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Les présidentiables

C’est ce lundi que les électeurs de l’Iowa ouvriront la saison électorale américaine en jetant leur dévolu sur l’un ou l’autre des 15 candidats qui s’y présentent. Pour aider ses lecteurs et ses lectrices à s’y retrouver, Métro a préparé avec l’aide de Frédérick Gagnon, directeur de l’Observatoire des États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand, une présentation des six candidats les plus susceptibles de nous tenir en haleine en cette année présidentielle.


L’héritier
Au moment où il a annoncé sa candidature, la nomination de Jeb Bush à la tête du Grand Old Party (GOP) pour la présidentielle 2016 semblait assurée. C’était avant l’entrée en scène d’un certain Donald J. Trump…

«L’establishment raffole de Jeb Bush. C’est un candidat modéré qu’on pensait capable de fédérer différentes communautés, analyse Frédérick Gagnon. Il était perçu comme le républicain qui avait les meilleures chances de remporter la présidence. Mais il n’a pas su s’imposer. Il ressemble à son père, George H. Bush, qui lui aussi était attaqué pour sa “faiblesse” en son temps. Jeb Bush jouit d’un énorme financement, mais avec 4% des intentions de vote à l’échelle nationale, ça s’annonce trop peu, trop tard pour lui.»


Le jeune loup
Il est jeune, télégénique, habile débatteur et capable de fédérer le camp des modérés autour de sa candidature. Marco Rubio, sénateur républicain de la Floride, incarne l’espoir de son parti, selon Frédérick Gagnon.

«Rubio est une sorte d’Obama de la droite, analyse notre expert. Il connaît ses dossiers aussi bien que Jeb Bush, mais il est meilleur. S’il gagne les primaires du New Hampshire le 9 février, ça chamboulera la course, car les médias porteront leur attention sur lui.»

Pour M. Gagnon, Marco Rubio incarne l’avenir de son parti. «Il est issu d’une minorité – ses parents sont originaires de Cuba – et il est capable de discours inspirants pour les conservateurs. S’il ne gagne pas en 2016, son tour viendra peut-être en 2020.»


La première dame
A-t-elle encore besoin de présentation? Hillary Rodham Clinton est un nom connu aux quatre coins du globe. Avec plus de 50% des suffrages démocrates à l’échelle nationale, l’ancienne première dame semble assurée de remporter l’investiture démocrate.

«C’est celle qui a le plus de chances de remporter la présidence en novembre, croit Frédérick Gagnon. Un bémol toutefois: dans toutes les élections, ce qu’on prédisait en janvier n’est jamais survenu en novembre. Et Mme Clinton le sait très bien; en 2008, tout le monde lui donnait l’investiture démocrate, avant qu’un certain Barack Obama vienne la lui ravir…»


Le moraliste
À droite de la droite, le sénateur du Texas Ted Cruz s’est positionné comme l’adversaire le plus coriace de Donald Trump dans cette investiture républicaine. Enfant chéri du Tea Party, son jusqu’au-boutisme lui aura valu quelques victoires – et beaucoup d’ennemis…

«Il n’a pas hésité, par le passé, à prendre position contre son propre parti», se rappelle Frédérick Gagnon. Ce qui n’a sans doute pas contribué à redorer sa réputation d’“homme le plus haï de Washington”…

«La démographie américaine change, et le défi, pour ceux ou celles qui aspirent à la présidence, est de savoir rallier les 40% d’indécis. Ce ne sera pas facile pour Cruz de courtiser l’électorat féminin et hispanique, puisque ses militants sont, pour la plupart, des hommes blancs.»


L’ovni
«Donald Trump est un véritable ovni, affirme d’emblée Frédérick Gagnon lorsqu’on le questionne à propos de celui qui mène, sondage après sondage, dans les intentions de vote de l’électorat républicain.

«Il a su exploiter la frustration des électeurs. Mais un mouvement radical comme le Tea Party a préparé le terrain pour la venue d’un Trump faisant écho à son extrémisme.»

Héritier d’une fortune paternelle qu’il a su faire fructifier en même temps que sa propre célébrité, Donald Trump incarne plusieurs des valeurs qui fondent le rêve américain. «La réussite personnelle, la détermination, l’optimisme: ce sont des valeurs qui sont rattachées à Trump et à son slogan, “Rendre à l’Amérique sa grandeur”, explique M. Gagnon.

Son côté anti-establishment semble être un vent de fraîcheur auprès d’un électorat désillusionné quant à l’avenir du pays.»


Le socialiste
Socialiste parti en croisade contre Wall Street, ses millionnaires et leur influence sur le Congrès américain, Bernie Sanders ne cesse de causer la surprise depuis le début de la campagne. Si bien qu’il est en voie de doubler Hillary Clinton aux primaires de l’Iowa et du New Hampshire…

«Sanders représente la revanche de la gauche américaine, explique Frédérick Gagnon. Il rallie tous ceux qui sont déçus de voir le parti démocrate s’acoquiner avec Wall Street, tout en obligeant Hillary Clinton à adopter des positions plus à gauche que ce qu’elle voudrait.»

N’en déplaise cependant à ceux et celles qui «“feelent” la Bern», comme le dit le slogan de campagne du candidat Sanders, ce dernier a bien peu de chances de gagner l’investiture, croit M. Gagnon.

«Il n’a pas la machine nécessaire, et ce sera ardu pour lui de maintenir son élan à l’échelle nationale.»

Opinions

«Les discours de Ted Cruz sont truffés d’ennemis et de promesses d’écraser, de détruire et de bombarder ces derniers.» – David Brooks, chroniqueur politique pour le New York Times

«Le président Obama l’a déjà dit: Hillary Clinton n’a tout simplement pas le parfum d’une voiture neuve.» – Ed Rogers, blogueur politique américain pour le Washington Post.

«Un des plus exécrables clowns de l’histoire des États-Unis fait croire qu’il est un héros qui mérite la Maison-Blanche.» – Charlie Cook, éditeur du Cook Political Report, à propos de Donald Trump

«J’adore Bernie Sanders. Mais je pense que les démocrates seraient fous de lui donner l’investiture.» – Dana Milbank, analyste politique pour le Washington Post

Trésor de campagne de chaque candidat
L’argent mène le monde, dit le proverbe. Il mène, en tout cas, la politique américaine lorsque vient le temps de lutter pour la présidence des États-Unis. Voici les fonds récoltés par les principaux candidats, tels que compilés par le Wall Street Journal en octobre dernier. Les candidats ont bien entendu dépensé depuis, notamment en campagne publicitaire.

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