Même s’il a remporté l’élection présidentielle avec 64 % des votes et fait face à une opposition politique anémique, un nuage noir assombrit l’horizon de Vladimir Poutine : les dollars, les roubles et les euros qui transitent dans la mauvaise direction.
«La corruption est déjà un sérieux problème pour Poutine, explique Lilit Gevorgyan, analyste senior d’IHS Global Insight, à Londres. Bien sûr, elle a été endémique en Russie et en Union soviétique pendant des décennies. Mais quand Poutine est arrivé au pouvoir en 2000, il a utilisé des slogans anticorruption pour s’attaquer aux oligarques russes qui étaient ses opposants. Maintenant, les gens constatent que sous Poutine, de nouveaux oligarques ont émergé.»
Le procureur en chef de la Russie pour les questions militaires a récemment dévoilé qu’un cinquième du budget militaire du pays est perdu à cause de la corruption. Les Russes donnent discrètement de l’argent liquide pour s’éviter des contraventions ou obtenir un permis de conduire, une place en garderie ou une admission à l’université. Jusqu’à tout récemment, ils acceptaient la situation parce que Vladimir Poutine apportait la stabilité.
Mais aujourd’hui, des citoyens comme Natalia Pelevine s’élèvent contre le président. Cet hiver, cette militante et auteure dramatique de 34 ans faisait état de documents alléguant que le vice-premier ministre Igor Shuvalov a empoché des millions de dollars américains en pots-de-vin de la part de deux des oligarques les plus fortunés de Russie.
Le sentiment de dégoût face à la corruption unit l’opposition russe, par ailleurs divisée. «La corruption est l’enjeu le plus important en Russie en ce moment, note Jana Kobzova, experte en droit russe de l’European Council on Foreign Relations. Le fait qu’elle soit si répandue va à l’encontre de l’image que Vladimir Poutine a véhiculée au cours des 20 dernières années.»
Cela pourrait lui coûter la présidence, explique Lilit Gevorgyan. «Afin de mener à bien de vrais changements, Poutine devrait accepter un système où lui-même serait sacrifié. Il ne ferait jamais ça.» Le bureau de Vladimir Poutine n’a pas répondu à une invitation à commenter.
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Postes à vendre
Métro a posé trois questions à Ivan Ninenko, directeur de Transparency International en Russie.
Est-ce que la corruption s’est accrue en Russie depuis quelques années?
Oui, mais il est difficile de dire si les choses ont changé à ce point au cours des dernières années, étant donné que la situation était tellement mauvaise au départ.
Jusqu’où cela va-t-il?
On soupçonne que des fonctionnaires de haut niveau sont impliqués, mais aucun n’a été condamné à ce jour. Certains de ces fonctionnaires haut placés ont pratiquement acheté leur poste : des entreprises paient pour voir leur candidat embauché. Leurs voitures dispendieuses font également jaser. Tous les jours, des gens en parlent sur l’internet.
Est-ce que Poutine va déraciner la corruption?
Je ne m’attends pas à le voir effectuer une réforme majeure.
