C’est à coup de dessins que les caricaturistes de presse défendent, par de petites irrévérences qui ne sont jamais innocentes, la liberté de pensée de nos sociétés. Jean Plantu, le célèbre dessinateur du journal Le Monde, est de passage à Montréal avec, dans ses valises, des Dessins pour la paix, autant d’esquisses dans lesquelles des dessinateurs mettent leur crayon au service de la tolérance. Métro s’est entretenu avec celui qui, armé de son petit crayon, trace des ponts entre les cultures.

«Nous voulons construire des ponts là où d’autres veulent construire des fossés entre les communautés», dit Plantu à propos des Dessins pour la paix, une exposition qui parcourt le monde pour porter un message de fraternité et de tolérance aux peuples du globe. Des caricaturistes de tous les horizons unissent leur plume dans cette grande caravane humaine où Israéliens et Palestiniens cohabitent sans difficulté, simplement en troquant les murs pour l’humour.

Ces dessinateurs un peu Don Quichotte, un peu mousquetaires utilisent la dérision pour briser les incompréhensions entre les cultures, convaincus de pouvoir ainsi apaiser les divisions qui déchirent la grande famille humaine.

«Prenez tous les articles, toutes les chroniques et tous les dessins qui ont été faits pour dénoncer le mur de Berlin. Eh bien, un soir, le mur a fini par tomber, et nous croyons que l’édifice de la paix s’érigera de la même façon : à force de patience». C’est vrai : après tout, n’y a-t-il pas le mot «paix», dans persévérance?

Cette croisade dessinée contre les haines ordinaires est née d’une rencontre entre l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, et un groupe de caricaturistes de presse dont faisait partie Plantu. Tous s’étaient réunis à New York pour «Désapprendre l’intolérance», selon le thème de la conférence à laquelle ils étaient conviés.

«Nous offrons un bon outil pour les citoyens du monde parce que nous flirtons constamment avec la ligne rouge qui sépare l’acceptable et l’inacceptable. Nous mettons les abus et les abuseurs sous les projecteurs non pas pour éblouir [le public], mais pour [l’]éclairer. Quand on éblouit, on aveugle, mais quand on éclaire, on met en lumière», illustre – c’est le cas de le dire – le fameux dessinateur français.

Si le caricaturiste de presse a un rôle, selon Plantu, c’est aussi celui d’être sentinelle pour barrer la route aux dérives autoritaires qui planent au-dessus des démocraties.

«Les caricaturistes sont les premiers à cerner les interdits qui briment la liberté», explique-t-il. Dès qu’un pays bascule, les dessinateurs sont là, avant les journalistes, pour tourner en dérision les travers dans lesquels s’engagent les sociétés.»

Véritables délieurs de langues qui osent désacraliser les tabous et détrôner les «intouchables», les caricaturistes permettent à l’indignation d’avoir libre cours grâce à leur satire libératrice. Leur stratégie? Provoquer pour faire parler.

«Il y a un principe de précaution de la pensée qui s’installe aujourd’hui. Les gens n’osent plus dire ce qu’ils ont dans le ventre. C’est aussi notre rôle d’être les pionniers de la parole», rappelle Plantu.

Leur arme est l’humour, mais ils ont conscience plus que quiconque qu’on peut aussi mourir à force de rire. Au mois de juillet dernier, le caricaturiste syrien Akram Raslan et un cortège de prisonniers politiques ont été jugés au cours d’un procès sans témoin.  Son crime? Dénoncer les exactions commises par le régime de Bachar el-Assad à l’endroit de son propre peuple. D’aucuns soupçonnent qu’ils aient été exécutés avant même d’arriver dans la prison.

«Un autre caricaturiste syrien s’est mis à dessiner Bachar el-Assad au cours du conflit syrien, raconte Plantu. Il connaissait pourtant bien El-Assad pour l’avoir rencontré alors qu’il était simplement ophtalmologiste. Mais la machine de la dictature s’est emballée et il s’est fait arrêté. Pour le punir d’avoir tourné en dérision le régime, ses tortionnaires lui ont cassé les doigts. Il peut recommencer à travailler depuis deux semaines seulement.»

La Syrie a été le cimetière de neuf journalistes au cours de la dernière année, selon Reporters sans frontière, et la prison de 37 autres. Mais les atteintes à la liberté de presse sont aussi fréquentes ailleurs, rappelle Plantu.

«Arrêtons de dénoncer uniquement la Chine, la Syrie ou  l’Iran : chez nous aussi, il y a des bloquages. Il existe des endroits où on ne peut pas dessiner Mahomet, mais en France, si tout le monde s’accorde lorsque vient le temps de critiquer la droite, on crée un tollé dès qu’on écorche la gauche.»

Le caricaturiste écorche, au passage, le «Dieu audimat» vénéré par les entreprises de presse, «plus occupées à vendre du papier qu’à s’assurer de sa pertinence», selon lui.

«Au fond, la tolérance, qu’est-ce que c’est? Je pense qu’être ouvert, c’est avoir le courage de confronter ses idées, qu’être tolérant, c’est d’accepter de se remettre en question. Être ouvert, c’est de dire ‘‘je ne suis pas d’accord avec vous’’, mais d’être prêt à mourir pour que vous ayez la chance de défendre votre opinion.»

Événement
La Communauté sépharade unifiée du Québec ouvre sa saison culturelle par les Jours de la paix.

Dessins pour la paix
Du 1er au 8 décembre, de 9h à 17h
Au Hall Cummings, 5151 Chemin de la Côte-Sainte-Catherine

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